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Le Burkina Faso rompt ses relations diplomatiques avec la France sur fond de souveraineté affichée

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Des manifestants rassemblés à Ouagadougou, capitale de Burkina Faso, brandissent une banderole antifrançaise, le 25 janvier 2022. ©AFP

Au Burkina Faso, la rupture avec Paris est désormais officielle. Vendredi, les autorités burkinabés ont annoncé mettre fin à leurs relations diplomatiques avec la France.

C’est l’aboutissement d’un processus de pourrissement qui a commencé avec l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022.

Dans un communiqué lu à la télévision burkinabè le 26 juin, le gouvernement dénonce « un activisme incessant du régime en place en France contre les intérêts du Burkina Faso, des ambitions néocoloniales affichées avec le soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes qui endeuillent (le) pays et le Sahel ».

Une décision qui a pris de court l’opinion publique et les observateurs des relations entre la France et l’Afrique.

« Récemment, la résolution du Parlement européen condamnant le Burkina Faso, que le gouvernement burkinabè estime probablement pilotée depuis Paris, a pu constituer la dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase, le député européen Christophe Gomart, qui a tenu l’un des discours les plus discourtois à l’égard des autorités burkinabè, étant un ancien militaire français ayant dirigé le renseignement militaire et les forces spéciales », explique l’universitaire et spécialiste en droit international burkinabè Sanwé Médard Kienkou dans le journal Faso.net.

« De plus, poursuit-il, la déclaration du gouvernement burkinabè laisse entendre que la France porterait atteinte systématiquement à ses intérêts. Un tel comportement a pu exaspérer profondément le gouvernement burkinabè. »

Pour le juriste internationaliste burkinabè, « il s’agit de la confirmation d’une dynamique, d’une lame de fond, à savoir que les États africains ne veulent plus se voir dicter leur conduite et sont prêts désormais à inscrire leurs relations avec les autres États dans une logique de stricte réciprocité fondée sur la souveraineté et la défense de leurs intérêts ».

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La rupture entre Ouagadougou et Paris s’inscrit dans une dégradation constante depuis 2022. L’enseignant-chercheur Sanwé Médard n’exclut pas un calcul politique dans cette décision.

« Tant que le Burkina Faso aura le sentiment que la rupture des relations diplomatiques génère en valeur absolue plus de gains que de pertes, il n’aura aucune raison de souhaiter à court ou moyen terme le rétablissement des relations diplomatiques », explique-t-il.

Le discours souverainiste et la quête de dignité peuvent apparaître ainsi comme un élément unificateur dans un pays en quête d’unité. Le succès de la première émission obligataire dédiée à la diaspora peut illustrer la pertinence de cette approche.

Lancée le 6 mai dernier, la première émission obligataire destinée à la diaspora burkinabè s’est achevée avec une collecte de 228,67 millions d’euros, pour un objectif initial de 190,56 millions d’euros. Soit un taux de souscription de 121 %, insiste le ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo.

La rupture entre le Burkina Faso et la France pourra profiter à de nouveaux partenaires. « On peut raisonnablement s’attendre à ce que ces États continuent à intensifier leurs relations avec leurs nouveaux partenaires, à savoir la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie », explique Sanwé Médard Kienkou.

La rupture entre Ouagadougou et Paris acte donc à la fois une exaspération diplomatique et une volonté de souveraineté. Elle ouvre aussi un espace à de nouveaux partenaires: Russie, Chine, Iran ou Turquie.

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV