Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a mis en garde contre une tendance dangereuse consistant à utiliser la force militaire comme un mécanisme permanent pour remodeler le paysage politique et sécuritaire de la région. La sécurité durable ne peut être atteinte que par le dialogue, la coopération et le respect mutuel entre les pays de la région, et non par la présence militaire de puissances étrangères et l’imposition de leur volonté, a-t-il affirmé.
Dans un message vidéo adressé à la conférence Global Town Hall 2026 organisée à Jakarta en Indonésie par l’association indonésienne de politique étrangère, avec pour thème cette année : « Appel à un revirement mondial : recentrer le développement, revitaliser l’humanité, rétablir la justice dans un monde de chaos », le chef de la diplomatie iranienne a déclaré : « Des décennies d’interventions étrangères, de pressions militaires et de guerres sans fin en Asie de l’Ouest ont démontré que l’intervention militaire ne crée pas la sécurité et que la coercition ne conduit pas à la paix ».
La tragédie de Gaza et les crimes continus commis par le régime israélien figurent parmi les manifestations les plus claires et les plus horribles de ce schéma défaillant, a estimé le haut responsable iranien.
« Un algorithme dangereux s’est formé, dans lequel la force militaire n’est plus utilisée en dernier recours, mais comme un mécanisme permanent de remodelage du paysage politique et sécuritaire de la région. Dans de telles circonstances, l’agression se normalise, l’escalade se perpétue et la destruction passe d’une conséquence de la guerre à un outil pour faire progresser des objectifs politiques ; le cas qui se constate près des frontières du Liban et de Gaza », a-t-il averti.
M. Araghchi a par la suite évoqué la guerre illégale, injuste agressive et non provoquée lancée par le tandem américano-israélien contre l’Iran.
« Ces récentes guerres faisaient partie d’un schéma plus large de violations impunies qui comprend des campagnes d’assassinats ciblés contre des responsables iraniens, des menaces contre des personnalités politiques, des violations de la souveraineté nationale. L’incapacité de la communauté internationale à répondre efficacement à de telles actions érodera progressivement les limites établies par le droit international », a-t-il souligné.
Parmi les conséquences graves de ces politiques bellicistes, M. Araghchi a évoqué le massacre de 168 élèves et enseignants lors de l’attaque contre une école primaire située dans la ville méridionale iranienne de Minab ; un crime de guerre qui ne peut se traduire simplement en chiffres dans les bilans de victimes de guerre.
M. Araghchi a déploré que chacune de ces vies perdues représentait une famille, un avenir et une existence, avant de s’interroger : « Quand cesserons-nous de tolérer cette situation ? »
Poursuivant son raisonnement, il a relevé une contradiction touchant à la mise en œuvre du droit international : « Lorsque le droit international est écarté dès que les intérêts des grandes puissances le commandent, il n’est plus possible d’évoquer l’État de droit. Si les droits de l’homme sont présentés comme un droit fondamental pour certaines nations et comme un avantage conditionnel pour d’autres, ils perdent leur caractère universel. En outre, si les institutions internationales, au premier rang desquelles les Nations Unies, sont dans l’incapacité d’empêcher ces agressions et d’exiger des comptes de leurs auteurs, leur légitimité comme leur authenticité s’en trouveront nécessairement altérées. »
Il a aussi proposé de mettre en place un multilatéralisme authentique, opérant et équitable, plutôt que de renoncer à cette approche. Cette transformation ne relève pas d’une option idéaliste : elle s’impose comme une nécessité. Il s’agit en effet de substituer au militarisme le développement durable, à l’interventionnisme le respect de la souveraineté des nations, aux sanctions collectives la protection des populations civiles, à une responsabilité appliquée de manière sélective une justice véritablement universelle, et aux conflits sans issue une paix qui puisse se maintenir dans la durée.
Seyyed Abbas Araghchi a souligné que la sécurité durable en Asie de l’Ouest ne pouvait être dictée de l’extérieur de la région. La sécurité régionale doit être du ressort de la région elle-même et les pays de la région devraient pouvoir discuter de sécurité, de stabilité, de développement et de leur avenir commun et trouver des solutions sans intervention étrangère.
Le représentant de la République islamique d’Iran a conclu que la communauté internationale était confrontée à un choix historique et civilisationnel entre la poursuite du militarisme, des interventions et des conflits sans fin, et un changement de cap vers le développement, la dignité humaine, la justice et le respect du droit international.
« Le temps opportun de ce choix n’est ni demain ni dans un futur indéfini, mais maintenant », a-t-il martelé.