Dans une économie qui tourne au ralenti, avec une croissance nulle au deuxième trimestre 2026, un taux de chômage remonté à 8,3% contre 8,1% au trimestre précédent et une dette publique atteignant 119% du PIB, la contestation sociale vient ajouter une dose supplémentaire d’incertitude à un environnement déjà passablement dégradé.
La France semble enfermée dans une spirale où la crise économique attise les tensions sociales, lesquelles aggravent à leur tour les difficultés économiques.
En effet, lorsque les tensions sociales s’installent dans la durée, elles finissent par peser sur l’activité économique. Peu à peu, l’incertitude s’installe et contribue à fragiliser davantage la dynamique économique.
D’ailleurs, l’indicateur de confiance des ménages s’établissait à seulement 86 points en septembre, bien en dessous de sa moyenne de longue période fixée à 100. Un signal supplémentaire du pessimisme qui traverse la société française.
Au-delà des perturbations ponctuelles lors des manifestations, c’est surtout l’enracinement d’un climat de défiance qui risque de fragiliser durablement l’économie française.
En effet, avec une dette publique qui atteint désormais 3 595,5 milliards d’euros à fin juin 2026, en augmentation de près de 60 milliards sur le seul deuxième trimestre, et un déficit public attendu à 5,4% du PIB cette année, la France dispose de marges de manœuvre budgétaires limitées.
Parallèlement, pour rassurer les marchés financiers, l’État doit démontrer sa capacité à maîtriser ses dépenses. Mais pour apaiser les tensions sociales, il lui faut répondre, au moins partiellement, aux demandes de revalorisation salariale, de soutien au pouvoir d’achat et de préservation des services publics. Autrement dit, il lui est demandé simultanément de dépenser moins et de faire davantage.
À cette contradiction économique s’ajoute une difficulté politique. L’absence de majorité parlementaire stable transforme chaque arbitrage budgétaire en épreuve de force. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les calculs politiques risquent de prendre le pas sur les compromis économiques.
Pendant ce temps, les investisseurs observent. Et les marchés, qui n’ont ni carte syndicale ni bulletin de vote, sanctionnent à leur manière les incertitudes prolongées. Le 22 octobre, le rendement des obligations assimilables du Trésor (OAT) à dix ans a atteint 5,14% en séance, un niveau inédit depuis 2002.
Plus révélateur encore, l’écart de rendement avec les obligations allemandes de même maturité, véritable baromètre de la prime de risque exigée sur la dette française, s’est creusé jusqu’à près de 168 points de base, son plus haut niveau depuis 2011.
Signe de la défiance grandissante des investisseurs, la France en est même venue à emprunter à dix ans à un taux supérieur à celui des États-Unis, une situation qui ne s’était plus produite depuis 2013.
Au deuxième trimestre, le pouvoir d’achat des ménages par unité de consommation avait déjà reculé de 0,6%. De quoi comprendre pourquoi les discours gouvernementaux appelant à accepter de nouveaux sacrifices peinent à convaincre une partie de la population.
Dans ce contexte, si la contestation sociale en France a un coût économique certain, l'incapacité à répondre aux causes profondes de cette contestation pourrait, à terme, coûter bien davantage.
Au cours des dernières semaines, la France a été le théâtre de manifestations contre la vie chère, sur fond de préoccupations liées au pouvoir d’achat, aux salaires et à la hausse du coût de la vie. La mobilisation rassemble des étudiants, des lycéens et de nombreux citoyens qui entendent maintenir la pression face à la hausse du coût de la vie.