Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a averti que le la guerre imposée des États-Unis et Israël à la République islamique d’Iran provoquerait un « impact en cascade » sur l’économie mondiale, même en cas de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran.
Dans une interview vendredi, M. Banga a souligné que les répercussions seraient nettement plus graves si les négociations échouaient et que les hostilités s’intensifiaient.
Mardi, il avait indiqué que la croissance mondiale pourrait reculer, dans un scénario de base avec un fin rapide de la guerre américano-israélienne, de 0,3 à 0,4 point de pourcentage, et jusqu’à 1 point de pourcentage en cas de prolongation de la guerre.
Selon lui, l’inflation pourrait augmenter de 200 à 300 points de base, et atteindre jusqu’à 0,9 point de pourcentage, un impact plus grave, si la guerre contre la République islamique se poursuivrait.
Les estimations de référence de la Banque mondiale prévoient désormais une croissance de 3,65 % en 2026 pour les marchés émergents et les économies en développement, contre 4 % en octobre. Ce taux pourrait même chuter à 2,6 % dans un scénario défavorable de guerre prolongée.
L'inflation dans ces pays devrait atteindre 4,9 % en 2026, contre 3 % précédemment évaluée. Dans un scénario extrême, elle pourrait grimper jusqu'à 6,7 %, selon les estimations.
L'agression israélo-américaine contre l'Iran a fait bondir le prix du pétrole de 50 %, tout en perturbant l'approvisionnement en pétrole, gaz, engrais, hélium et autres biens, ainsi que le tourisme et le transport aérien.
« La question est de savoir si le cessez-le-feu actuel entre les parties et les négociations aboutiront à une paix durable et à la réouverture du détroit d'Ormuz », a déclaré Banga. « Si ce n’est pas le cas et qu’un nouveau cycle de violence éclate, l’impact pourrait être encore plus important, avec des conséquences durables sur les infrastructures énergétiques », a-t-il averti.
Le président de la Banque mondiale a précisé que l’institution était déjà en discussion avec plusieurs pays en développement, notamment de petits États insulaires dépourvus de ressources énergétiques naturelles, afin de mobiliser des fonds issus de programmes existants dans le cadre de « mécanismes de réponse aux crises ».
La provision de la Banque mondiale pour la gestion des crises permet aux pays d'utiliser des fonds précédemment approuvés mais non encore décaissés sans nouvelle approbation du conseil d'administration, ce qui accroît leur flexibilité.
M. Banga a toutefois averti que les gouvernements devaient éviter de mettre en place des subventions énergétiques trop coûteuses, susceptibles d’aggraver leurs problèmes budgétaires à l'avenir.
« Je tiens à m'assurer qu'ils puissent surmonter cette crise, en ciblant les actions nécessaires, mais sans prendre de mesures qui réduiraient davantage leurs marges de manœuvre budgétaires », a-t-il déclaré.
De nombreux pays en développement affichent également des niveaux d'endettement élevés et des taux d'intérêt toujours élevés, ce qui limite leur capacité d'emprunter pour financer des mesures visant à compenser la flambée des coûts de l'énergie et d'autres biens causés par la guerre. La crise a mis en lumière la nécessité pour les pays de diversifier leurs sources d'énergie et de renforcer leur autonomie, a ajouté M. Banga.
La Banque mondiale a levé en juin dernier une interdiction de longue date sur le financement des projets d'énergie nucléaire, dans le cadre d'une initiative visant à répondre aux besoins croissants en électricité.
L’institution dispose de nombreux projets énergétiques en cours, a indiqué M. Banga, précisant que des négociations sont en cours avec plusieurs pays souhaitant prolonger la durée de vie de leurs centrales nucléaires, et d'autres désireux de se lancer dans l'énergie nucléaire.
« Sans un développement massif du nucléaire, de l’hydroélectricité et de la géothermie, en complément de l’éolien et du solaire, les pays risquent de retomber dans une dépendance accrue aux énergies fossiles, ce que personne ne souhaite », a-t-il affirmé.
L'agression criminelle américano-israélienne contre l'Iran a débuté le 28 février par des frappes aériennes qui ont assassiné de hauts responsables et commandants iraniens, dont le Leader de la République islamique, l'Ayatollah Seyyed Ali Khamenei.
Les forces armées iraniennes ont riposté en lançant des opérations quasi quotidiennes de missiles et de drones ciblant des positions dans les territoires occupés par Israël, ainsi que des bases et des installations militaires américaines dans toute la région.
Le 8 avril, le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a annoncé la conclusion d'un accord de cessez-le-feu temporaire négocié par le Pakistan, après l'acceptation par les États-Unis de la proposition iranienne en dix points.
Une délégation iranienne de haut niveau, conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Qalibaf, est arrivée à Islamabad vendredi pour participer aux négociations avec la délégation américaine, menée par le vice-président J.D. Vance.
Les négociations entre l'Iran et les États-Unis se sont soldées par un échec après 21 heures de discussions.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a déclaré dimanche que les deux parties étaient parvenues à un consensus sur certains points, mais qu'elles divergeaient sur deux ou trois questions importantes.