Les enquêteurs du Pentagone ont conclu qu’une « cascade de défaillances évitables », résultant de renseignements erronés, d’images obsolètes et d’une confiance excessive dans l’intelligence artificielle (IA), a conduit à une frappe de missiles américaine contre l’école primaire Shajareh Tayyebeh dans la ville de Minab, dans le sud de l’Iran.
Aux premières heures de la guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février, deux missiles Tomahawk ont frappé cette école et ses abords, faisant 168 morts, dont au moins 123 enfants.
Selon des responsables au fait de l’enquête interne du Pentagone sur cette attaque, certains membres du personnel américain savaient, quelques heures après la frappe, que Washington en était responsable, a rapporté Bloomberg ce samedi 19 septembre.
D’après le rapport de Bloomberg, des renseignements obsolètes ont constitué un facteur majeur. Bien que l’école Shajareh Tayyebeh ait auparavant fait partie d’un complexe militaire, des images satellites ont montré qu’elle a été considérablement transformée et séparée de l’installation militaire. Des travaux de construction visibles sur des images commerciales remontaient à près d’une décennie.
L’analyse d’images satellites disponibles dans le commerce montre que des murs et des entrées ont été aménagés pour séparer l’école de la base militaire, les travaux semblant avoir été achevés en 2017. Une image datant de 2018 montre également des murs aux couleurs vives, un terrain de football, des rangées destinées aux rassemblements scolaires ainsi que des marquages réservés aux jeux des enfants.
Selon ce rapport, dès 2019, un analyste du renseignement américain aurait identifié les changements apportés au site et consigné ses observations dans un système distinct, qui n’était pas relié à la principale base de données du renseignement militaire utilisée pour la sélection des cibles.
L’enquête s’est également penchée sur le rôle du Maven Smart System, une plateforme dotée de capacités d’intelligence artificielle, développée par Palantir Technologies, qui intègre d’importants volumes de données afin d’appuyer les opérations militaires et la sélection des cibles.
Certains membres du personnel du Commandement central des États-Unis (CENTCOM) se sont trop reposés sur Palantir, s’attendant à ce que le système identifie les renseignements obsolètes ou incohérents utilisés pour évaluer les cibles potentielles.
Toutefois, Palantir a prétendu qu’il n’était pas responsable des données sous-jacentes ni de l’identification des lacunes dans les renseignements, ajoutant qu’aucun élément ne permettait d’établir que son logiciel était à l’origine de la frappe contre Minab.
Le rapport de Bloomberg indique également que l’ordre donné par l’administration Trump de mener une offensive aérienne d’une ampleur considérable contre l’Iran, avec plus de 1 000 cibles au cours des 24 premières heures, a réduit le temps disponible pour finaliser la sélection des cibles, exerçant une pression supplémentaire sur le personnel militaire.
Cependant, le Pentagone a refusé de fournir des détails sur son enquête, indiquant que la frappe fait toujours l’objet d’un examen. Les responsables ayant décrit l’enquête à Bloomberg ont indiqué qu’ils étaient soumis à des restrictions quant à la quantité d’informations qu’ils pouvaient communiquer.
Des informations de presse publiées précédemment faisaient état d’un examen interne préliminaire qui avait conclu, début mars, que les États-Unis étaient « probablement responsables » de la frappe contre l’ecole Shajareh Tayyebeh à Minab.
Le rapport complet de l’enquête n’a toutefois pas été rendu public, bien que des responsables aient indiqué qu’il était pratiquement achevé depuis plusieurs mois.
CNN a précédemment rapporté que de hauts commandants militaires américains avaient autorisé des frappes en Iran malgré des avertissements signalant que les informations sur les cibles potentielles en Iran étaient gravement obsolètes. La frappe sanglante contre l’école à Minab figurait notamment parmi ces opérations.
Une enquête distincte sur la frappe contre l’école comprenait des entretiens avec des militaires impliqués dans l’attaque. Mais les informations recueillies au cours de ces entretiens ont été « verrouillées » par le Commandement central des États-Unis, seul un petit nombre d’officiers étant autorisé à accéder à ces éléments.
Les conclusions du Pentagone interviennent alors qu’une mission d’établissement des faits mandatée par l’ONU a rapporté séparément jeudi qu’il existait des motifs raisonnables de croire que les États-Unis avaient commis un crime de guerre lors de la frappe contre l’école de Minab.
La mission onusienne n’a trouvé aucune information indiquant que l’école était utilisée à des fins militaires au moment de la frappe. Elle a conclu que les États-Unis n’avaient pas pris toutes les mesures réalisables pour vérifier que le site constituait un objectif militaire et que cette défaillance allait au-delà d’une simple négligence.