La France a fini par renoncer à porter la demande de démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, devant le Conseil des droits de l’homme.
Lors de la 61e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’ambassadrice et représentante permanente de la France auprès de l’ONU à Genève, Céline Jurgensen, n’a pas mis en œuvre la menace formulée par Paris à l’encontre de Mme Albanese quelques jours plus tôt.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot avait demandé le 11 février la démission de Francesca Albanese en raison des propos qu’elle aurait tenus sur Israël lors d’une conférence sur Gaza.
Devant le Conseil, Mme Jurgensen s’est contentée d’évoquer des « déclarations répétées et extrêmement problématiques », tout en appelant les titulaires de mandats à faire preuve de « retenue, modération et discrétion », ce qui contraste clairement avec la fermeté affichée par le ministre des Affaires étrangères.
L’appel à la démission formulé par Jean-Noël Barrot, qui s’appuyait sur une « version numériquement déformée », soulève de « sérieuses préoccupations » quant aux normes de vérification et à la protection des titulaires de mandats indépendants de l’ONU.
La polémique a débuté après qu'un groupe de députés français du camp présidentiel a envoyé une lettre au ministre des Affaires étrangères, accusant Francesca Albanese de tenir des propos qualifiés « antisémites » lors d'un forum organisé par l'agence de presse qatarie Al Jazeera.
L'une des députées concernées, Caroline Yadan, a alors cité deux extraits vidéo du forum pour étayer son allégation. Mais l'une de ces vidéos s'est depuis révélé être fausse. Une comparaison entre le clip édité et l'enregistrement complet du discours de Francesca Albanese indique que l'extrait a été manipulé à l'aide de l'intelligence artificielle.
En réalité, Mme Albanese, qui a partagé l'extrait de son discours, a affirmé que « l'ennemi commun de l'humanité est le système qui a permis le génocide en Palestine, y compris le capital financier qui le finance, les algorithmes qui le dissimulent et les armes qui le rendent possible ».
Malgré toutes ces clarifications, le ministre français des Affaires étrangères a maintenu sa position, accusant la rapporteuse onusienne de répéter à plusieurs reprises ses propos qu’il a qualifiés d’antisémites.
Sur le plan institutionnel, une démission forcée supposerait l’adoption d’une résolution par le Conseil des droits de l’homme, une perspective jugée peu probable parce que plusieurs pays dits du Sud, sont sensibles à la question palestinienne.
Le Comité de coordination des procédures spéciales, déjà saisi à deux reprises au sujet de Francesca Albanese, a estimé que les accusations portées contre elle n’étaient pas suffisamment étayées.
En poste depuis 2022, la rapporteuse a déclaré qu’elle ne céderait pas aux pressions et n’envisageait pas de démissionner. Plusieurs organisations, dont Amnesty International, ainsi que des universitaires et personnalités publiques, ont dénoncé des attaques fondées sur des éléments inexacts et mis en garde contre toute tentative de fragilisation des mécanismes indépendants des Nations unies.
Dans ce contexte, la France a finalement choisi de ne pas traduire ses déclarations politiques en initiative formelle devant le Conseil. L’« affaire Albanese » met ainsi en lumière les lignes de fracture persistantes au sein de l’ONU, où la question palestinienne continue de cristalliser les tensions entre puissances occidentales et pays du Sud.