Par Ghorban-Ali Khodabandeh
Le président français, Emmanuel Macron, a réaffirmé la volonté de Paris d’œuvrer en faveur de la réouverture du détroit d’Hormuz, une artère maritime d’une importance capitale pour l’économie mondiale. Dans un discours prononcé en début de semaine, M. Macron a annoncé son intention d’engager un dialogue avec les autorités iraniennes, soulignant l’urgence d’une action concertée au sein de la communauté internationale pour garantir la sûreté et la stabilité dans cette région névralgique.
Parallèlement, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est exprimé lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, mettant en garde contre toute action susceptible d’entraver la libre circulation dans le détroit d’Hormuz.
La position européenne, axée sur la liberté de navigation et le passage sans entraves dans le détroit d’Hormuz, contraste avec les menaces de sanctions, de pressions politiques et d’options militaires évoquées dans le contexte actuel. Cette apparente contradiction soulève des interrogations quant à une potentielle escalade des tensions régionales et à l’impact économique que cela pourrait engendrer pour l’Europe, notamment en termes de coûts énergétiques.
De surcroît, l’aventure belliciste de Donald Trump contre l’Iran, entreprise sans consultation, sans soutien et sans le consensus des alliés européens des États-Unis, a mis en lumière des tensions sous-jacentes dans les relations entre l’Europe et Washington, soulevant la question de savoir si la coalition transatlantique approche d’un point de rupture.
La fermeture du détroit d’Hormuz, couplée à une flambée des prix de l’énergie, représente une menace sérieuse pour l’Europe, déjà aux prises avec une crise multidimensionnelle affectant les secteurs du carburant, des fertilisants, de l’alimentation et du transport. Cette situation complexe fait peser aux Européens les conséquences de l’aventure militaire américano-sioniste.
Le pari risqué de l’Europe dans un corridor maritime d’une importance stratégique mondiale
L’Europe, dont les signes d’affaiblissement sur la scène internationale se multiplient, tente de sortir tant bien que mal des crises économiques provoquées par l’agression américaine-sioniste contre l’Iran. Pourtant, les positions défendues par certains responsables européens, marquées par des ambiguïtés et des choix jugés hasardeux, risquent d’aggraver la situation plutôt que de l’apaiser, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour le continent.
Au cœur des revendications européennes figure le désir de rétablir la configuration antérieure du détroit d’Hormuz, que l’on considère comme menacée par «l’agression militaire américano-sioniste » contre l’Iran.
Kaja Kallas, haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, a souligné lors d’une conférence de presse à Luxembourg que la liberté de navigation ne saurait être sujette à négociation. Elle a qualifié de téméraires les changements récents dans la gestion de la situation autour du détroit d’Hormuz, insistant sur le fait que le passage par cet espace stratégique devrait rester gratuit. Auparavant, la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, avait également évoqué la nécessité d’une solution durable, envisageant un « détroit d’Hormuz sans péage ».
Pourtant, alors que plusieurs pays européens se présentent comme de fervents défenseurs de la paix et du droit international, leurs actions semblent parfois en porte-à-faux avec ces principes. Au lieu de condamner explicitement les attaques américaines et israéliennes visant l’Iran, certains États n’ont pas appliqué de sanctions à l’encontre d’Israël.
À titre d’exemple, le ministre allemand des Affaires étrangères s’est opposé à une proposition de sanctions plus étendues de l’Union européenne contre Israël, la jugeant « inappropriée ». Par ailleurs, le gouvernement allemand aurait approuvé des exportations d’armes d’un montant de 6,6 millions d’euros vers Israël pendant la période de la guerre contre l’Iran — une décision considérée comme en contradiction avec une législation nationale interdisant l’exportation d’armes vers des zones de conflit.
Malgré les mises en garde de certains pays européens et la multiplication des protestations à l’échelle mondiale, l’Europe demeure, selon les observateurs, dans une posture de soutien implicite ou de silence. Or, d’après des informations relayées, l’opinion publique en Occident aurait elle aussi considérablement évolué, en prenant davantage de distance vis-à-vis du régime israélien.
Les approches de négociation et les comportements contradictoires de l’Europe
Ces derniers jours, plusieurs responsables européens ont souligné l’importance de la participation de l’Iran aux négociations avec les États-Unis. Le ministre allemand des Affaires étrangères a notamment plaidé pour l’organisation de pourparlers à Islamabad, affirmant que l’Iran devrait s’engager dans ce dialogue de manière constructive.
