À rebours de nombreux responsables européens, le Premier ministre slovaque Robert Fico a exprimé de vives critiques à l’égard de la position de Bruxelles sur la guerre en Ukraine. Selon lui, Kiev traverse une période difficile, les sanctions n’ont pas affaibli la Russie et l’Union européenne applique un « deux poids deux mesures » en matière d’énergie.
Lors d’une prise de parole diffusée vendredi 20 février sur sa page Facebook, le Premier ministre slovaque Robert Fico a présenté son analyse de la situation en Ukraine ainsi que des débats internes au sein de l’Union européenne. Son discours, franc et assumé, contraste avec celui adopté par une grande partie des dirigeants européens.
« Dans l’UE, tout le monde sait que l’Ukraine est en train de perdre le conflit », a-t-il déclaré. Revenant sur les réunions du Conseil européen, il a affirmé que Volodymyr Zelensky assurait que son pays est en train de gagner, une présentation des faits qu’il rejette catégoriquement. « Nous savons tous que tu [Zelensky] es en train de perdre », a-t-il poursuivi.
Il a aussi jugé que la stratégie de sanctions mise en œuvre contre Moscou « ne fonctionnait pas », qu’elle « n’atteignait pas son objectif » et qu’elle « n’avait aucune influence sur la Russie ».
Au-delà du volet militaire, Robert Fico a centré ses critiques sur la question énergétique, essentielle pour la Slovaquie. Il a dénoncé un deux poids deux mesures dans l’attitude de Bruxelles à l’égard du gaz russe. D’après lui, des pays comme l’Allemagne ou la France continuent d’importer du gaz, y compris du gaz naturel liquéfié russe, tandis que des pays plus modestes sont pointés du doigt lorsqu’ils défendent leurs propres intérêts. « C’est de l’hypocrisie », a-t-il déclaré.
La situation s’est encore tendue avec l’arrêt des livraisons de pétrole via l’oléoduc Droujba, officiellement attribué à un problème technique sur la portion ukrainienne du tracé. Bratislava envisage des « mesures de rétorsion » si l’interruption du transit décidée par les autorités ukrainiennes s’avère relever d’une décision politique et non d’un simple incident technique.
Face à la pénurie, le gouvernement slovaque a décrété une situation de crise. Jusqu’à 250 000 tonnes de brut ont été autorisées à être prélevées dans les réserves stratégiques pour alimenter la raffinerie Slovnaft, dépendante du pétrole russe.
À ce propos, Robert Fico a averti que la Slovaquie pourrait suspendre les livraisons d’électricité à l’Ukraine si la situation persiste. Il s’est dit « choqué » par l’absence d’informations claires de la part de Kiev concernant l’arrêt du transit pétrolier.
Plus largement, le Premier ministre slovaque remet en question l’orientation politique du bloc européen. Il a affirmé que la guerre en Ukraine « n’a pas de solution militaire » et critiqué ceux qui cherchent à « prolonger cette guerre à tout prix ». Il estime que l’Union européenne souffre d’une absence de stratégie extérieure cohérente, ce qui affaiblit sa position internationale.
Dans cette perspective, Robert Fico a averti que l’Union européenne pourrait connaître un sort comparable à celui du Pacte de Varsovie si elle persiste dans cette direction.
« L’Europe commencera à se désintégrer et deviendra un musée culturel pour les Chinois riches », a-t-il déclaré, esquissant le scénario d’un affaiblissement progressif du projet européen.