Les responsables américains et européens du renseignement et de la lutte antiterroriste ont déclaré le mardi 14 août que l'escalade des tensions entre le président Trump et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan pourrait compromettre le partage d'informations et la coopération policière entre les deux pays.
Les commandants militaires ont fait état de la mise en œuvre d’un accord entre Washington et Ankara en vertu duquel les troupes américaines et turques effectueront des patrouilles conjointes près de Manbij, ancien fief de Daech dans le nord de la Syrie.
"Cela va commencer très bientôt", a assuré le général Felix Gedney, commandant adjoint à la stratégie et au soutien de la coalition dirigée par les États-Unis en Irak et en Syrie, lors d’un point de presse au Pentagone.
Cependant, en dépit de la prise en charge de la sécurité de Manbij par les forces turques, les Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par Washington s’apprêtent, à une distance de 200 km de Manbij, à lancer les opérations finales contre les terroristes de Daech et installent des postes de contrôle dans la vallée de l’Euphrate.
Les responsables du renseignement ont donc reconnu que les relations glaciales entre la Turquie et les États-Unis dont le motif principal est la détention en Turquie d’Andrew Brunson, pasteur évangélique de Caroline du Nord, freineraient tout progrès dans la lutte contre Daech.
Un haut responsable américain du renseignement et un haut responsable européen de la lutte antiterroriste, qui ont requis l'anonymat, se sont dit préoccupés par le fait que la Turquie détiendrait des informations sur des présumés membres de Daech et des opérations de renseignement visant à extirper des extrémistes de Syrie.
De plus, ils ont dit que la Turquie pourrait opter pour l'arrêt des missions que ses forces de sécurité mènent sur les frontières avec la Syrie.
Mais selon Seth G. Jones qui dirige le projet sur les menaces transnationales au Centre d’études stratégiques et internationales à Washington, les Américains ont d’autres raisons de s’inquiéter de la fiabilité de la Turquie en tant que partenaire du champ de bataille: Ankara avait fourni une assistance à Hayat Tahrir al-Sham, un groupe terroriste issu du Front al-Nosra opérant dans le nord de la Syrie.
Jones a déclaré que la Turquie utilisait ces groupes terroristes pour combattre les forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) en Syrie. De même, au moins une partie du soutien turc a été envoyée à des extrémistes autour d'Idlib, l'un des derniers fiefs des groupes armés en Syrie, actuellement sous le feu du gouvernement syrien.
"Le plus inquiétant est que le gouvernement Erdogan a pris d'un côté des mesures pour éliminer les cellules de Daech, et de l’autre, a soutenu d'autres groupes terroristes", a déclaré M. Jones.