Alors que les analystes s'intéressent de près à la rencontre cette semaine du ministre iranien de la Défense avec l'ambassadeur yéménite en poste à Téhéran, ce dernier s'est confié au journaliste de PressTV. Ses propos sont recueillis alors que le porte-parole de l'armée yéménite a lancé une nouvelle mise en garde à Riyad sur fond d'une intensification des frappes contre les zones civiles au Yémen.
« La riposte aux crimes commis délibérément par les Saoudiens sera douloureuse », a déclaré le porte-parole de l’armée yéménite, le général Yahya Saree, qui a réagi à l’attaque d’artillerie du régime saoudien contre un marché frontalier à al-Rako dans le district d’al-Minbah (province de Saada). Au moins 38 civils ont été tués ou blessés au cours de cette attaque d’après le ministère yéménite de la Santé. « Les crimes du régime saoudien perpétrés contre le peuple yéménite ne resteront pas impunis. La riposte aux crimes commis délibérément par les Saoudiens sera douloureuse », a déclaré le général Yahya Saree.
Mais les tentatives saoudiennes pourront-elles avoir un effet autre que la prolongation de la guerre en défaveur de Riyad? Le nouvel ambassadeur du Yémen en Iran, Ibrahim al-Deylami, qui a accordé mercredi 25 décembre une interview exclusive à la chaîne PressTV, affirme que la donne a complètement changé au Yémen et que les Saoudiens ne pouvaient plus imposer leur volonté au peuple yéménite.
« L’Arabie saoudite a déclenché la guerre contre le Yémen pour réaliser plusieurs objectifs bien déterminés tant sur le plan intérieur que régional » a-t-il déclaré en précisant que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane voulait en 2015 s’imposer comme futur roi d’Arabie saoudite sur fond d’un conflit interne à la cour royale de Riyad et se présenter en même temps comme un vainqueur au niveau régional.
Ibrahim al-Deylami a ajouté que le prince héritier saoudien avait également l’intention de se faire l’agent principal du projet américain au Moyen-Orient en établissant des relations directes avec le régime israélien. « Or le bourbier yéménite a entravé le projet de Mohammed ben Salmane », a-t-il fait remarquer.
Dans une autre partie de cette interview, le nouvel ambassadeur du Yémen à Téhéran a décrit les conditions de vie déplorables des Yéménites en raison du blocus du Yémen par l’Arabie saoudite et ses alliés :
« Al-Hudaydah est le port le plus important du Yémen sur la mer Rouge. Près de 70% des importations se réalisaient par les installations portuaires de cette ville, à l’exception du pétrole. Al-Hudaydah était également le point de départ d’une majeure partie de nos exportations. L’embargo imposé par les Saoudiens à cette ville a créé une situation déplorable pour la vie de 20 millions de civils yéménites », a noté l'ambassadeur de Yémen en Iran.
« Riyad doit nous payer des indemnités »
Ibrahim al-Deylami a critiqué la poursuite et l’augmentation de la vente d’armements et d’équipements militaires au régime saoudien par les États-Unis et leurs alliés européens. « Ces armes sont utilisées par les Saoudiens pour tuer les civils au Yémen », a-t-il souligné.
Quant à la possibilité de la proposition d’un mécanisme par la communauté internationale pour mettre fin à la guerre au Yémen, l’ambassadeur du Yémen à Téhéran a déclaré : « Ce mécanisme devra comprendre des clauses claires et transparentes sur le paiement d’indemnités aux Yéménites par les agresseurs saoudiens et leurs alliés. Il est inadmissible, à nos yeux, que l’Arabie saoudite qui a déclenché la guerre puisse s’en sortir en toute impunité. »
En ce qui concerne le mécanisme de paix, Ibrahim al-Deylami a affirmé que la paix ne serait possible que lorsque les dirigeants saoudiens finiraient par réaliser que la donne a complètement changé au Yémen et que les Saoudiens ne pouvaient plus imposer leur volonté au peuple yéménite.
« Le contrôle de la situation échappe d’ores et déjà aux Saoudiens, et le Yémen fait valoir partout sa souveraineté et son indépendance », a-t-il déclaré en soulignant que la seule issue pour sortir de la guerre c’est que Riyad répond à la proposition du Conseil politique suprême du Yémen pour entamer tout de suite le dialogue politique pour la paix. « Ils devront s’excuser solennellement auprès des Yéménites et leur payer des indemnités », a-t-il ajouté.