Tenus récemment dans l’océan Indien, les deux exercices navals trilatéraux démontrent le potentiel de la coopération Russie-Chine à menacer l’influence des États-Unis dans la région, a indiqué American Enterprise Institute, groupe de réflexion basé à Washington DC.
L’année dernière, l’Afrique du Sud a accueilli un exercice maritime avec la Russie et la Chine, le tout premier exercice trilatéral jamais organisé par les trois pays. Baptisé Mosi, l’exercice avait pour objectif de « renforcer l’interopérabilité et la sécurité maritime », tout en montrant la volonté des trois pays d’œuvrer ensemble pour contrer les menaces sécuritaires en mer, telles que le terrorisme et la piraterie. Au menu : un exercice de tir de surface, des appontages d’hélicoptères en pleine mer, des opérations d’embarquement et des exercices de gestion des catastrophes.
En décembre 2019, la Chine et la Russie ont poursuivi cette stratégie dans le cadre d’un autre exercice maritime tripartite avec l’Iran dans le golfe d’Oman, portant pour message : « l’Iran ne peut pas être isolé » avec des exercices de tir réels et un entraînement des opérations anti-piraterie impliquant des commandos iraniens.
Illustrant la capacité des trois pays à maintenir conjointement la paix mondiale et la sécurité maritime, l’exercice naval s’est fixé pour objectif d’approfondir les échanges et la coopération entre les marines iranienne, chinoise et russe.
Les exercices trilatéraux témoignent du désir de Moscou et de Pékin de coopérer dans la région. Parallèlement, les puissances régionales telles que l’Afrique du Sud et l’Iran se félicitent du rôle accru de la Chine et de la Russie.
Les deux pays ont, par ailleurs, progressivement augmenté leur présence dans l’océan Indien. La Russie a récemment annoncé qu’elle établirait une installation navale à Port Soudan sur la mer Rouge. La Chine a ouvert sa première base à l’étranger à Djibouti en 2017 et la marine chinoise a intensifié ses opérations dans l’océan Indien au cours des trois dernières décennies.
Les relations entre l’Afrique du Sud et les États-Unis étaient déjà tendues lorsque Pretoria a accepté d’organiser des exercices trilatéraux avec la Chine et la Russie. Sous l’administration Trump, les États-Unis ont critiqué le bilan de votes de l’Afrique du Sud à l’ONU. Washington a également refusé d’exempter le pays des hausses de droits douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis. En revanche, la Chine a promis d’investir plus que tous les autres pays en Afrique du Sud. La Russie a suivi ses traces en établissant des relations politiques, militaires et commerciales à travers l’Afrique subsaharienne.
L’Iran a encore plus de raisons de nouer de bonnes relations avec la Chine et la Russie. Depuis le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire en 2018, l’Iran a renforcé ses liens avec la Chine et la Russie pour résister aux sanctions américaines en approfondissant la coopération en matière de défense et de renseignement.
En outre, la Chine dispose des ressources économiques nécessaires pour renforcer sa présence dans les pays de l’océan Indien. Rien qu’au Pakistan, Pékin a promis un financement estimé à 87 milliards de dollars et réalisé des projets d’une valeur d’environ 20 milliards de dollars. Récemment, Pékin et Téhéran ont examiné un accord de 25 ans pour accroître l’investissement de la Chine dans le système bancaire, les télécommunications, les ports et les chemins de fer iraniens en échange d’un partenariat dans le secteur d’énergie.
D’autres pays croient que les liens Russie-Chine leur seraient utiles. Le Soudan -partenaire régional de longue date de Pékin- a proposé pour la première fois d’accueillir une base russe en 2017 comme contrepoids contre les actes d’agression des États-Unis.
Pour autant, les positions de la Chine et de la Russie ne s’alignent pas toujours sur la même politique. La Chine affirme que les exercices dans l’océan Indien ne visaient aucun pays tiers. Ne s’engageant pas dans un comportement hégémonique pour former des coalitions régionales, Pékin tient à éviter la formation de coalition régionale contre ses intérêts.
L’influence sino-russe a tout pour poser des problèmes pour les États-Unis et leurs partenaires, comme a averti l’amiral iranien Hossein Khanzadi qui estime que la coopération stratégique avec la Russie et la Chine signifierait « la fin de l’hégémonie américaine » dans la région.
Avec le renforcement des liens entre deux grandes puissances, les États-Unis et leurs alliés devraient redoubler d’efforts pour ne pas être repoussés.