Ces appels surviennent alors que l’Europe est restée discrète quant aux violations des engagements américains et aux attaques militaires qui ont eu lieu durant les processus diplomatiques. De plus, elle n’a pas réagi aux nouvelles sanctions imposées à l’Iran. Parallèlement, certains responsables européens ont même évoqué des options militaires dans la région, et des rapports ont fait état de préparatifs militaires autour du détroit d’d’Hormuz.
Dans ce contexte, les positions de certains diplomates européens révèlent que, dans la pratique, ces pays ont souvent suivi la politique des États-Unis, jouant un rôle de soutien lors des crises récentes.
Globalement, les actions récentes de l’Europe témoignent d’une contradiction persistante entre ses déclarations d’ordre juridique et ses actions politiques. Chercher à exercer une pression par le biais de sanctions, de menaces ou d’une diplomatie unilatérale, tout en négligeant les engagements réciproques, ne favorise pas la résolution des crises. Au contraire, cela pourrait engendrer des coûts supplémentaires pour l’Europe et pour l’ordre international.
Dans une telle conjoncture, privilégier des approches basées sur la pression et des normes fluctuantes, plutôt que sur la désescalade, pourrait exacerber les divisions et complexifier les crises – une réalité dont les Européens eux-mêmes seraient les premières victimes de ses conséquences.
L’Europe, tout en tenant des propos arrogants concernant le détroit d’Hormuz, se retrouve dans une situation économique précaire. La flambée des prix de l’énergie sur le continent, atteignant des sommets inédits, suscite de vives inquiétudes. Dans ce cadre, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a alerté sur le risque de rationnement alimentaire dans les pays européens, suite aux perturbations d’approvisionnement en engrais causées par les tensions régionales.
Dans ces conditions, toute escalade des tensions dans la région du golfe Persique pourrait avoir des répercussions directes et sévères sur l’économie européenne. Simultanément, les autorités iraniennes ont également averti que l’utilisation des capacités des pays de la région contre l’Iran pourrait entraîner de sérieuses répercussions sur le flux énergétique en Asie de l’Ouest – une situation qui, pour l’Europe, se traduirait par une aggravation de sa crise énergétique.
⚠️ Les prix du diesel ont bondi de 55 % (Europe 1 165 € la tonne) en seulement 10 jours après le début de la guerre imposée par les États-Unis et Israël contre l'Iran:
— Press TV Français (@fr_presstv) March 11, 2026
🔺 La fermeture du détroit d'Hormuz a retiré environ 3 à 4 millions de barils de diesel du marché chaque jour pic.twitter.com/uLbCr8d98F
La guerre de Trump et son coût pour l’Europe : un choc économique aux répercussions mondiales
Dès les premières heures, l’agression des États-Unis et du régime sioniste contre l’Iran n’a pas seulement bouleversé les équilibres sécuritaires en Asie occidentale. Son onde de choc s’est rapidement propagée au-delà du détroit d’Hormuz, atteignant les infrastructures énergétiques et industrielles, ainsi que les chaînes d’approvisionnement — des stations-service aux aéroports, des usines aux exploitations agricoles, jusqu’aux foyers européens.
Aujourd’hui, Bruxelles fait face à une crise à plusieurs étages. L’enjeu ne se limite pas à une variation des prix du pétrole ni à une perturbation conjoncturelle du marché de l’énergie. L’Europe subit une séquence de tensions économiques et sociales : la hausse du coût du carburant et des engrais se répercute sur les prix alimentaires, alimente l’inflation, pèse sur l’activité industrielle et nourrit un mécontentement généralisé.
Dès lors, une question s’impose : jusqu’où l’Union européenne, qui met en avant depuis des années la résilience et l’autonomie stratégique, est-elle prête à assumer le prix d’une guerre déclenchée par Washington et Tel-Aviv contre l’Iran ?
La guerre américano-sioniste contre l’Iran ne se résume pas à une simple crise énergétique pour l’Europe. Cette agression a engendré une cascade de pressions complexes, initiées au détroit d’Ormuz, qui impactent aujourd’hui le coût des importations de carburant, les approvisionnements en gaz, le kérosène, l’essence, les engrais et, par ricohet, l’alimentation, l’inflation, la récession et, in fine, le niveau de vie des ménages européens.
La Commission européenne a indiqué que les perturbations dans l’approvisionnement en pétrole et en gaz du Moyen-Orient avaient alourdi la facture des importations de combustibles fossiles de l’Union européenne d’environ 24 milliards d’euros au cours des 50 premiers jours de la guerre. Autrement dit, l’Europe a payé un surcoût significatif, simplement en raison de la flambée des prix engendrée par le conflit, sans pour autant recevoir davantage d’énergie.
