Le président français, Emmanuel Macron, a souligné la fragilité stratégique de l’Union européenne face aux pressions américaines, notamment dans les secteurs de l’énergie et de la défense, et a appelé à une réponse souveraine et coordonnée pour préserver l’indépendance du continent.
Dans un entretien accordé au journal allemand Süddeutsche Zeitung et publié ce 10 février, Emmanuel Macron a averti que Donald Trump cherchait le démembrement de l’Union européenne et que l’administration américaine actuelle était ouvertement anti-européenne.
Le président français s’est référé à l’affaire du Groenland – où Trump avait évoqué une possible annexion, y voyant une stratégie d’agression économique permanente masquée par des reculs tactiques de Washington.
Il a admis que l’Europe avait échangé sa dépendance énergétique à la Russie contre une dépendance encore plus forte (60 % du GNL) vis-à-vis des États-Unis, qualifiant cette évolution de risque stratégique majeur.
Pour y remédier, Macron lance un double appel urgent : d’une part, instaurer une « priorité européenne » dans des secteurs clés (technologie, défense, acier...) pour éviter d’être balayé par les géants américains et chinois ; d’autre part, relancer massivement l’endettement commun (via des « eurobonds ») à hauteur de 1 200 milliards d’euros par an pour financer dans les secteurs technologiques, énergétiques et militaires de l’Europe, et contrer l’hégémonie du dollar.
Sur le plan militaire, Macron a insisté sur l’avancée du projet d’avion de combat SCAF avec l’Allemagne et l’Espagne, avertissant qu’un retrait allemand pourrait compromettre d’autres programmes de défense communs.
Concernant la Russie, il a plaidé pour une position européenne autonome, distincte de celle de Washington, et a révélé avoir rouvert des canaux de dialogue techniques avec Moscou.
Y réagissant, le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a indiqué que ces échanges se déroulaient à un niveau technique. Il a estimé que ces discussions pourraient permettre d’organiser assez rapidement un dialogue au plus haut niveau, si cela s’avérait nécessaire. Mais, a-t-il précisé, Moscou n’avait pas reçu de signal montrant qu’une telle volonté existait pour le moment.
« Nous avons pris note des propos du président Macron sur la nécessité de restaurer les relations avec la Russie. Nous trouvons de telles déclarations encourageantes », a déclaré Dmitri Peskov.
Il a toutefois rappelé que Moscou défend cette approche depuis longtemps, et que c’est l’Europe, selon ses mots, qui a « réduit les relations à zéro de manière illogique, contre-productive et nuisible à toutes les parties ».