La France au plus bas dans le classement Pisa, au bord d’une crise de la dette, en perte d’influence à l’international... Le sentiment de déclin est omniprésent dans la campagne présidentielle : fort chez les électeurs, il est aussi attisé par certains candidats, notamment au Rassemblement national.
Mardi, les résultats de l’enquête internationale Pisa sur les compétences des élèves ont désolé tous les responsables politiques. Mais c’est du président du RN Jordan Bardella que sont venus les mots les plus forts : « C’est un séisme pour notre pays, qui dérive vers le déclin intellectuel », a-t-il cinglé.
Un mot qu’il emploie souvent, tout comme la candidate du parti Marine Le Pen qui a estimé lors d’une interview en juillet que « le déclin » de la France n’était « pas une fatalité », mais « la conséquence de choix politiques ».
« Le déclin c’est quand on n’est plus capables de maîtriser ses frontières, c’est quand les enfants ne savent plus lire, écrire, nager, c’est quand on n’arrive plus à soigner », a-t-elle énuméré.
Cette vision du pays trouve écho chez nombre d’électeurs.
85% des Français estiment que la France est en déclin, selon une enquête réalisée fin août par Ipsos-BVA-CESI École d’Ingénieurs, pour le Laboratoire de la République.
Un niveau en hausse depuis 2017, même s’il était aussi élevé en 2014. Les électeurs du Rassemblement national sont ceux qui pensent le plus que ce déclin est irréversible.
Ce sentiment « imbibe les mentalités depuis longtemps », avec des répercussions « majeures » pour la présidentielle, estime Brice Teinturier, directeur délégué d’Ipsos-BVA. « C’est un marqueur du populisme. Le populisme gagne du terrain quand les gens ont le sentiment qu’on est en déclin et que la responsabilité en incombe aux élites, aux gouvernants passés. »
Nourrie par un sentiment d’impuissance politique liée à l’absence de majorité, l’idée de déclin est aussi alimentée par chaque actualité : les canicules de l’été que l’exécutif a été accusé d’avoir mal anticipées, ou l’affaire Lyhanna ayant révélé de graves dysfonctionnements de la Justice.
Depuis la rentrée, la préparation du budget pour 2027 remet la question de la dette au centre des débats, de nombreux responsables alertant sur les nécessaires économies et la situation très délicate de la France, dépeinte sans marge de manœuvre.
Conséquence de ce « déclinisme ambiant » : les électeurs sont tentés par la « rupture » proposée par des candidats comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, explique Brice Teinturier.
Dans les sondages, la première est largement en tête, le deuxième est le favori à gauche.
"Déclassement »
Pour La France insoumise, « les services publics ne fonctionnent plus, la pauvreté a explosé, l’industrie est détruite et la voix de la France ne compte plus dans le monde... », décrit auprès de l’AFP son coordinateur national Manuel Bompard. « La nécessité de reconstruire la France face au chaos généralisé sera au cœur de notre campagne », promet-il.
Pour les autres candidats, la conséquence de cette vision d’une France en déclin, selon Brice Teinturier, est qu’ils « seront obligés d’avoir a minima des mesures radicales, pour montrer qu’ils sont sensibles à la situation du pays, sinon ils ne seront pas entendus ».
Un facteur pris en compte par exemple par le candidat des Républicains Bruno Retailleau, selon lui, ou encore par Gabriel Attal.
Lors de sa déclaration de candidature en mai, l’ex-Premier ministre Renaissance a dit vouloir « renouer avec un optimisme ». « Parce que moi, je n’en peux plus de cette politique française où c’est 50 nuances de gestion du déclin ».
Quelques jours plus tard, pour son premier meeting, il a désigné ses « adversaires » : « Les apôtres du déclin, les artisans de la nostalgie », à savoir « La France insoumise et le Rassemblement national ».
Une volonté d’insuffler de l’optimisme qui peut rappeler celle d’Emmanuel Macron en 2017, le chef de l’État ayant lui-même fustigé en juin, lors de la panthéonisation du résistant Marc Bloch, « l’esprit de défaite, sans cesse entretenu par ceux qui se proclament plus français que vous ».
Mardi, lors de la conclusion des journées parlementaires du MoDem, l’ex-ministre Marc Fesneau a lui aussi voulu repousser ce narratif.
« Je ne me résous pas ni à l’esprit de déclinisme ambiant qui vient nourrir simplement les extrêmes, ni à l’esprit de défaite qui dirait que seuls les populistes pourraient résoudre » nos problèmes, a-t-il déclaré.
« Il n’y a aucune fatalité », a réagi au classement Pisa le patron du PS Olivier Faure, appelant à « agir » face aux mauvais résultats des élèves.