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Pourquoi les S-300 syriens n'interceptent jamais les missiles israéliens?

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Le système S-300 syrien. (Archives)

Dans son tout récent numéro, Al Araby al-Jadeed, média proche du Qatar, tente de prouver par a plus b qu'arrivé à ce stade du conflit en Syrie, la Russie aimerait se débarrasser de l'Iran et qu'en ce sens, il y aurait une "collusion tacite avec Israël" pour lui faciliter les frappes contre les cibles "iraniennes" en territoire syrien. Pour étoffer son argument, le journal dresse une liste exhaustive de tous les "sites frappés" ces quatre dernières semaines, soit depuis que Naftali Bennett a annoncé "avoir passé d'une attitude passive à un comportement offensif" face à l'Iran.

Adnan Ahmad, l'auteur de l'article, renvoie surtout à la toute dernière frappe israélienne qui a visé le centre de recherche militaire d'al-Safira au sud Alep, attaque que "la DCA syrienne a tenté de repousser mais sans grand succès" puisque certains des missiles Delilah "ont réussi à s'infiltrer à travers le filet des Pantsir-S syriens et à détruire des locaux".

L'article va encore plus loin et affirme en se référant aux "sources d'opposition" (groupes terroristes pro-turques en lutte contre l'armée syrienne et ses alliés à Idlib, NDLR) qu'outre al-Safira, l'aéroport de Koviras, "centre névralgique du CGRI", aurait également été touché lors de la frappe. 

Puis le texte achève cette litanie de supposés succès aériens israéliens dans sa bataille d'expulsion de l'Iran de Syrie, en rapportant "plusieurs frappes aux drones inconnus le 10 mai contre les positions des milices irakiennes pro-Iran" dans le désert d'Al Mayadin-Abu Kamal ( Deir ez-Zor) pour conclure qu'il a dû y avoir "du gaz dans l'eau irano-russe" et qu'au rythme où vont les frappes sionistes, "Poutine s'est ligué avec Israël contre l'Iran".  

Est-ce vrai ? Il y a lieu de faire preuve d’un grand scepticisme. Au moment où l'axe USA/Israël/Frères musulmans (Turquie-Qatar) se démène pour faire croire à la mort de l'alliance Syrie-Iran-Russie ou encore au lâchage d'Assad par ses alliés iranien et russe, en "coordination avec la Turquie", une évolution d'une extrême importance s'est produite sans que la presse dominante y accorde la place qui lui convient. 

La base aérienne de Hmeimim, fleuron des sites militaires que détient la Russie au Moyen-Orient et qu'elle a dotée de ses systèmes de défense aérienne les plus performants, de dizaines d'avions de chasse, de bombardiers et de bombardiers stratégiques, a ouvert ses portes aux "vols militaires iraniens". Or il s'agit d'un geste bien significatif au moment où plus d'un analyse dénonce "l'apathie des S-300 russes livrés en 2018 à la Syrie".

Certains cités par Avia.pro vont même jusqu'à prétendre que la portée des S-300 syriens "d'habitude incluse entre 150 à 200 kilomètres", n'irait pas plus loin que 75 km puisqu'au lieu des modèles de missiles 5V55U et 48N6E2, c'est le modèle 5V55R qui aurait été fourni à Damas.

"C'est pour cette raison que l'armée syrienne continue d'utiliser d'autres systèmes de défense aérienne, en particulier Buk-M2E et S-200, qui sont plus simples à manier et font preuve d'une plus grande mobilité que les S-300 déployés par exemple à Masyaf et Hama", rapporte Avia.pro. 

Tout ceci pour dire que la Russie bien qu'elle ait perdu en 2018, 15 de ses meilleurs officiers à bord d'un Il-20 au large de Lattaquié et ce, à cause d'une déloyale manœuvre aérienne d'Israël, n'a jamais voulu réellement nuire à ce dernier. Ou ce qui revient au même, Damas a été floué.

Cette interprétation souffre pourtant d'une grosse incohérence, le S-300 syrien ayant été dès le début connecté au réseau intégré de la DCA russe. Ce qui veut dire que les batteries ne sauraient s'activer sans que le commandement intégré de la Russie (C-3) en émette l'ordre.

Avouons que pour contrer les frappes "stériles" d’Israël qui ne sont après tout que de la poudre aux yeux et qui visent surtout à provoquer une réponse de l'adversaire, à fournir ainsi le prétexte à élargir les fronts et à éterniser la guerre en Syrie alors que 80% du territoire est contrôlé par l'Etat, relèveraient d'un mauvais calcule stratégique.

Or la Russie tout comme l'Iran est bien plus malin pour tomber dans ce piège. Mais il y a une manière bien plus subtile: offrir de la place à l'Iran dans une base placée sous la protection du bouclier antimissile. Cet espace, les Iraniens sauraient par exemple la garnir par leurs batteries de missiles antiaérienne Bavar 373, ou encore par le fameux Khordad-3, chasseur des RQ Global Hawk US. A Hmeimim, les Iraniens continueront à fournir l'axe de la Résistance en missiles de haute précision, et d'autres armements nécessaires à cette bataille finale que le Hezbollah et Gaza iront tôt ou tard déclencher contre Israël

Dans un récent article de Jerusalem Post signé Jonathan Spyer, on peut lire ceci: "En ce qui concerne les déclarations des responsables israéliens, il est tout simplement inexact que pour la première fois depuis son entrée en Syrie, l’Iran réduit désormais sa présence. La présence conventionnelle iranienne sur le terrain en Syrie est en cours de réduction depuis 2018. En effet, la plupart des grandes opérations de combat en Syrie ont pris fin cette année-là. Ce fait n’est pas controversé, et d’ailleurs le site Internet de Tsahal le note. (...) Conformément à la méthodologie du Corps des gardiens de la Révolution islamique, la présence iranienne en Syrie est profonde et multiforme... Il en résulte une zone contiguë de présence qui s’étend du poste frontière d’Abu Kamal jusqu’à l’est de Quneitra, avec des installations ailleurs dans le pays, pour la plupart tissées dans le tissu des propres structures de l'Etat syrien. (...) La nature de ce projet "iranien" qui a acquis depuis longtemps la faveur russe est telle qu’une grande partie de celui-ci n’est pas vulnérable à la puissance aérienne israélienne...

Réunissez ces points ensemble, et ce que vous obtenez est quelque chose qui ressemble à la situation à Gaza dans son ensemble – à savoir une réalité dans laquelle Israël frappe périodiquement ses ennemis à peu de frais pour lui-même, mais sans jamais aboutir... Au prix actuel qu’Israël impose, il est difficile de voir pourquoi l’Iran devrait choisir de lever le camp et de tout ramener à Téhéran."

Et l'auteur de Jpost ignore encore que la Russie a ouvert Hmeimim aux armements iraniens qui eux, n'ont pas la limite des S-300 syriens.

La Russie est un fervent défenseur de la levée de l'embargo sur la vente d'armes à l'Iran, une levée qui fera tout autant faciliter l'acheminement d'armes à la Résistance. Après tout un cocktail composé de S-300 syriens, de Bavar 373 et d'autres pièces de la DCA made in Iran, fera tout autant l'affaire de la Russie que de l'axe de la Résistance, pour le grand malheur du camp d'en face

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SOURCE: FRENCH PRESS TV