Les dirigeants de l'Union européenne se réunissent jeudi pour accélérer les réformes visant à redresser la compétitivité de l'économie européenne, débordée par la concurrence chinoise exacerbée et la puissance américaine débridée.
Éliminer les barrières internes, supprimer les fardeaux réglementaires et protéger le « Made in Europe » seraient les questions importantes de ce jeudi 12 février en Belgique pour les Vingt-sept.
Au programme de cette « retraite », dont le format informel vise à mettre en œuvre des solutions pour confronter à la guerre commerciale, l’urgence est de réformer le marché unique européen, étendue à environ 450 millions de consommateurs, qui demeure la colonne vertébrale de la construction européenne.
L'UE est aujourd'hui confrontée à la guerre commerciale menée par Donald Trump, et plus récemment aux menaces de droits de douane liées au sort du Groenland, ainsi qu'aux restrictions chinoises sur les exportations de terres rares dont les Vingt-Sept ont un besoin urgent.
Alors que la part de l'UE dans le PIB mondial est tombée sous les 15%, ce diagnostic est largement partagé en Europe, depuis le rapport aux allures d'électrochoc présenté il y a 18 mois par l'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi.
« Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance? », a martelé début février l'économiste italien, qui échangera avec les dirigeants européens à Alden Biesen.
Car de la puissance économique dépend la capacité de l'UE à financer son effort de réarmement historique, négocier des accords commerciaux plus avantageux, et éviter d'être reléguée sur la scène internationale.
Les discussions de jeudi ne visent pas à délibérer sur de nouvelles idées, mais à accélérer la mise en œuvre des réformes déjà identifiées. La Commission européenne a déjà élaboré un vaste programme de réformes visant à renforcer la compétitivité du bloc, sur tous les plans.
Il s'agit de lever les barrières internes qui entravent l'activité économique, parfaire « l'union des marchés de capitaux » pour mettre l'épargne au service des entreprises, et réduire l'empilement des réglementations européennes et nationales.
Toutefois, ce traitement de choc s'est en partie enlisé dans les procédures législatives de l'UE, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen exhortant mercredi les eurodéputés à avancer.
Von der Leyen a aussi confirmé qu’un nouveau cadre juridique pour les entreprises, « EU Inc », serait présenté en mars afin de réduire les contraintes administratives, et évoqué la possibilité de « coopérations renforcées » pour appliquer certaines réformes – autrement dit de les restreindre aux pays volontaires – s'il est trop compliqué de s'entendre à 27.
Car les États ne sont pas systématiquement sur la même ligne quant aux mesures à mettre en œuvre.
À Paris et Berlin, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, qui participaient mercredi à un sommet de l'industrie européenne à Anvers, ont souligné la nécessité de réformer l’Europe sans délai.
Alors que Macron a défendu une certaine préférence européenne, une obligation pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, dont les constructeurs automobiles, de se fournir en composants européens, Merz a estimé qu'une telle solution devait être réservée « uniquement à des secteurs stratégiques et seulement en dernier ressort », et sans exclure certains pays partenaires.
La Commission a préparé un projet de loi en ce sens, attendu le 25 février.
L’idée française de recourir à des emprunts européens pour financer des investissements dans les secteurs d’avenir a suscité des réactions mitigées. Une source gouvernementale allemande a tancé mardi qu’« il n'est pas acceptable de réclamer plus d'argent sans engager les réformes ».
Par ailleurs, un diplomate européen qui a requis l'anonymat a tempéré qu’au sein de l’UE, « il y a beaucoup de convergences, même s'il y a des accents politiques ou nationaux qui sont un peu différents ».