Cantine trop chère, classes surchargées, machines impossibles à remplacer : des lycéens d’Haubourdin et de Lille expriment leur colère face au manque de moyens. Neuf établissements du Nord ont été bloqués le 28 septembre, en écho aux mobilisations d'Île-de-France. Sept personnes sont en garde à vue, nécessitant l'intervention de nombreuses forces de l'ordre.
La mobilisation parisienne fait des émules dans le Nord. Des blocus lycéens ont été recensés dans neuf établissements du département le 28 septembre 2026.
Entre 150 et 200 jeunes du lycée Beaupré d’Haubourdin se sont donné rendez-vous au petit matin devant leur établissement. Une mobilisation qui couvait depuis plusieurs jours sur des groupes en ligne. Parmi eux les mobilisés, Kamel, 19 ans, étudiant en BTS. S'il a participé au blocage, c'est pour dénoncer le manque de moyens dont il souffre avec ses camarades. « La cantine, 4,50€ c'est trop cher. Hormis ça, les profs sont très mal payés, il y a des classes à plus de 30 élèves. La plupart tombent en dépression et il y a de moins en moins de profs ». En fait « il y a tout à refaire au lycée ».
À quelques kilomètres de là, même combat au lycée Baggio de Lille. Étudiante en imprimerie, une des lycéennes mobilisées subit aussi ce manque de moyens et s'oppose au discours ambiant qui voudrait que les jeunes ne veuillent plus travailler.
« Nous la jeunesse, on a envie d'apprendre, mais malheureusement ce n'est pas forcément faisable à cause des budgets des écoles », dit-elle. Dans sa filière par exemple, des machines particulièrement coûteuses ne peuvent pas être remplacées, faute de moyens. « Honnêtement, je me sens trahie par l'État, ils nous demandent de travailler et de nous construire un avenir, mais on n'a pas les moyens de se construire un avenir. »
Plusieurs interpellations
Poubelles incendiées, panaches de fumées, jet de projectiles… les forces de l'ordre ont été dépêchées dans plusieurs établissements du département le 28 septembre.
Au lycée Aimé Césaire, comme à Beauprès, des flammes de plusieurs mètres ont été filmées par les étudiants. Puis ça s'est envenimé avec les forces de l'ordre, très nombreuses sur place. D'après plusieurs témoins, des jets de gaz lacrymogènes ainsi que des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD ou flash-ball) auraient été réalisés.
Les circonstances précises de l'incident et son éventuel lien avec la mobilisation ne sont pas établis à ce stade. Le feu s’est déclaré lundi matin, dans le contexte d’une action de blocage.
🇫🇷 Un incendie important s'est déclaré au lycée Aimé-Césaire, à Lille. Des lycéens sont accusés d'avoir volontairement déclenché l'incendie. pic.twitter.com/j6Cv6noh2p
— Press TV Français (@fr_presstv) September 28, 2026
La préfecture du Nord communique sur le placement en garde à vue de 7 individus suite aux blocages. Leur sont reprochés des incendies volontaires ainsi que des jets de projectiles sur les forces de l'ordre. Étaient mobilisés ce jour les lycées : Queneau (Villeneuve d'Ascq), Baggio (Lille), Europe (Dunkerque), Lemmonier (Douai), Hainaut (Valenciennes), Beaupré (Haubourdin), Faidherbe (Lille), Aimé Césaire (Lille), ainsi que le collège Boris Vian (Lille).
Dans la lignée de l'Île-de-France
Ce mouvement des blocus de lycées est aujourd'hui amplifié sur les réseaux sociaux et nourri par ce qu'il se passe ailleurs en France, la mobilisation francilienne comme figure de proue. Depuis quelques jours en effet, les lycées de banlieue parisienne se mobilisent eux aussi pour plus de moyens, convaincus que c'est parce qu'ils sont « pauvres » que « l'État fait moins » pour eux, relate l'AFP.
Alors que des actions de blocage de lycées ont lieu en Île-de-France depuis une semaine, le candidat de La France insoumise à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, accuse le gouvernement d'avoir "ordonné la répression", tandis que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, reproche à LFI "mettre en danger des élèves" en "appelant à étendre le mouvement" de blocus.