La décision des autorités américaines de contraindre la société américaine Anthropic à désactiver ses nouveaux modèles d’intelligence artificielle (IA), Mythos 5 et Fable 5, suscite de vives réactions en France et en Europe, où de nombreux responsables politiques y voient une démonstration de force de Washington sur les infrastructures numériques mondiales.
Selon le quotidien français Le Monde, le gouvernement du président américain Donald Trump a demandé vendredi à Anthropic de suspendre l’accès à ses modèles d’IA les plus avancés, invoquant un risque pour la sécurité nationale. L’entreprise a finalement accepté de désactiver Mythos 5, réputé pour ses capacités avancées en cybersécurité, ainsi que Fable 5, sa version grand public.
Dans un communiqué cité par Le Monde, Anthropic affirme avoir été contrainte d’agir après avoir reçu l’ordre de couper l’accès aux modèles pour « tout ressortissant étranger, à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis », y compris certains de ses propres employés étrangers. L’entreprise précise que cette mesure repose sur les règles américaines relatives au contrôle des exportations.
Le gouvernement de Donald Trump justifie sa décision par la découverte d’un moyen permettant de contourner certains mécanismes de sécurité intégrés à Fable 5.
Une décision qui alarme la classe politique française
Le blocage des modèles a immédiatement déclenché des réactions au sein de la classe politique française.
Le président du Parti Renaissance et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, Gabriel Attal, estime que « la guerre de l’IA a déjà commencé ».
« Nous ne pouvons pas compter sur les autres, car cela nous rend vulnérables », a-t-il déclaré.
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, considère pour sa part que cette affaire démontre que « l’intelligence artificielle est déjà un sujet majeur de souveraineté nationale ».
Selon Le Monde, il appelle à « accélérer le soutien » à la start-up française d’IA Mistral AI ainsi qu’à l’ensemble de l’écosystème européen du secteur.
Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, dénonce également la décision américaine, affirmant qu’elle « prouve l’urgence d’être indépendants et souverains ».
Il voit dans cette affaire un « règlement de comptes politique » entre Washington et Anthropic, alors que l’entreprise s’était déjà opposée au gouvernement américain sur l’usage militaire de ses systèmes d’IA.
Dans un communiqué, La France insoumise appelle à « la mobilisation de l’épargne nationale » pour financer des infrastructures numériques stratégiques, ainsi qu’à « l’ouverture de négociations à l’ONU » afin d’encadrer l’intelligence artificielle à l’échelle internationale.
Appels à un réveil européen
L’ancien Premier ministre Édouard Philippe estime que l’Europe accuse un retard préoccupant dans ce domaine.
« Nous ne maîtrisons ni les modèles ni les capacités de calcul » de l’IA, déclare-t-il, qualifiant cette technologie d’outil désormais « aussi essentiel que l’électricité ou Internet ».
Le candidat du Parti Horizons exhorte l’Europe à « se réveiller », plaidant pour une préférence aux solutions technologiques européennes et une simplification des règles qu’il juge favorables aux géants américains de la technologie.
Le président des Républicains, Bruno Retailleau, appelle lui aussi à renforcer la souveraineté numérique française.
« Il faut faire avec l’IA ce que nous avons fait avec le nucléaire : penser cette technologie comme une part de notre souveraineté », déclare-t-il, invitant au passage le cofondateur d’Anthropic, Dario Amodei, à s’installer en France. « Vous êtes les bienvenus à Paris », ajoute-t-il.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, affirme quant à lui que l’Europe est entrée dans « un nouveau monde » où elle ne peut « compter d’abord que sur elle-même », appelant à la construction d’« une vraie puissance européenne ».
Bruxelles évoque un besoin accru de souveraineté technologique
La réaction ne se limite pas à la France.
Le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier, estime que la décision américaine renforce encore davantage « le besoin de souveraineté technologique de l’Europe ».
Selon Le Monde, de nombreux responsables européens considèrent désormais cette affaire comme la matérialisation d’un risque régulièrement évoqué : celui de voir les États-Unis utiliser leur domination dans les secteurs du numérique, du cloud, des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle comme levier de pression géopolitique.
Le quotidien rappelle que Donald Trump avait déjà menacé l’Union européenne de mesures de rétorsion en cas de sanctions contre des entreprises américaines et avait évoqué, en août 2025, d’éventuelles « restrictions à l’exportation » sur certaines technologies stratégiques américaines.