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Certains observateurs voient dans le mouvement lycéen un possible retour des « gilets jaunes » en France

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Des élèves font face à des policiers devant le lycée Hélène-Boucher lors d'une manifestation contre le manque de moyens dans les établissements scolaires, à Paris, 8 octobre 2026. (Photo par AP)

Les lycéens dénoncent des journées de cours trop longues, des classes surchargées, des locaux vétustes et le manque d’enseignants. Leur colère trouve également un écho ailleurs en Europe, où des élèves ont aussi manifesté ces derniers jours en Belgique et en Italie.

Trois semaines après le début des manifestations étudiantes en France, une question se pose : le mouvement va-t-il s’essouffler ou s’étendre pour donner naissance à une mobilisation sociale de plus grande ampleur ? Un article d'Euronews revient sur le sujet.

Les blocages de lycées et les manifestations ont débuté dans les banlieues parisiennes à la mi-septembre, avant de se propager rapidement à tout le pays. Jeudi, les images spectaculaires d’élèves escaladant la colonne emblématique de la place de la Bastille, à Paris, ont fait le tour du monde.

La scène revêt une forte portée symbolique. La place de la Bastille se trouve en effet sur le site de l’ancienne forteresse-prison, prise d’assaut par les Parisiens le 14 juillet 1789, moment fondateur de la Révolution française.

Après sa démolition, la Bastille est devenue un symbole de la lutte des citoyens contre l’oppression politique. Sur X, jeudi, le fondateur de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a affirmé que la Bastille avait été « reprise ».

Toute une série de revendications lycéennes est au cœur du mouvement : des journées de cours trop longues, des classes surchargées, des locaux vétustes et le manque d’enseignants. Leur colère fait écho aux préoccupations des jeunes dans d’autres pays européens : en Belgique et en Italie, des élèves ont eux aussi manifesté ces derniers jours.

Le mouvement étudiant peut-il s’étendre ?

Une nouvelle journée de mobilisation, soutenue par des organisations lycéennes et des syndicats, est prévue mardi 13 octobre. En parallèle, une autre manifestation contre la crise du coût de la vie et la hausse des prix du carburant, programmée avant l’essor du mouvement lycéen, doit se tenir le 17 octobre.

Certains observateurs y voient un possible retour des « gilets jaunes », le mouvement citoyen apparu en 2018 en réaction à un projet de hausse des taxes sur l’essence et le diesel. 

Si la mobilisation lycéenne venait à s’étendre à l’ensemble de la société, la France pourrait revivre des scènes rappelant mai 1968. Ces dernières semaines, de nombreux élèves ont brandi des pancartes faisant référence à ces manifestations historiques, qui avaient vu la contestation étudiante déboucher sur une grève générale.

Un contexte politique tendu en France

Actuellement, le gouvernement minoritaire français peine à obtenir un soutien parlementaire pour son budget 2027, les partis d’opposition rejetant les mesures d’économie proposées. Les finances publiques sont sous pression, le gouvernement prévoyant un déficit public de 5,4 % du PIB pour 2026, l’un des niveaux les plus élevés de la zone euro.

La crise du coût de la vie, aggravée notamment par la hausse des prix des carburants et de l’énergie, alimente le mécontentement de la population. Les difficultés économiques des ménages exacerbent les tensions sociales à travers le pays, à moins de six mois de l’élection présidentielle, dans un paysage politique extrêmement fragmenté.

Malgré l’annonce jeudi du ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, qui a promis le déploiement de 3 000 remplaçants dans les établissements confrontés à des pénuries de personnel, la colère ne semble pas retomber. Dès le départ, les élèves ont été soutenus par les syndicats d’enseignants.

Des parallèles avec les précédentes mobilisations étudiantes

Paolo Stuppia, professeur de sociologie et de science politique à Sciences Po Paris, établit des parallèles entre les mobilisations actuelles et les mouvements sociaux passés en France, en citant notamment mai 1968.

Pour Stuppia, le fait que des élèves de lycées privés participent aussi aux blocages constitue une nouveauté dans l’histoire des mouvements lycéens. Beaucoup d’observateurs ont également été surpris de voir des étudiants de l’université Paris-Panthéon-Assas, réputée pour son public étudiant conservateur, organiser un blocage jeudi.

Si de nombreuses manifestations se déroulent dans le calme, d’autres sont émaillées de violences en marge et de heurts avec les forces de l’ordre. Selon des chiffres communiqués vendredi par le ministère de la Justice, 6 877 interpellations ont eu lieu depuis le début du mouvement, dont 86 % concernent des mineurs.

Ce bilan tranche avec celui des premières semaines du mouvement des « gilets jaunes » en 2018 : 4 596 personnes avaient alors été placées en garde à vue au cours du premier mois de mobilisation.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent les violences policières après une série de blessures graves infligées à des élèves.

Parmi les cas les plus marquants figure celui d’un lycéen de 15 ans qui a perdu sa main gauche après l’explosion d’une grenade assourdissante. Un jeune de 16 ans a également été partiellement éborgné par un tir de balle en caoutchouc, tandis qu’un adolescent de 14 ans a eu la mâchoire fracturée et plusieurs dents arrachées après avoir été touché par une grenade lacrymogène. Ces incidents font l’objet d’enquêtes internes, un total de 24 procédures étant actuellement instruites par l’instance disciplinaire de la police (IGPN).

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SOURCE: FRENCH PRESS TV