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Le roi jordanien se rapproche de la Russie

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Le roi Abdallah II de Jordanie (Archives)

Les signes se multiplient : la Jordanie est sur le point de changer sa stratégie en Syrie et il semblerait qu'elle soit prête à opter pour une politique plus indépendante dans le dossier syrien qui la rapprocherait de Bachar Assad. 

Selon le site d'information MashreghNews, "tout a commencé quand Abdallah II, roi de Jordanie s'est mis à se rapprocher de Vladimir Poutine dans le cadre de la trêve dans le sud de la Syrie. Depuis, il travaille en étroite coopération avec la Russie pour canaliser les efforts de réconciliation entre le gouvernement syrien d'une part et les "rebelles modérés" et les chefs de tribus du sud syrien de l'autre et puis et surtout pour combattre, via son armée, Daech et le Front al-Nosra dans la localité de Badiyah sur les frontières sud en Syrie. 

Avant de se rendre le 2 février à Washington pour s'entretenir avec le nouveau président US, Abdallah II a fait une escale à Moscou le 25 janvier pour s'entretenir avec Poutine, de la Syrie, de la lutte contre le terrorisme, du processus politique syrien dans le cadre des pourparlers du 15 janvier à Astana. Avec Poutine, le roi hachémite a aussi abordé la situation de la province de Deraa, cette province stratégique du sud de la Syrie dont la sécurité influe directement sur la sécurité en Jordanie 

چرا اردن استراتژی خود را در سوریه تغییر داده است؟
Rencontre entre le roi Abdallah II de Jordanie et le président russe Vladimir Poutine, en septembre 2015 (Archives)

 

Au cours de sa précédente visite à Moscou en septembre 2015, Abdallah II était tombé d'accord avec Poutine sur ce que les analystes ont qualifié d'"Accord des braves". Ce fut à l'époque où la Russie a commencé à avoir une présence militaire en Syrie. D'après cet accord, " la Jordanie restait épargnée par les frappes russes en échange de quoi elle usait de son influence sur l'ASL et les tribus locales pour qu'elles contrent l'avancée des terroristes takfiristes. La Jordanie s'est également engagée à faciliter le transit des forces armées syriennes via les frontières jordaniennes, façon d'aider ces dernières dans leur lutte contre les extrémistes". 

La Jordanie alimente en ce moment  une vive inquiétude : elle ne veut surtout pas avoir affaire avec Daech sur ses frontières avec la Syrie dans le sillage de la libération d'Alep et de l'avancée de l'armée irakienne pour la libération de Mossoul. Amman a peur de ce que les terroristes de Daech s'infiltrent, via la localité de Badiyah, en Jordanie surtout que cette localité abrite deux camps pour les réfugiés syriens. 

Amman croit que ces deux camps sont infiltrés par Daech qui cherche à en faire un bastion pour mener des attentats dans diverses villes jordaniennes. En octobre dernier, le groupe terroriste a d’ailleurs revendiqué un attentat à la voiture piégée contre les forces de sécurité jordaniennes alors que ces dernières participaient aux opérations de secours dans l'un des deux camps précités. L'attentat a fait plusieurs morts et blessés au sein des forces de sécurité. 

À Washington, le roi jordanien a eu le droit d'entendre le nouveau président US lui répéter son plan qui consiste à créer des "zones sécurisées dans le nord et le sud de la Syrie" au nom de la lutte contre le terrorisme. Amman s'est gardé de réagir officiellement à cette "proposition vague" de Donald Trump mais ne semble pas sans intérêt à voir ces zones-là se former dans le sud de la Syrie. La Jordanie accueille près de 600.000 réfugiés syriens, une présence qui selon Amman coûte trop cher. Si une zone tampon venait à être créée sur les frontières avec la Syrie, la Jordanie pourrait bien se débarrasser des réfugiés syriens.  

