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Afrin: Erdogan ne doit pas répéter l’erreur des Saoudiens au Yémen (Rai al-Youm)

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Les troupes de l’armée turque à Afrin. (Archives)

L’enclave d’Afrin s’est transformée en un terrain de guerre d’usure pour l’armée turque et les groupes liés à l’Armée syrienne libre (ASL) et il est probable que le gouvernement turc se soit laissé entraîner dans une impasse politique et dans une confrontation militaire avec des unités militaires de l’armée syrienne.

Dans son éditorial, le journal Rai al-Youm a écrit : « Alors que la communauté internationale prête attention à la guerre dans la Ghouta orientale près de Damas, une autre guerre est en cours dans l’enclave syrienne d’Afrin entre l’armée turque et ses alliés (groupes armés liés à l’ASL) d’une part, et de l’autre les Unités de protection populaire kurdes (YPG) et les forces populaires liées à l’armée syrienne : la communauté internationale accorde une moindre importance à la deuxième guerre, qui a pourtant fait de lourdes pertes côté civil. »

La guerre d’Afrin, qui est entrée dans son 41e jour, n’a pas atteint ses objectifs, dont la création d’une zone de sécurité ; une zone qui devrait héberger près de 3,5 millions de réfugiés syriens en Turquie, comme le président turc Recep Tayyip Erdogan l’avait annoncé au début de cette guerre.

Le ministre turc de la Défense, Nurettin Canikli, a déclaré, le vendredi 2 mars lors d’une conférence de presse, que depuis le lancement de l’offensive turque à Afrin, « 157 personnes ont été tuées, dont 41 soldats turcs et 116 terroristes de l’ASL », et que l’opération Rameau d’olivier avait permis, jusqu’ici, de nettoyer 615 km de la présence des « terroristes et d’en tuer 2 285 ».

Les voix s’élèvent pour établir à Afrin un cessez-le-feu auquel s’oppose vivement la Turquie, qui se justifie par le fait qu’elle est en train de « combattre les terroristes ».

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, lié aux opposants syriens, le bombardement, ces deux derniers jours, des villages de la banlieue d’Afrin a tué 14 civils, 18 éléments de l’armée syrienne et blessé trois soldats.

La mort de 41 militaires turcs, dont seulement 8 ont trouvé la mort dans les affrontements de ces deux derniers jours, paraît très peu par rapport à la mort de centaines de milliers de personnes dans la guerre en Syrie, mais cela constitue une grande perte pour la nation turque, surtout à la majorité des citoyens turcs qui s’opposent à l’intervention militaire de leur pays à Afrin, dans le nord de la Syrie. Ils insistent sur le fait que la Turquie ne doit pas se laisser attirer dans le piège de l’option militaire ; mais leur requête a été rejetée par Ankara.

Jusqu’ici, l’armée syrienne n’a pas répondu positivement à la demande du Conseil exécutif de la région autonome d’Afrin d’y envoyer des unités de combat militaire, mais les pertes subies par les forces populaires qui ont été dépêchées dans la région afin de protéger les frontières syriennes et de faire face à l’intervention militaire turque pourrait amener les commandants de l’armée syrienne à revenir sur leur décision et à diriger leurs unités vers la ville d’Afrin pour y affronter l’armée turque, ce qui pourrait faire prendre un tour dangereux à la crise syrienne.

Il y a également un mécontentement croissant parmi les opposants turcs, qui protestent contre la prolongation de la guerre à Afrin et l’augmentation des pertes de l’armée turque, à telle enseigne que le Parti républicain du peuple (CHP), qui dirige le mouvement de contestation, a commencé à profiter de la situation actuelle pour former une nouvelle alliance contre le parti au pouvoir (AKP) et le Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême droite, en vue des prochaines élections législatives et présidentielles. Parmi les partis qui pourraient rejoindre cette nouvelle fraction, on peut citer le nom du Parti du salut national qui négocie avec l’ancien président turc Abdullah Gül pour qu’il se porte candidat pour les prochaines élections contre son allié d’antan Recep Tayyip Erdogan.

Recep Tayyip Erdogan et Sergueï Lavrov. ©Sputnik

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a, à maintes reprises, proposé à Erdogan de former une alliance avec le gouvernement syrien et de donner son aval au déploiement de l’armée syrienne aux frontières syro-turques afin de protéger les frontières des deux pays, proposition déjà rejetée par le président turc.

Rai al-Youm estime cependant que la porte n’est pas fermée à une médiation russe entre Damas et Ankara et peut-être que le refus de l’armée syrienne d’entrer à Afrin, en préférant se contenter d’y envoyer des forces populaires, est porteur d’un message en la matière.

Il revient à Erdogan de mettre immédiatement fin au piège d’Afrin afin d’empêcher davantage d’effusion de sang parmi ses soldats, ses alliés de l’ASL et les civils innocents, et de ne pas répéter l’erreur des Saoudiens au Yémen et celle des Irakiens au Koweït.

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV