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Ben Salmane a-t-il réussi son pari ?

Le prince héritier saoudien accorde une interview à la chaîne d’information américaine CBS, le 20 mars 2018. ©CBS

Les récentes allégations du prince héritier saoudien à l’encontre de la République islamique d’Iran révèlent au grand jour son manque d’expérience dans les relations internationales.

Lors d’une interview accordée à la chaîne d’information américaine CBS, le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, âgé de 32 ans, a répété les mêmes accusations anti-iraniennes, avant de prétendre que si l’Iran détenait la bombe nucléaire, l’Arabie saoudite s’en équiperait également.

Fier des capacités économico-militaires de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane a allégué que l’économie de son pays était plus forte que celle de l’Iran et que le secteur militaire iranien n'était en rien comparable à celui de l’Arabie saoudite, l’armée iranienne ne faisant selon lui même pas partie des cinq meilleures armées du monde musulman.

Fanfaronnades d’un prince hérité inexpérimenté 

Il existe de trop nombreux témoignages des fanfaronnades de Mohammed ben Salmane pour qu’il soit nécessaire de les prouver.

Un coup d’œil sur l’Histoire contemporaine et les crises qu’a traversées ces dernières décennies le Moyen-Orient expliquerait sans peine les raisons des échecs et des victoires des pays et des nations de la région, et apporterait un démenti formel aux allégations infondées de Mohammed ben Salmane.

La prédominance militaire ne détermine pas à elle seule le sort des guerres

Aux dires des experts militaires, outre la prédominance militaire, un ensemble d’autres facteurs peuvent changer le destin d’une guerre, parmi lesquels on peut citer l’esprit patriotique, l’esprit de dévouement, l’immensité du territoire, la situation géographique et la capacité à faire face à une guerre.

L’Histoire connaît beaucoup d’exemples de cette nature ayant déterminé le sort d’une guerre.

Les huit années de la Défense sacrée de la République islamique d’Iran face à l’armée de l’ancien régime irakien, qui bénéficiait du soutien sans faille des pays de la région et de l’Occident, en est un illustre exemple.

L’échec des États-Unis dans la guerre du Vietnam est le symbole du fait que la puissance militaire ne pourra jamais à elle seule être la victoire.  

La guerre contre le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, a discrédité l’Arabie saoudite

Le prince héritier saoudien s’est vanté de la puissance militaire saoudienne alors que le royaume wahhabite fait partie de principaux clients d’armes américaines au Moyen-Orient, consacrant à cette fin des centaines de milliards de dollars.

Dotées de missiles obsolètes, les forces yéménites ont su résister à l’agression de l’ennemi saoudien et frapper en son cœur le territoire saoudien. 

L’échec de l’Arabie en Syrie et en Irak

L’Arabie saoudite s’est enlisée dans les bourbiers irakien et syrien et elle cherche une issue pour s’en extirper. La présence de conseillers militaires iraniens et le soutien du Hezbollah au gouvernement de Damas ont cloué au sol les terroristes takfiristes de Daech, sponsorisés par l’Arabie saoudite et l’Occident.

Ben Salmane ne pourra compter sur le soutien nucléaire pakistanais

Mohammed ben Salmane a prétendu que si l’Iran finissait par obtenir l’armée atomique, Riyad n’hésiterait pas à s’en équiper immédiatement.

Un célèbre responsable militaire saoudien, le dénommé Chami Mohammed al-Zahiri, a déclaré que son pays disposait des ressources financières et humaines requises pour développer la bombe atomique.

Mais c’est une grande erreur que de compter sur le Pakistan pour l’obtenir, car il existe plusieurs obstacles qui barrent la route à l’Arabie saoudite. Premièrement, les chiites constituent une part non négligeable de la population pakistanaise. L’Iran et le Pakistan ont établi des relations stratégiques et toute décision de soutenir l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Arabie saoudite pourrait nuire aux relations entre les deux voisins.

Contrairement au gouvernement de ce pays, le Parlement pakistanais ne regarde pas d’un bon œil une coopération nucléaire avec l’Arabie saoudite et cette institution s’est dite également opposée à toute coopération des troupes pakistanaises dans la guerre au Yémen.

Netanyahu, farouche opposant de la nucléarisation de l’Arabie 

Alors que Riyad fait tout son possible pour normaliser ses relations avec le régime de Tel-Aviv, Israël s’est dit opposé à l’acquisition de l’arme nucléaire par quelque pays arabe que ce soit, y compris l’Arabie saoudite, y voyant une menace. Malgré des relations plus étroites avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a appelé au cours de son déplacement à Washington son allié américain, Donald Trump, à ne pas permettre à Riyad et à Abou Dhabi d’accéder à l’arme atomique.

Eu égard à ces explications, c’est une question de pure logique qui échoit au prince héritier saoudien : à quel titre prétend-il que si l’Iran acquiert un arsenal nucléaire, l’Arabie en fera immédiatement de même ?     

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SOURCE: FRENCH PRESS TV