Partout en France mardi 6 octobre, des lycéens sont descendus dans la rue, où ils ont été rejoints par des professeurs, des étudiants et des syndicalistes, pour continuer à réclamer des moyens pour l’éducation.
Mardi, à l’occasion de « l’acte III » d’une mobilisation lycéenne née le 17 septembre dans un lycée de Créteil (Val-de-Marne), le ministère de l’Intérieur a recensé quelque 266.000 manifestants dans le pays, dont 56.000 à Paris, tandis que les organisateurs ont estimé à 450.000 le nombre de participants dans toute la France, dont 100.000 dans la capitale. Dans le Centre-Ouest, la préfecture d’Indre-et-Loire a dénombré quelque 4.000 manifestants à Tours. À Poitiers (Vienne), l’intersyndicale de l’Éducation nationale a comptabilisé 5.000 participants.
Rejoints par des professeurs, des étudiants et des syndicalistes, les lycéens ont continué à réclamer ce pour quoi ils se mobilisent depuis près de trois semaines : la rénovation des établissements scolaires insalubres, l’allègement des classes surchargées, l’embauche de personnel pour répondre aux besoins de remplacement ou encore la fin de la sélection via Parcoursup. Un quart des lycées (891 sur 3.700) ont vu leurs cours « suspendus, soit totalement, soit partiellement », mardi, selon le ministère de l’Éducation.
« Je manifeste parce que j’ai peur pour mon avenir »
« La Gen Z se lève et veut être entendue », confie Lilia, étudiante de 19 ans, venue manifester à Paris pour son petit frère et ses cousins. La jeune femme espère que la jeunesse sera écoutée par le président Macron. « Au lieu de financer des guerres, il devrait financer son propre pays », dit-elle. « Aujourd’hui, je manifeste parce que j’ai peur pour mon avenir, et j’ai envie de revendiquer mes droits », a expliqué Selma, 15 ans, dans le cortège qui a défilé à Marseille. À Toulouse, Anne, psychologue à la retraite de 68 ans, est venue manifester par solidarité. « Leur mouvement me semble totalement légitime et tellement mal entendu, en tout cas pour le moment par le gouvernement », estime la sexagénaire.
Après avoir lancé cinq chantiers pour tenter de répondre aux lycéens et reprendre la main, le premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, mardi, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, la suspension des cours dans les lycées, sur une demi-journée, entre mercredi et vendredi. Objectif, permettre aux chefs d’établissement d’organiser un « temps de démocratie interne » avec les élèves. Il a également promis que « tout ce qu’on peut corriger » dans le dispositif d’orientation Parcoursup, critiqué par les lycéens, « nous le corrigerons ».
Insuffisant, rétorquent les organisations lycéennes et étudiantes, qui ont d’ores et déjà appelé à poursuivre le mouvement. « On va continuer à bloquer tant qu’il n’y a pas 10 milliards [d’euros] sur la table », a prévenu Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, la première organisation étudiante. « C’est le chiffrage retenu pour les dix mesures d’urgence » publiées sur une plateforme en ligne, à l’initiative des étudiants et de l’Union syndicale lycéenne (USL). Parmi ces mesures, la revalorisation des bourses et des APL, le gel des loyers des Crous ou la rénovation des lycées et des universités.
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À Paris, des heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre à la fin du cortège lycéen. À 20 h, le ministère de l’Intérieur faisait état de 488 interpellations en France, dont 90 à Paris, et de 43 blessés du côté des forces de l’ordre.
Onze enquêtes de la police des polices ont été ouvertes. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), organe chargé de conseiller le gouvernement, a par ailleurs exprimé sa « vive inquiétude » sur le « recours disproportionné à la force » et appelé le gouvernement « à renforcer le dialogue avec la jeunesse » et à « garantir l’exercice de leurs droits ».