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Conflit Arménie/Azerbaïdjan : l'OTAN a-t-elle laissé tomber Erdogan ?

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Le président Erdogan.(Archives)

Décidément, le "Sultan" rate encore un coup ! A preuve, cet appel désespéré qu'Ankara vient de lancer en direction de ses alliés européens en leur demandant de s'impliquer davantage dans le conflit du Caucase sud ou encore ces lamentations du ministre de la Défense, le général Akar qui promettait lundi soir sans trop y croire à son homologue russe que "Bakou n'attendrait pas 30 ans pour que le Haut-Karabakh" lui revienne!

Alors que vendredi, les président Aliev et Pashiniyan se sont rendus à Moscou signer une trêve sous l'auspice russe sans même daigner de faire appel à Ankara, la colère de ce dernier se comprend et s'explique. "Ankara soutiendra Bakou dans ses efforts destinés à reprendre le contrôle de son territoire". Pour toute réponse à ces agitations, Akara n'a eu que ceci : " la Russie s'inquiète du transfert des terroristes du Moyen Orient au Caucase". Cela veut dire que la Turquie, réduite au rang d'un simple couloir de trafic de terrorisme vient de connaitre son nouveau bourbier, après Idlib, la Libye, la Méditerranée et l'Irak. Le Sultan s'y noiera-t-il? Bien possible vu que l'affaire ressemble de plus en plus à un piège dans lequel le Sultan est tombé, le signe étant la totale indifférence des marchés énergétiques à cette guerre qui s'est pourtant déclenchée aux portes de la Russie. L’expert iranien des questions internationales, Mahmoud Khaqani l’a noté dans une analyse lié à la sécurité de l’énergie en Europe après le déclenchement des conflits dans le Haut-Karabakh :

" Ce qui se passe entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan soulève de nombreuses questions dont celle de savoir sur quelle base l'Azerbaïdjan a lancé ce conflit avec le soutien de la Turquie ? Le paradoxe est que les sociétés pétrolières multinationales sont présentes en Azerbaïdjan et dans de nombreux et puissants consortiums et l’une des plus importantes de ces sociétés est certes BP. 51% des investissements en Azerbaïdjan sont réalisés par les Britanniques et pourtant on est témoin du silence des compagnies pétrolières ainsi que de Londres, et cela alors qu'ils devraient s' en inquiéter. De l'autre côté du front, l'Arménie a un accord de soutien militaire avec la Russie qui compte, d’ailleurs, une base miliaire sur ce territoire. Presque tous les industries, les gazoducs et les centrales électriques arméniens sont ou bien la propriété de la Russie ou bien gérés en collaboration avec les Russes.

Or, les Russes; affichant un calme olympien au début du conflit, viennent à peine de sortir de leur torpeur pour ni plus ni moins imposer leur trêve. Idem pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui s'est contenté d'exprimer son inquiétude, tout en pronant le cessez-le-feu, sans aller plus loin et tout ceci sur font des gémissements turcs. Même le belliciste Pompeo a demandé que la trêve russe soit respectée. Ankara semble avoir déclenché à l'instigation de ses alliés une guerre où il se sent bien seul. »

Et l’analyste de faire remarquer : « D'où la réaction du marché du pétrole et du gaz qui est loin d'être affecté et les prix n'ont pas beaucoup fluctué. Tout indique que la confrontation militaire entre les deux pays est gérée depuis quelque part. Si La Turquie soutient directement l'Azerbaïdjan  c'est parce que  la majeure partie du gaz de la République d'Azerbaïdjan est exportée via la Géorgie et la Turquie, et son pétrole est également exporté de l'est de la Méditerranée vers Ceyhan. Or cette guerre si elle s'éternise, peut bousiller tout:  La Turquie dit mener une politique indépendante de l'OTAN, rassurée qu’elle est d’une part de sa présence militaire en Libye et de l’autre dans certaines parties de l'Irak et de la Syrie. Soit. Mais elle se présente comme un exportateur d'énergie vers l'Europe et même pour le marché de l'Asie de l'Est. De la parole à l'acte, il y a un pas à franchir. Ce qui est certain, c'est que l'Europe et les États-Unis, ainsi que la Russie et la Chine qui ont une présence économique dans la région et qui ont investi dans l'industrie pétrolière et gazière, ne veulent pas que la guerre Arménie-Azerbaïdjan ait un gagnant, et cette tendance va à rebours des intérêts turcs.

 Quoi qu’il en soit, le président turc ne semble pas très rassuré du cours des événements dans la zone de conflit. Lors d'une conversation téléphonique avec le président du Conseil européen Charles Michel, il a appelé l'Union européenne à prendre une position ferme en faveur de l'intégrité territoriale de la République d'Azerbaïdjan dans le conflit avec l'Arménie. En attaquant la ville de Gandja et la région de Tovuz où se trouvent les gazoducs et les oléoducs, l’Arménie a menacé la sécurité des produits énergétiques européens » ; il a donc appelé l'Union européenne à adopter une position ferme et précise vis-à-vis de l'intégrité territoriale de la République d'Azerbaïdjan, signe que les choses peuvent réellement mal tourner pour le Sultan et que ce qui aurait dû être une victoire éclatante, finirait par être un brillant revers" 

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV