Par le service d'analyse stratégique de Press TV
Le paysage stratégique du golfe Persique a été irrévocablement transformé par les bouleversements majeurs de la récente guerre d'agression israélo-américaine contre l'Iran, qui s'est soldée par la capitulation des États-Unis face à la riposte et à la fermeté militaires iraniennes.
Ce qui est ressorti de cette guerre imposée n'est pas seulement une réaffirmation des capacités de défense de l'Iran, mais un profond rééquilibrage des rapports de force que les États arabes riverains du golfe Persique semblent, au mieux, réticents à reconnaître et, au pire, chercher activement à saper.
Les positions individuelles et collectives de ces États – l'incursion imprudente et unilatérale d'Oman dans la navigation du détroit d'Ormuz, l'interventionnisme inhabituel du Qatar, la détention par le Koweït de militaires iraniens et l'intensification de la répression intérieure à Bahreïn contre les citoyens pro-iraniens – ne sont pas des incidents isolés de maladresse diplomatique.
Elles constituent une stratégie désespérée et à courte vue, visant à tester les limites d'un nouvel ordre régional tout en apaisant des États-Unis qui tentent désespérément de restaurer leur influence érodée par des pressions indirectes sur l'Iran.
Ce comportement est symptomatique d'une anxiété stratégique face à la résilience démontrée de l'Iran et à l'échec manifeste de l'architecture de sécurité occidentale à garantir sa sécurité.
Erreur de calcul des États riverains du golfe Persique : une affirmation par procuration
Les actions menées ces dernières semaines par les États membres du Conseil de coopération du golfe Persique (CCGP) traduisent une tentative concertée, manifestement encouragée par Washington, pour compliquer les calculs stratégiques de l'Iran et tenter de rétablir son influence avant d'éventuelles négociations.
Pourtant, chaque manœuvre révèle une faiblesse structurelle plus profonde et une dangereuse erreur d'interprétation du nouvel équilibre régional.
Historiquement, Oman a joué le rôle d'interlocuteur discret dans la région, un pont entre l'Iran et l'Occident. Son annonce unilatérale d'une voie maritime à travers le détroit d'Ormuz, contournant les voies et les droits de passage désignés par l'Iran, marque une rupture nette avec cette politique.
Cette décision, qui a suscité une réaction immédiate et ferme de Téhéran, illustre la pression exercée par les États-Unis pour contraindre les pays riverains du golfe Persique à jouer le rôle d'exécuteurs de leur guerre économique.
Le pari risqué d'Oman a été rapidement déjoué par les avertissements militaires crédibles de l'Iran – les navires empruntant cette route ont été interceptés ou contraints de rebrousser chemin – démontrant ainsi les limites des déclarations écrites face à un contrôle maritime établi.
Cela ne démontre pas l'autonomie omanaise, mais révèle plutôt l'imbrication profonde des États riverains du golfe Persique dans une stratégie menée par les États-Unis, qui oppose leurs intérêts économiques immédiats (la sécurité des exportations d'énergie via le détroit d'Ormuz) à la stabilité régionale à long terme.
Le Qatar, longtemps neutre et garant de relations non hostiles avec l'Iran, a récemment adopté une position interventionniste concernant le détroit d'Ormuz.
Ceci est particulièrement significatif compte tenu du rôle de médiateur du Qatar aux côtés du Pakistan dans les négociations irano-américaines. En exerçant des pressions sur cette voie maritime stratégique, le Qatar risque de compromettre sa propre crédibilité en tant que médiateur impartial. Ses actions laissent penser que le calcul de son « indispensabilité stratégique » (un terme désignant l'influence du golfe Persique grâce à son contrôle économique des flux mondiaux d'énergie et de données) pourrait amener Doha à surestimer sa capacité à contester la principale source de puissance géographique de l'Iran : son contrôle de ce point de passage stratégique.
Le maintien en détention par le Koweït de quatre militaires iraniens et la répression continue menée par Bahreïn contre les communautés chiites démontrent que la politique de « pression maximale » de Washington a simplement été déléguée et rebaptisée stratégie de harcèlement au niveau local.
Le refus de libérer les militaires iraniens ou de leur accorder un accès consulaire constitue un affront délibéré. De même, la nouvelle vague d'arrestations et l'interdiction des cérémonies de deuil en hommage au Leader martyr de la Révolution islamique, l’Ayatollah Seyyed Ali Khamenei, à Bahreïn adressent un message clair à Téhéran : les États-Unis soutiennent leurs alliés dans leurs tentatives de contrer l'influence iranienne par la déstabilisation interne.
Néanmoins, comme le suggère une récente analyse du RUSI, ces tactiques ont un coût élevé pour les États riverains du golfe Persique, mettant en péril la stabilité même qu'ils ont promise aux investisseurs.
L'équilibre régional : une nouvelle réalité ignorée
Les positions de ces États arabes témoignent d'une incapacité à reconnaître le changement de l'équilibre des pouvoirs régional survenu après la guerre du Ramadan, imposée illégalement à la République islamique d'Iran et qui s'est soldée par une défaite catastrophique pour les agresseurs.
L'échec des objectifs stratégiques américains et israéliens durant la guerre a été qualifié de tournant décisif. La stratégie américaine d'influence fondée sur l'« indispensabilité » s'est révélée profondément dépendante d'une garantie de sécurité désormais dénuée de crédibilité.
Les États riverains du golfe Persique tentent, par des manœuvres politiques et médiatiques, de dissimuler cette réalité, empêchant ainsi l'établissement d'un nouvel équilibre régional durable.
Le communiqué conjoint États-Unis-CCGP, publié jeudi et reprenant à son compte les allégations infondées de Washington concernant les programmes nucléaire et balistique iraniens, illustre parfaitement cette alliance de façade. Elle démontre que les États du CCGP sont prêts à relayer les discours servant les intérêts américains, même si cette rhétorique s'aliène leur voisin.
Pourtant, les implications de ces positions diffèrent fondamentalement de celles des États-Unis ou du régime sioniste. Les États-Unis et Israël agissent à distance. Les États riverains du golfe Persique sont les voisins permanents de l'Iran et, durant la récente guerre, ils ont constaté de visu que la sécurité collective est indivisible.
Toute menace à la sécurité de l'Iran met directement en péril la leur. Bien que les pays du golfe Persique soient pressentis pour prendre la tête de l'IA et de la transformation numérique, creusant un écart de 300 milliards de dollars avec l'Iran, cet avantage économique repose sur la paix et la stabilité. Leurs politiques antagonistes actuelles compromettent précisément cette stabilité, démontrant qu'ils n'ont pas pleinement intégré les coûts économiques et sécuritaires d'un alignement sur l'axe américano-israélien contre la République islamique d'Iran.
L’une des raisons possibles de cette attitude hostile réside dans la retenue excessive dont ont fait preuve les responsables iraniens envers ces pays pendant et après la récente guerre.
Lors des frappes de représailles iraniennes contre les bases et les installations militaires américaines dans la région, les responsables iraniens ont insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de distinguer ces pays des États-Unis, en ciblant les bases américaines plutôt que leur territoire.
Dans certains cas, des responsables iraniens ont même présenté leurs excuses pour avoir ciblé les bases américaines dans les pays arabes. Cette politique de distinction a pu donner l’impression erronée que l’Iran les craignait.
En réalité, le fait de permettre à l’ennemi de longue date de l’Iran d’utiliser des bases militaires situées sur son territoire constitue depuis des années un acte hostile. Lors du dernier conflit, ces bases ont servi de points de départ à des attaques contre l’Iran, notamment les attaques entraînant le martyre du Leader de la Révolution islamique, la mort de milliers de citoyens iraniens innocents, des dégâts considérables aux infrastructures et un grave préjudice à l’économie iranienne.
Le Liban : une alliance stratégique
La situation au Liban constitue une épreuve cruciale pour ce réajustement régional. La persistance du régime sioniste dans ses attaques contre le sud du Liban est un message politique des États-Unis et d'Israël à l'encontre de l'Iran.
En poursuivant ses attaques militaires et en adoptant une rhétorique de plus en plus agressive, le régime israélien cherche à saper la feuille de route stratégique du Front de la Résistance unifié.
La stratégie américano-israélienne vise à dissocier le front libanais du dossier nucléaire iranien. En poursuivant les opérations et en exploitant les désaccords publics entre Netanyahu et Trump, les États-Unis cherchent à contraindre l'Iran à se contenter d'un simple arrêt des attaques militaires, renonçant ainsi à son exigence d'un retrait des zones occupées.
Cependant, du point de vue de l’Iran, la guerre a démontré au monde arabe que les États-Unis sont un partenaire peu fiable et que l'hostilité d'Israël ne vise pas seulement l'Iran, mais tous les pays arabes et musulmans. Le projet de « Grand Israël », mené par les stratèges israéliens, envisage la fragmentation des États arabes, notamment l'Arabie saoudite, la Jordanie et l'Irak.
