Alors que la plupart des pays du monde préfèrent suivre de près la situation au Soudan, sans donner d’analyses et de commentaires, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, défendent en bloc Abdel Fattah al-Burhane, nommé vendredi à la tête du Conseil militaire de transition. Un pouvoir civil à la tête du Soudan pourrait se solder par un changement de donne dans le camp saoudien puisque géostratégiquement parlant, le Soudan n'a aucun intérêt à participer à la guerre contre le Yémen.
Il est vrai qu’il ne reste plus qu’un simple et pur nom du corps en agonie de la « coalition » dirigée par l’Arabie saoudite contre le Yémen.
Des trois vrais membres de cette dite coalition, le Soudan, qui vit, en ce moment, une crise politique, après le départ de son président Omar el-Béchir, peut, tôt ou tard, abandonner les deux autres à savoir l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Et ce retrait apportera, indubitablement, un coup dur et cuisant au rêve de quarte ans du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le prince héritier émirati Mohammed ben Zayed, d’investir le Yémen. L’expédition militaire saoudo-émiratie vers le Yémen sera ainsi une véritable défaite, disent certains experts.
En effet, les paramilitaires soudanais servaient de mercenaires pour Riyad et Abou-Dhabi dans leur agression contre le Yémen. Presque 2500 mercenaires soudanais luttent contre les Yéménites sur ce territoire, pour le compte de ces deux monarchies arabes, chaque mercenaire recevant entre 1000 à 1500 dollars par mois. Or, si le Conseil militaire de transition votait, sous pression des opposants, pour le retour au Soudan de ces mercenaires, l’échec du projet saoudo-émirati sera annoncé, beaucoup trop vite qu’on pouvait le croire, selon certains analystes.
Bien que les développements en cours au Soudan montrent qu’il s’avère peu probable que le Conseil militaire de transition et la personne même de Abdel Fattah al-Burhane s’éloignent, si rapidement, de l’Arabie saoudite ou des Émirats arabes unis, cependant les pressions exercées par des opposants sur la nouvelle autorité au Soudan sont assez fortes pour pouvoir conduire cette dernière à mettre un terme à la collaboration du Soudan à cette « coalition » et au rêve, d’ailleurs irréalisable, Riyad-Abu Dhabi, d’autant plus que les opposants se sont, plus que jamais, rendu compte de l’ingérence saoudo-émiratie dans les affaires intérieures de leur pays, surtout dans ce moment décisif que traverse le Soudan.
Depuis le départ d’Omar el-Béchir et la nomination de l’ancien chef d’état-major Abdel Fattah al-Burhane à la tête du Conseil militaire de transition, des commentateurs n’ont pas hésité à parler du rôle joué par Riyad et Abou Dhabi dans cette affaire.
Selon al-Binna, journal libanais, les récentes évolutions au Soudan semblent avoir été au moins en partie orchestrées par Riyad qui souhaite exploiter l’armée régulière soudanaise dans le sens de leurs propres intérêts.
« Le coup d’État au Soudan a eu lieu très probablement suite à une série de coordinations entre le prince saoudien Mohammed ben Salmane et le ministre soudanais de la Défense Aouad Ibn Aouf qui s’était rendu, quelques jours avant le coup de force, à Riyad pour prendre part à une réunion de “l’OTAN arabe”. En effet, le coup d’État au Soudan constitue en effet un pas préventif destiné à étouffer tout autre mouvement de protestation de nature populaire dont le succès pourrait entraîner la fin de l’implication des mercenaires soudanais largement impliqués dans les conflits au Yémen et ce, au profit de l’Arabie saoudite », indique le journal libanais.
« Après le cuisant échec subi par les États-Unis dont les plans impérialistes sont tous tombés à l’eau dans le monde musulman, les Américains ont allumé la mèche d’une série d’actes de déstabilisation en Afrique du Nord et en Corne d’Afrique. Voilà le nouveau plan de Washington : confisquer les armées régulières arabes notamment celle de l'Algérie, de la Libye (s'il est vrai qu'il n'existe pas une armée régulière en Libye, mais les forces de Haftar constituent le corps armé le plus efficient, NDLR) du Soudan, les impliquer dans un processus politique trop complexe et aux multiples facettes, au risque de discréditer ces mêmes forces armées aux yeux de leur propre population, et ce, pour s'en servir par la suite dans le sens de leurs propres intérêts. Que l'armée des pays précités réussisse ou pas à calmer la situation, cela revient au même, elles seront fragiles et ouvertes aux propositions voire aux diktats occidentaux », note al-Binaa.