Depuis une semaine, les États-Unis ont bombardé à plusieurs reprises les villages de Deir ez-Zor : Hajin, Al-Soussa, Abou Kamal où l'armée syrienne et ses alliés de la Résistance sont positionnés. Les bombardements de la coalition américaine sur les cités d'al-Soussa et de Hajin dans la province de Deir ez-Zor à l’est de la Syrie ont fait mercredi soir plus de 7 morts et un grand nombre de blessés, tous des civils syriens.
Selon "l’Observatoire syrien des droits de l’homme" (OSDH), proche du MI6 britannique, les bombardiers américains ont ciblé une mosquée située dans la cité de Hajin, cette localité stratégique située dans le triangle frontalier Syrie/Irak/Jordanie et où ils affirment vouloir éliminer un Daech supposément en guerre contre les FDS. Outre de nombreux blessés laissés par ces frappes, les sources proches de l'armée syrienne confirment la disparition de dizaines de civils au cours de ces bombardements.
Al-Soussa est situé à 140 kilomètres au sud-est de Deir ez-Zor. Sana affirme que parallèlement à ces attaques, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont, elles aussi, bombardé la cité, signe que la population est prise entre deux feux et que Daech et FDS, deux supplétifs des forces US agissent dans le même sens.
Réagissant à ces frappes meurtrières répétitives, le ministère syrien des Affaires étrangères a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à ouvrir une enquête indépendante sur les massacres de la coalition dite "anti-Daech". Mais le responsable syrien risque de ne pas être entendu, l'actualité internationale largement dominée par l'affaire Khashoggi et tout ce que celle-ci comporte de compromissions en coulisse.
Il y a quelques semaines, la coalition US a largué des bombes au phosphore blanc sur Hajin, là aussi provoquant au moins 3 morts et 5 blessées.
C'est sur fond de cette sauvage campagne de bombardement US contre les civils à Deir ez-Zor que le commandant du CentCom US, Joseph Votel a atterri lundi à Al-Tanf où les États-Unis détiennent une base militaires, fortifiée d'un périmètre "sécuritaire de 55 kilomètres". En effet, la DCA russe ne couvre pas la province de Deir ez-Zor d'où le nombre croissant des frappes américains contre les villes et villages jugés "récalcitrants", ceux dont la population s'oppose à l'occupation et à la construction de ses bases permanentes sur la rive pétrolifère de l'Euphrate. Le jeu du chat et de la souris auquel se prêtent les FDS et Daech s'inscrit d'ailleurs dans ce même sens. Mais jusqu'où pourront aller les Américains?
Début octobre, les forces spéciales russes ont débarqué à Hajin, quelques jours après que le Corps des gardiens de la Révolution islamique a attaqué l'un des QG de Daech ( USA?, ndlr) dans cette même localité. Quelques jours avant, les États-Unis s'étaient livrés à de vastes manœuvres militaires tout autour d'Al-Tanf, par ASL interposée comme pour alter la Russie et l'Iran qu'ils étaient prêts à en découdre. Le général Joseph Dunford, chef d’État-Major des armées des États-Unis est même allé jusqu'à menacer à la fois l'armée syrienne et ses alliés en ces termes :" les manœuvres effectuées par les marines américains déployés en Syrie ont un message fort pour tous ceux qui croient qu'Al-Tanf est une cible facile. "
À Washington, les sources proches de la Maison Blanche ont révélé les détails d'une nouvelle stratégique US qui date de l'après accord russo-américain à Helsinki. Il s'agit d'une nouvelle stratégie qui vise à "corriger le tir" et à pousser Trump à sortir de sa torpeur syrienne. Que Joseph Votel arrive à Al-Tanf et qu'il y menace ouvertement les alliés de l'armée syrienne, cela est loin d'être anodin : ces dernières semaines ont été marquées à l'est de l'Euphrate par une hausse sans précédent du nombre de troupes US, côté irakienne de la ligne frontalière de Deir ez-Zor. Quelques 11 000 soldats US ont ainsi été déployés à Qaem, point de passage frontalier avec la Syrie et situé à Al-Anbar.
Les sources russes sont d'ailleurs bien conscientes de ces changements tactiques : Le Pentagone a développé ses opérations militaires en Syrie, mais Trump n'a pas encore pris de décision. Vladimir Djabarov, vice-président du Comité des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération estime ainsi : " Avec ces mesures, les États-Unis tentent d'inciter la Russie à un conflit militaire. Nous avons pris les mesures nécessaires pour éviter toute confrontation avec Washington, mais malheureusement, les Américains tentent de provoquer un conflit militaire entre les deux pays, et bien sûr, même si une petite menace pèse sur nos soldats nous sommes prêtes à réagir. "Aux dernières nouvelles, les forces russes ont été déployées le samedi 6 octobre, pour la première fois dans la région d’Abou Kamal. Après s’être installés à Abou Kamal, les Russes étendent désormais leur présence dans la ville d’al-Mayadine et dans la cité de Mahkan, toujours situées à l’est de Deir ez-Zor. Si les Américains croient pouvoir faire une bouchée de pain de l'est de l'Euphrate, ils vont trop vite en besogne. L'une des batteries des S-300 syriens aurait été installée à Homs, la prochaine pourrait l'être à Deir ez-Zor.