Le martyre du Leader de la Révolution islamique le premier jour de cette guerre imposée a mis le Hezbollah devant un choix stratégique où l'inaction s'avérait plus coûteuse que la réponse, brisant ainsi l'illusion du cessez-le-feu de 2024, que la scène libanaise pourrait être dissocié du conflit plus large.
Les États riverains du golfe Persique auraient pu jouer un rôle constructif en soutenant l'insistance de l'Iran sur un cessez-le-feu global et le retrait militaire israélien du Liban. Au lieu de cela, Washington a exercé de fortes pressions sur Beyrouth pour que celle-ci entame des négociations avec Israël sous son égide, dans le but de pousser le Liban à des pourparlers directs et, potentiellement, de contraindre le gouvernement libanais à un conflit direct avec le Hezbollah.
Une réponse diplomatique et stratégique iranienne décisive
Dans ce contexte, la diplomatie iranienne, conjuguée à la préparation de ses forces armées, devrait permettre une réponse ferme à tout acte hostile de la part de ses ennemis. Les déclarations de condamnation sont totalement insuffisantes. La réponse doit entraîner des conséquences concrètes.
Le premier pilier de la réponse iranienne doit être diplomatique. L'Iran doit conditionner tout futur accord avec les États-Unis à l'exclusion des États arabes menant des politiques hostiles. Ces derniers doivent comprendre que l’époque de se cacher derrière les ennemis de l’Iran, tout en conspirant contre leur plus grand voisin, est terminée.
Le second pilier repose sur l’utilisation de la géographie stratégique. L'Iran pourrait exercer sa souveraineté sur le détroit d'Ormuz en imposant des restrictions de navigation aux navires de ces pays, proportionnelles à leur comportement hostile.
L'importance stratégique des États riverains du golfe Persique constitue leur principal atout face à l'Iran, mais leur dépendance au détroit pour leurs exportations d'énergie représente leur plus grande vulnérabilité. Un blocus ciblé enverrait un message clair : les États riverains du golfe Persique ne peuvent pas bénéficier d'un accès libre à cette voie commerciale tout en cherchant à contenir l'Iran.
Concernant le Liban, la réponse diplomatique de l'Iran doit consister en une insistance encore plus ferme sur la clause 1 du mémorandum d’entente qui exige le retrait immédiat et complet des forces militaires sionistes de toutes les zones occupées au Liban.
Les déclarations qui ne répondent pas à cette exigence sont insuffisantes. En indiquant clairement qu'aucune négociation sur la question nucléaire n'aura lieu tant que les zones occupées du Liban ne seront pas évacuées, et en conditionnant toute négociation future à ce retrait, l'Iran peut consolider le cadre stratégique du Front de la Résistance unifié.
Les États arabes et la volonté de maintenir le statu quo
Les positions des États arabes riverains du golfe Persique représentent une tentative de la dernière chance de maintenir un statu quo anéanti par les événements qui ont suivi la guerre du Ramadan.
Ils sont pris en étau entre les États-Unis qui exigent qu'ils servent d'instruments de pression contre l'Iran et une nouvelle réalité régionale qui impose des relations de bon voisinage.
Ces États ont trop longtemps cherché à avoir le beurre et l'argent du beurre : bénéficier des garanties de sécurité et des liens économiques des États-Unis tout en s'attendant à une immunité face aux représailles iraniennes pour des actes d'agression militaire illégaux et non provoqués commis depuis leur territoire.
Cette dernière guerre a mis fin à cette période. L'Iran est la nouvelle superpuissance du golfe Persique, et les États arabes doivent se rendre à l'évidence : leur sécurité ne peut être assurée par une alliance avec des puissances extérieures contre leur voisin immédiat.
Tant qu'ils refuseront d'accepter cette réalité, l'Iran doit veiller à ce que leur manque de clairvoyance se heurte à une réponse ferme et décisive – que ce soit par l'exclusion diplomatique, l'utilisation stratégique du point de passage stratégique du détroit d'Ormuz, ou la consolidation du Front de la Résistance.
Le choix qui s'offre aux États riverains du golfe Persique est clair : soit ils participent à un cadre de sécurité collective bénéfique à tous les États riverains, soit ils continuent d'être les instruments d'une puissance en déclin.