L’Iran affirme que les positions changeantes des négociateurs américains, le manque de coordination dans la prise de décision à Washington, ainsi que l’effondrement total de la confiance entre l’Iran et les États-Unis figurent parmi les principaux obstacles à la conclusion d’un accord pour mettre fin à la guerre
S'exprimant jeudi sur une chaîne de télévision iranienne, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a évoqué les négociations entre Téhéran et Washington. Ces pourparlers, qui se sont tenus récemment à Islamabad après le cessez-le-feu négocié par le Pakistan le 8 avril, sont au point mort en raison des exigences excessives de Washington.
« Au cours des dix-huit derniers mois, sous la nouvelle administration américaine, nous avons parlé à plusieurs reprises de la question nucléaire et de la levée des sanctions », a déclaré M. Baghaï.
« Après chaque conversation, au moment même où les négociations étaient en cours, la partie américaine lançait une action militaire contre l'Iran », a-t-il déclaré, faisant référence aux actes d'agression de juin 2025 et de février 2026, tous deux survenus en plein pourparlers indirects avec les États-Unis.
M. Baghaï a souligné la contradiction flagrante entre la rhétorique diplomatique de Washington et ses actions sur le terrain, pointant notamment du doigt le blocus illégal imposé par les États-Unis aux ports et navires iraniens.
« Actuellement, il est clair qu’ils ne sont pas sincères quant à la levée des sanctions. On ne peut pas prétendre lever des sanctions tout en les renforçant », a déclaré M. Baghaï. « Pire encore, ils se livrent à des actes de piraterie et de banditisme maritime contre les navires iraniens. »
Le blocus américain, qui n'a manifestement pas atteint son objectif déclaré de couper les revenus pétroliers de l'Iran, demeure un obstacle majeur. L'Iran a catégoriquement refusé de réintégrer le processus de négociation d'Islamabad tant que ce blocus illégal ne sera pas levé.
Cette situation fait suite à l'agression criminelle américano-israélienne qui a débuté le 28 février. Des frappes aériennes ont causé le martyre de hauts responsables iraniens et ciblé des infrastructures économiques vitales, causant la mort de plus de 3 300 Iraniens.
En représailles, les forces armées iraniennes ont lancé quotidiennement des attaques de missiles et de drones contre les territoires occupés et les bases militaires américaines dans toute la région.
Le porte-parole de la diplomatie iranienne a souligné que la brutalité de l'agression n'a fait qu'accentuer la méfiance.
« Les négociations avec les États-Unis ne sont en aucun cas normales, ni conventionnelles ou habituelles ; elles s’inscrivent dans un contexte sanglant, et je ne peux plus employer le mot « confiance », a-t-il souligné. « Il faut dire qu’il existe une profonde méfiance entre l’Iran et les États-Unis. »
Il a fait remarquer que ces soupçons découlent d'actions hostiles américaines qui ont débuté avant même la Révolution islamique de 1979.
Évoquant la lenteur des pourparlers, M. Baghaï a souligné la brutalité des adversaires auxquels l'Iran est confronté.
« Après une guerre exceptionnellement sanglante qui n’était ni classique ni normale, la République islamique d’Iran et la nation iranienne ont combattu deux régimes dotés d’armes nucléaires, deux régimes d’une cruauté exceptionnelle dont nous avons constaté la brutalité dans les crimes commis à Gaza et au Liban », a expliqué Baghaï.
« Vous avez combattu quelqu’un recherché par la Cour pénale internationale pour crime de génocide ; de l’autre côté, vous avez combattu quelqu’un, dont le passé est clair, même aux États-Unis », a-t-il déclaré, faisant référence au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et au président américain Donald Trump.
« Compte tenu de cela, s'attendre à ce que nous parvenions à un résultat dans un court laps de temps, quel que soit le médiateur, ne semble pas très réaliste », a-t-il ajouté.
Tout au long de la guerre, l'Iran a riposté aux frappes. Et la fermeture du détroit stratégique d'Ormuz aux navires appartenant aux États-Unis et à leurs alliés qui soutenaient l'agression a provoqué une flambée massive des prix mondiaux du pétrole.
M. Baghaï a critiqué les États voisins qui ont apporté leur soutien aux ennemis. « On ne peut pas fermer les yeux sur une situation où la partie adverse utilise une voie navigable, dont vous êtes l'État côtier, pour vous attaquer », a-t-il déclaré.
« Malheureusement, pendant la guerre, des pays de la région ont agi injustement contre l'Iran et se sont alliés à une puissance étrangère pour attaquer un pays musulman durant le mois béni du Ramadan. Dans ces conditions, on ne peut tolérer que cette voie maritime soit instrumentalisée », a ajouté le porte-parole.
Le diplomate a également souligné que la communauté internationale, y compris les alliances occidentales, reconnaît l'illégalité de l'agression américano-israélienne contre l’Iran.
« L’Europe et l’OTAN ont refusé de s’y rallier ; il était extraordinaire qu’elles croient fermement à l’illégalité et au caractère agressif de cette guerre », a souligné M. Baghaï. « Des désaccords sont apparus au sein de l’OTAN car les pays membres savent que les États-Unis agissent de manière arbitraire. »
Sur le front des négociations, M. Baghaï a pointé du doigt la duplicité constante des diplomates américains et un manque de coordination interne, citant des pourparlers précédents menés sous l'égide d'Oman qui avaient été perturbés par une agression militaire américaine soudaine.
« Leurs négociateurs se contredisent sans cesse. Il y a une expression bien connue aux États-Unis, en anglais on dit ‘moving the goalpost’ (changer constamment les règles du jeu, ndlr) », a-t-il dénoncé.
« Par exemple, à un moment donné, au sujet de la question nucléaire et des matières enrichies iraniennes, ils déclarent : « Nous n'insistons pas pour que ces matières soient transférées. » Le négociateur affirme cela… mais aussitôt après, un responsable de rang supérieur tweete qu'elles doivent être retirées. »
Il a révélé que lors des cinq premiers cycles de négociations, avant l'agression militaire américaine de juin 2025, les deux parties étaient parvenues à des accords sur les textes à au moins trois reprises.
« Le médiateur omanais a rédigé des textes basés sur les conversations… les deux parties ont dit oui, cela pouvait constituer une bonne base », se souvient le porte-parole de la diplomatie iranienne.
« Par exemple, concernant l’enrichissement à 67 %, l’envoyé spécial américain a donné une interview, puis a été vivement critiqué par des responsables du régime sioniste, qui ont immédiatement modifié ses propos. »
« Le manque de coordination est évident entre les différents niveaux de prise de décision aux États-Unis », a-t-il déploré.
M. Baghaï a clairement indiqué que Téhéran s'appuie sur sa propre dissuasion plutôt que sur les institutions internationales.
« La meilleure garantie du respect des engagements mutuels, c’est votre pouvoir », a-t-il déclaré .
« Il n’y a pas d’autre garantie ; ni le droit international, ni le Conseil de sécurité de l’ONU. Nous l’avons appris à maintes reprises », a fait remarquer le porte-parole du minstère iranien des Affaires étrangères.