La France est confrontée à un choix stratégique susceptible d’envenimer ses relations avec la Chine. Taïwan souhaite acquérir jusqu’à 60 avions de combat Rafale F4, alors que Paris n’a toujours pas donné son feu vert à une éventuelle vente, qui pourrait exposer la France à des représailles de Pékin, a rapporté le quotidien des entreprises (QDE), ce jeudi 27 août.
Le rapport indique que la demande taïwanaise est devenue publique depuis un an, lorsque Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, avait confirmé en septembre 2025 que Taipei souhaitait acquérir le Rafale. Il a toutefois souligné que l’autorisation d’une telle vente ne relevait pas du constructeur, mais de l’État français, seul habilité à délivrer une licence d’exportation de matériel de guerre.
Par ailleurs, selon des diplomates taïwanais cités par Challenges, Taipei envisagerait l’acquisition de 60 Rafale F4. Ce chiffre correspond exactement à la flotte de Mirage 2000-5Ei livrée à l’île dans les années 1990, les chasseurs français que Taipei utilise encore aujourd’hui. Ni le ministère taïwanais de la Défense ni la présidence de l’île n’ont toutefois confirmé publiquement ce nombre.
Cette demande taïwanaise intervient après que Washington a rejeté le transfert d’une quarantaine de Lockheed-Martin F-35A Lightning II, l’avion de combat furtif de cinquième génération conçu pour échapper aux radars adverses. Or, le Rafale F4 est entré dans le débat taïwanais par cette porte.
Washington a validé en décembre 2025 une vente d’armes de 11,1 milliards de dollars à Taïwan, portant sur des lance-roquettes HIMARS, des obusiers, des missiles antichars et des drones. Aucun F-35 dans le lot.
Pékin a répliqué par décret officiel le 26 décembre 2025, en sanctionnant vingt entreprises américaines de défense et dix de leurs dirigeants. Boeing, Northrop Grumman et L3Harris figurent sur la liste, aux côtés de Palmer Luckey, fondateur du fabricant de drones Anduril.
Cinq mois plus tard, en déplacement à Pékin pour discuter de droits de douane, Donald Trump a évoqué les ventes d’armes à Taïwan comme une possible « monnaie d’échange » dans ses négociations commerciales avec la Chine. Le Monde a qualifié cette déclaration de rupture avec près de cinquante ans de politique étrangère américaine sur ce dossier.
Une éventuelle vente de la part de la France pourrait provoquer la colère de Pékin et Paris connaît déjà les conséquences potentielles d’une telle décision. En 1991, la vente de six frégates Lafayette à Taïwan avait entraîné un gel des relations franco-chinoises pendant plusieurs années.
Plus récemment, en 2024, Pékin a exigé de la France l’annulation d’un contrat de modernisation des systèmes de leurres de ces mêmes frégates, les dispositifs qui détournent les missiles adverses.
Une éventuelle commande de 60 Rafale, qui se chiffrerait en milliards d’euros, pourrait donc exposer les entreprises françaises à des mesures de rétorsion chinoises. Dassault Aviation pourrait notamment perdre l’accès au marché chinois pour ses avions d’affaires Falcon 6X et 10X, ses avions d’affaires haut de gamme, au bénéfice de ses concurrents américains et canadiens. Pékin ne fixe jamais à l’avance l’échéance de ses mesures de rétorsion.
Les industriels européens figurent déjà dans le viseur chinois. En avril 2026, Pékin a imposé des restrictions à l’exportation visant sept entités européennes, dont l’allemand Hensoldt, spécialiste des capteurs de défense, et le belge FN Herstal, fabricant d’armes légères, pour ventes d’armes ou « collusion » avec Taïwan.
Sur le plan économique, Paris n’est pas nécessairement dépendant d’un éventuel contrat avec Taipei. Les exportations françaises d’armement ont atteint 21,2 milliards d’euros en 2025, tandis que de nouveaux marchés importants se profilent notamment en Inde.
La décision ne reviendrait de toute façon pas au seul chef de l’État. Aucune licence d’exportation de matériel de guerre ne peut être délivrée sans l’avis de la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre, réunie sous l’autorité du Premier ministre et dont le secrétariat est assuré par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.