 

چرا اردن استراتژی خود را در سوریه تغییر داده است؟
Le roi Abdellah II reçu par le président US Donald Trump, en février 2017©MashreghNews

À côté de tout ceci, il existe une autre évolution : Amman a commencé à multiplier des signaux positifs en direction de Damas. Le 30 décembre dernier, le chef d'état-major interarmes jordanien, a confirmé à l'antenne de la BBC arabe " des contacts qui existent entre les officiers syriens et jordaniens" . À le croire, la Jordanie "formerait même les "rebelles modérés" dans l'objectif de les employer dans la guerre contre Daech et non pas contre " l'État syrien". 

Le 9 février, le journal Al Qods al Arabi a évoqué les rapports des services de renseignements basés à Amman qui font état de 4 visites ces deux derniers mois du chef du Renseignement syrien, Ali Mamlouk en Jordanie 

چرا اردن استراتژی خود را در سوریه تغییر داده است؟
Le camp des réfugiés syriens en Jordanie ( Archives)

En mars 2011, et avec le début de la crise syrienne, la Jordanie s'est engagée dans le camp des anti-Assad. Elle a mis peu de temps pour rallier au groupe dit " Amis de la Syrie" lequel exigeait le départ d'Assad. La Jordanie a même autorisé les Américains à ériger sur son sol un Centre de Commandement des opérations des terroristes takfiristes non loin d'Amman. C'est à partir de ce CentCom qu'al-Nosra et consorts menaient leurs opérations contre l'armée syrienne et le Hezbollah. Des informations officieuses font état d'une baisse significative des activités de cette cellule ces dernières semaines, manière pour la Jordanie de prouver sa bonne foi à l'État syrien. 

 

چرا اردن استراتژی خود را در سوریه تغییر داده است؟
Les terroristes s’entraînent dans des camps en Jordanie ( Archives)

Le 4 février la Jordanie a annoncé avoir pris pour cible de ses drones les positions de Daech dans le sud de la Syrie. Au nombre de ces positions figurait une dont le contrôle avait été pris aux forces de Bachar Assad. Damas, souvent critique à l'égard de la Jordanie, s'est refusé à tout commentaire. 

Un autre signe d'un changement de cap jordanien, les autorités d'Amman ont participé aux réunions techniques autour des pourparlers d'Astana. D'ailleurs la Jordanie a été le seul État arabe à avoir été invité par la Russie à ces réunions. La presse jordanienne a même cité le ministre russe des AE, Sergueï Lavrov qui confirme " la contribution d'Amman à créer davantage de convergence entre les parties en présence à Astana". Lavrov entendait faire allusion aux groupes terroristes agissant dans le sud de la Syrie qui auraient sous l'influence de la Jordanie fait preuve de plus de flexibilité. 

Tout ceci n'a pas empêché toutefois un soudain embrasement du front sud (Deraa) le 13 février, un embrasement que la Jordanie s'est gardée de commenter. Mais une chose ne fait plus de doute : la Jordanie ne pouvait plus maintenir son statut quo ante dans le dossier syrien; et ceci pour deux raisons : primo, la présence des terroristes takfiristes de  "Jaïsh al Khaled al Walid" près des frontières avec la Jordanie , un groupe qui se revendique de Daech. Ce groupe terroriste ne visait pas directement le Royaume mais les choses semblent évoluer désormais dans une autre direction. 

Secundo, pour de nombreux analystes, Abdallah II cherche surtout à assurer ses intérêts dans l'un des dossiers les plus compliqués, à savoir la Syrie, et qui est en rapport direct avec la sécurité jordanienne. Il cherche visiblement à contourner son allié saoudien et s'attribuer "un rôle" dans l'avenir. Pour le moment, la Russie et les États-Unis semblent s’être faits à l'idée que la Jordanie joue le rôle d’équilibriste. Reste à savoir si Riyad tolérerait oui ou non que le Royaume hachémite devienne l'interlocuteur direct de Moscou et de Washington sans lui en demander au préalable la permission..... Depuis quelques jours, les vieux démons jordaniens semblent se réveiller et des émeutes se multiplient dans les villes jordaniennes. 

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV