Plusieurs responsables politiques français ont dénoncé le retrait d’une photographie prise à Gaza de l’exposition du Deauville Sport Images Festival et demandé à la municipalité de rendre publiques les circonstances de cette décision.
Prise par le photojournaliste palestinien Jehad Alshrafi, collaborateur de l’agence Associated Press (AP), la photographie montre des joueurs du Gaza Sports Club et du club égyptien Al-Ahly disputant un match le 14 février 2026 sur un terrain entouré de bâtiments lourdement endommagés lors de la guerre génocidaire israélienne, déclenchée le 7 octobre 2023.
Présentée dans le cadre de la deuxième édition du festival, la photographie a été discrètement retirée et remplacée par une autre représentant des cyclistes.
Le remplacement a été constaté 20 août par Sylvain Larcher, secrétaire de la section locale du Parti socialiste et membre de l’association Gauche Côte Fleurie.
Selon lui, la photographie ne montre pas seulement un match de football, mais témoigne aussi de la volonté des Palestiniens de continuer à jouer, à se retrouver, à vivre et à préserver une forme d’espoir au milieu des destructions.
« La culture et la photographie ne doivent pas être soumises aux pressions, quelles qu’elles soient », a-t-il déclaré, demandant à la municipalité d’expliquer les raisons de cette décision.
Sylvain Larcher a souligné que le retrait soulevait une question « simple et légitime » et réclamé une « réponse claire et transparente » pour comprendre pourquoi cette photo présente depuis début juin, a-t-elle été soudainement remplacée. Il a précisé qu’il ne s’agissait pas de « préjuger de la raison de ce retrait ni d’accuser qui que ce soit sans éléments », mais de faire la lumière sur une décision qui, en l’état, suscite des interrogations.
La municipalité de Deauville, qui organise le festival, a confirmé que la photographie avait bien été remplacée à la suite de « demandes », sans toutefois préciser l’origine de celles-ci. Contactée par le journal local Le Pays d’Auge, elle a déclaré : « Nous ne voulons pas entrer dans la polémique, ni heurter qui que ce soit ».
Dans une réponse rapportée par France 3 Normandie, la mairie a également indiqué que l’image n’était « en rien pro-Hamas » et qu’elle s’inscrivait dans une exposition destinée à montrer que « le sport est partout, quels que soient les lieux et les circonstances ».
La municipalité a néanmoins prétendu que la photographie provoquait « de nouvelles douleurs » et annoncé son retrait afin de « faire taire cette polémique disproportionnée ». Elle n’a pas publiquement identifié les personnes ou organisations ayant demandé son remplacement.
Le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte a apporté son soutien à Sylvain Larcher et demandé « toute la transparence sur les circonstances ayant conduit au retrait » de la photographie.
« Le retrait d’une photo de Gaza à Deauville dans le cadre d’un festival de photojournalisme sportif indigne légitimement : la culture et la vérité ne peuvent faire l’objet d’une censure à bas bruit », a-t-il écrit sur le X.
Le député a rappelé que le photojournalisme avait pour fonction de « montrer le réel dans toute sa complexité ».
« La volonté affichée de ne pas “heurter” ne peut devenir un principe de déprogrammation culturelle. La liberté artistique et la liberté d’informer supposent précisément que l’on puisse montrer ce qui dérange », a-t-il ajouté.
Arthur Delaporte a demandé que les motifs du retrait soient rendus publics, que la ville de Deauville présente ses excuses et que la photographie retrouve sa place dans l’exposition « au plus vite ».
Le retrait d’une photo de Gaza à Deauville dans le cadre d’un festival de photojournalisme sportif indigne légitimement : la culture et la vérité ne peuvent faire l’objet d’une censure à bas bruit. pic.twitter.com/xICtB6CYgg
— Arthur Delaporte (@ArthurDelaporte) August 25, 2026
L’eurodéputée française Emma Fourreau a également dénoncé l’invisibilisation du peuple palestinien jusque dans les arts.
« Même l’image de jeunes Palestiniens jouant au football au milieu des ruines de Gaza dérange », a-t-elle déploré dans un message publié sur X.
Elle a qualifié le retrait de la photographie de « décision indigne » et demandé des explications aux organisateurs ainsi qu’à la municipalité. « Je leur ai adressé un courrier », a-t-elle précisé.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a également réagi : « La presse interdite à Gaza, les photos interdites à Deauville, la liberté d’information piétinée ».
De son côté, la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard, a estimé que le fait de montrer la photographie constituait « un acte de résistance » contre la censure et la tentative d’effacer la réalité à Gaza.
Depuis sa création en 2025, le Deauville Sport Images Festival cherche à explorer les différentes dimensions du sport en tant que phénomène social, humain, culturel et artistique. Pour sa deuxième édition, organisée du 6 juin au 6 septembre par la ville de Deauville, le festival propose 13 expositions et environ 300 photographies réparties dans plusieurs espaces de la commune.