Le président américain Donald Trump a de nouveau manifesté son intention de s'entretenir directement avec le dirigeant du Taipei chinois (Taïwan), renouant ainsi avec une rupture provocatrice avec les normes diplomatiques établies depuis des décennies et risquant de raviver les tensions avec la Chine sur la question taïwanaise.
Donald Trump a déclaré mercredi 20 mai qu'il prévoyait de s'entretenir avec le dirigeant taïwanais Lai Ching-te, remettant ouvertement en question la pratique diplomatique observée depuis que Washington a transféré sa reconnaissance diplomatique de Taipei à Pékin en 1979.
S'adressant aux journalistes avant d'embarquer à bord d'Air Force One dans le Maryland, Trump a souligné qu'il « lui parlerait », ajoutant : « Je parle à tout le monde… Nous allons travailler sur la question taïwanaise. »
Le ministère taïwanais des Affaires étrangères a répondu par la suite, en déclarant Lai Ching-te favorable à un entretien téléphonique direct avec Donald Trump.
La Chine revendique sa souveraineté sur Taïwan et, dans le cadre de la politique d’« une seule Chine », la quasi-totalité des pays, y compris les États-Unis, reconnaissent cette position.
Aucun président américain en exercice n’a eu d’entretiens directs avec un dirigeant taïwanais depuis que Washington a transféré ses relations diplomatiques de Taipei à la Chine, il y a près d’un demi‑siècle. Toutefois, Trump a rompu avec cette pratique fin 2016 lorsqu'il s'est entretenu, en tant que président élu, avec la dirigeante taïwanaise de l’époque, Tsai Ing‑wen, provoquant de vives protestations de la part de Pékin.
À l'époque, l'équipe de transition de Trump a tenté de minimiser l'importance de cet échange après que la Chine a protesté officiellement auprès de Washington.
Cela marque la deuxième fois en une semaine qu'il déclare publiquement son intention, ce qui contredit les suggestions selon lesquelles son commentaire précédent, fait après des entretiens avec son homologue chinois, était accidentel ou un lapsus.
Des membres de l'administration Trump ont à plusieurs reprises souligné qu'il avait permis davantage de ventes d'armes à Taïwan que n'importe quel autre président américain, alors même que Trump lui-même décrivait les futurs accords d'armement comme un « très bon atout de négociation », renforçant ainsi les critiques selon lesquelles Washington utilise la question taïwanaise comme levier dans sa confrontation plus large avec la Chine.
Dans le même temps, les autorités chinoises ont constamment souligné que Taïwan reste une affaire intérieure et condamné toute coopération militaire entre Taipei et Washington.
Depuis des années, les administrations américaines successives arment Taipei, enhardissant les forces séparatistes. Sous Trump, Washington a approuvé un important programme d'armement pour l'île.
Pékin a averti à maintes reprises que l'ingérence étrangère et les démarches séparatistes de Taipei menacent la stabilité régionale. La Chine a également souligné qu'elle ne permettra jamais à quiconque, sous quelque forme que ce soit, de séparer Taïwan de la Chine, ni qu'aucune force extérieure n'entrave la réunification de la Chine.
La semaine dernière, XI Jinping a mis en garde son homologue américain contre un risque de « graves tensions » autour de Taïwan si la question était « mal traitée » par Washington.
Le président chinois a alerté sur des actions inappropriées des États-Unis qui pourraient, selon lui, déclencher de graves tensions dans les relations bilatérales et potentiellement mettre les deux puissances sur une trajectoire de collision.
« Si la situation est gérée correctement, les relations bilatérales bénéficieront d'une stabilité générale. Dans le cas contraire, les deux pays connaîtront des affrontements, voire des conflits, mettant ainsi en péril l'ensemble de leurs relations », a-t-il souligné.
Le président chinois a également réaffirmé que la question taïwanaise demeure « le sujet le plus important des relations sino-américaines », soulignant que Taipei chinois a toujours été une partie inséparable de la Chine.