L’une des conséquences les plus tangibles de cette crise pour les citoyens européens concerne le transport aérien. Selon un rapport de Reuters citant un plan d’urgence de la Commission européenne, l’Union européenne importe environ 40% de son kérosène (carburant d’aviation), et la moitié de ces importations transite par le détroit d’Hormuz. Les aéroports ont d’ores et déjà alerté sur un risque de pénurie de carburant aviation dans les semaines à venir. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a déclaré le 31 mars que le prix du kérosène avait quasiment doublé depuis le début de la guerre et que, dès le début avril, des restrictions de distribution localisées avaient été mises en place dans certains aéroports.
La hausse du prix du pétrole, combinée aux taxes élevées sur les carburants en Europe, s’est rapidement répercutée sur le consommateur. D’après les données de GlobalPetrolPrices au 20 avril, le prix de l’essence 95 octane atteignait 2,41 dollars le litre en Allemagne, 2,32 dollars en France et 2,29 dollars en Norvège. Ces chiffres équivalent respectivement à environ 9,12, 8,78 et 8,67 dollars le gallon.
Ainsi, le conflit éclaté en Asie occidentale se traduit, dans le quotidien des Européens, jusque dans les stations-service, le prix des billets d’avion, les coûts logistiques et les factures d’énergie.
Face à l’échec de sa résilience, l’Europe doit exiger la fin de l’agression américaine
L’échec de la résilience européenne devient difficile à nier dès lors que Bruxelles, après des années de discours sur « l’autonomie stratégique », la « transition énergétique » et la « réduction de la dépendance », se retrouve une nouvelle fois paralysée par un choc extérieur.
Dans son dernier plan, « Accélérer l’Europe », la Commission européenne reconnaît que 57 % de l’énergie consommée par l’Union provient encore de combustibles fossiles importés, et que seulement en 2025 cette dépendance a représenté environ 340 milliards d’euros d’importations d’énergies fossiles.
C’est là la faiblesse structurelle de la stratégie européenne. Un continent qui prétend vouloir agir de façon indépendante se retrouve, au moment où la crise devient sécuritaire et énergétique, confronté à des décisions prises à Washington, à des routes contrôlées dans la région et à la dynamique du marché mondial du carburant.
Dès lors, les réactions de Bruxelles ne ressemblent pas à une initiative stratégique : elles traduisent surtout une gestion d’urgence des dégâts. La réduction des taxes sur l’électricité, les subventions ciblées, le soutien aux ménages vulnérables, la coordination pour remplir les réserves de gaz, la libération éventuelle des stocks de pétrole—et même la discussion autour des réserves de kérosène—montrent que l’Europe reste, pour l’instant, en posture défensive.
Reuters rapporte que 22 des 27 États membres de l’Union européenne ont déjà adopté des mesures de soutien aux consommateurs, dont le coût dépasse 10 milliards d’euros. Ces mesures incluent la réduction des taxes, la fixation de plafonds tarifaires et le report de la hausse des coûts de l’énergie. Or les responsables européens savent très bien que si la guerre se prolonge, ces surcoûts ne seront pas facilement remboursés. Les expériences du Covid-19 et de la crise en Ukraine ont également montré que des dispositifs présentés comme temporaires finissent souvent par devenir des charges durables.
Cette situation alimente aussi le mécontentement social et politique à l’intérieur du continent. Quand un citoyen européen doit absorber des factures d’électricité et d’essence élevées, payer des billets d’avion plus chers, subir des pressions sur les prix des produits alimentaires et s’inquiéter pour l’emploi, il est naturel qu’il se demande pourquoi il devrait payer le prix d’une guerre déclenchée par les décisions de Washington et du régime sioniste contre l’Iran. Cette interrogation n’est pas seulement un sujet de rue ou de médias : elle entre aussi dans le calcul économique des gouvernements.
Par conséquent, la seule issue pour l’Europe ne saurait se limiter à des plans d’urgence de Bruxelles ni à des slogans sur l’énergie propre. Si l’Europe veut éviter que la crise d’Hormuz ne se transforme en crise chronique—pour le quotidien, l’industrie et la sécurité économique—elle doit cesser d’être un spectateur insatisfait et augmenter la pression politique contre Washington et Tel-Aviv.
Faire pression diplomatique pour arrêter la guerre, rouvrir pleinement les voies commerciales et énergétiques, lever un siège inutile et coûteux contre l’Iran, et rétablir la stabilité dans le détroit d’Hormuz ne relève pas uniquement de l’éthique: c’est une nécessité économique.
De l’illusion d’un effondrement de l’Iran à la reconnaissance d’une humiliation américaine
Plusieurs dirigeants européens, de Giorgia Meloni (Première ministre italienne), à Keir Starmer (Premier ministre britannique), en passant par Emmanuel Macron (Président français), avaient initialement cru que la crise en Iran, déclenchée par les événements terroristes et la guerre du Ramadan, marquerait la fin du « dossier iranien ».
Selon cette vision, même Donald Trump aurait été encouragé à lancer cette attaque. Cependant, ils ont rapidement été confrontés à la dure réalité : ce n’est pas la mer Égée ou les frontières européennes qui ont freiné l’offensive, mais la résistance réelle dans le détroit d’Hormuz.
Une différence fondamentale s’établit néanmoins entre la posture incohérente de Trump et celle, plus fluctuante, des Européens. Les erreurs de calcul et l’absence de stratégie claire ont renforcé la tendance du président américain à intégrer cette imprévisibilité dans son comportement. En revanche, les Européens vivent aujourd’hui un « virage à 180 degrés » : ce changement radical résulte davantage d’une improvisation, d’une faiblesse et de fautes politiques, que d’un plan réfléchi.
Ils n’avaient pas anticipé que l’Iran pourrait tenir — ne serait-ce que quarante jours — sous les bombardements et missiles de deux puissances nucléaires. Mais la réalité s’est révélée différente : un Téhéran fortifié, doté d’une défense à 360 degrés, a neutralisé toutes les menaces et, fait inédit, a repris le contrôle du détroit d’Hormuz, cœur stratégique du transit énergétique mondial.
Les positions adoptées récemment par l’Union européenne à l’encontre de la guerre ne traduisent pas un véritable esprit d’amitié ou un désir sincère de pacifisme. Comme l’a souligné Barack Obama, les Européens ont compris que «les Iraniens sont beaucoup plus forts qu’on ne le pensait auparavant ». Cette prise de conscience a conduit l’Union à « jeter les boucliers », c’est-à-dire à revoir radicalement leur position initiale.
Friedrich Merz, leader de la CDU en Allemagne, incarnait cette transformation : il y a peu encore, il assurait que l’Iran humiliait les États-Unis et que Washington manquait de stratégie. Aujourd’hui, il reconnaît que les Iraniens maîtrisent remarquablement l’art de la négociation, ou qu’ils savent simplement refuser toute discussion afin de pousser la partie américaine à l’épuisement.
Ce changement n’est pas isolé : l’ensemble du centre politique européen traverse une crise profonde. Ceux qui, au départ, espéraient une victoire rapide ou un changement de régime en Iran se heurtent désormais à une réalité différente, celle d’une stagflation — un paradoxe où, malgré la forte hausse des prix de l’énergie et des biens, la croissance économique est à l’arrêt.
La crainte majeure des dirigeants européens est que cette pression économique favorise l’émergence de partis extrémistes ou populistes, déjà visibles en Bulgarie, et qui pourraient menacer les élections à venir en France et en Allemagne.
Face à cette situation, l’Europe a compris qu’elle ne peut plus suivre la voie naïve de la méthode vénézuélienne ou de stratégies militaires aveugles. La France, l’Italie et l’Espagne se sont fortement éloignées de ces plans : l’Italie refuse l’utilisation de ses bases, la France rejette tout dispositif de survol, tandis que l’Espagne pousse à un réajustement de ses alignements avec Washington.
Le président Macron a été catégorique : « L’Europe doit se réveiller », arguant que la poursuite de la politique actuelle ne profite qu’à la Russie, par la hausse du prix du pétrole, tout en mettant en danger la sécurité du continent. La démarche actuelle de l’Europe n’est plus une démarche purement rationnelle, mais une réaction de survie économique : c’est la pression économique croissante, conjuguée à la crainte d’un effondrement politique, qui pousse enfin l’Europe à agir.
Ce tournant stratégique marque une reconnaissance explicite : l’Iran n’est plus un acteur passif, mais un protagoniste capable de rendre le coût de la guerre insupportable pour ses adversaires. La perception européenne a évolué, passant d’une illusion d’un effondrement imminent de l’Iran à la constatation d’une humiliation irréversible des États-Unis.