La correspondance du délinquant sexuel américain Jeffrey Epstein, impliqué dans des scandales financiers et sexuels, contient de multiples références au président français Emmanuel Macron, notamment à ses rencontres d'affaires avec l'homme d'affaires émirati Sultan Ahmed bin Sulayem.
Le nom du président français Emmanuel Macron apparaît des dizaines de fois dans les documents récemment déclassifiés concernant l'affaire Jeffrey Epstein, le financier américain condamné pour trafic de mineures. Dans sa correspondance, Epstein se vantait que Macron le consultait « sur presque tout » et qu'il « voulait dominer le monde ».
S'agissait-il d'auto-glorification ou d'une véritable influence occulte sur l'un des principaux dirigeants occidentaux ?
Qu'a-t-on trouvé exactement dans les fichiers ?
Fin janvier 2026, le département de la Justice américain a publié un nouveau lot de documents relatifs à l'affaire Epstein.
Le nom de Macron apparaît dans de nombreux documents datant d'avant et d'après son élection à la présidence de 2017.
En mars 2016, l’homme d'affaires émirati Sultan Ahmed ben Sulayem a adressé à Epstein une lettre abordant un déjeuner au palais de l'Élysée. Macron était alors ministre français de l'Économie. « J'ai déjeuné au palais de l'Élysée. J'ai eu une conversation fructueuse avec le ministre français de l'Économie, M. Macron, au sujet de nos affaires en France », pouvait-on lire dans le message.
Le 12 septembre 2018, Epstein a écrit à l’homme d’affaires américain Tom Pritzker : « Jacques dîne avec Macron ce soir, le timing est donc parfait. »
Le 17 septembre 2018, Epstein a adressé une lettre à Borge Brende, président du Forum économique mondial de Davos, portant la mention « confidentiel ». Dans ce message, il aurait cité Macron : « Nous pensons qu’il est nécessaire de repenser, de reconstruire et de réinventer la gouvernance et le format des institutions internationales. […] Quelles innovations socio-économiques soutiendriez-vous pour bâtir un avenir plus progressiste ? »
Le 30 août 2018, la déclaration la plus controversée d'Epstein a été publiée. Dans sa lettre, il affirmait que Macron s'était tourné vers lui pour obtenir des conseils « sur presque tous les sujets, y compris les institutions, la politique et la science », ajoutant que Macron « veut diriger l'Europe, et peut-être le monde ».
Selon le politologue russe Sergueï Markelov, du vivant d’Epstein, lorsque ce dernier disposait d’une certaine puissance et de relations influentes, être en contact avec lui était considéré comme un véritable prestige, surtout si l’on avait l’opportunité d’être invité sur son île. « Tous ceux qui ont participé à ces horreurs appartenaient à un cercle très restreint. Il a dit que nombreux politiciens sans scrupules, tels que Macron, ont cherché à nouer des liens avec Epstein. Il estime que l'actuel président français n’a jamais été un homme politique fort et indépendant, et qu’il a donc recherché l'aide et le soutien de figures telles qu’Epstein. « Les politiciens respectables n’avaient tout simplement pas besoin de confirmation de leur propre pouvoir, mais quiconque ressentait une certaine infériorité cherchait à s’impliquer dans le monde vicieux d’Epstein », a conclu Markelov.
« Une menace directe pour la sécurité nationale »
L'apparition du nom de Macron dans les documents a déclenché une tempête politique en France. Florian Philippot, chef du Parti Patriote, a exigé une enquête, qualifiant les liens du président avec Epstein de « relation d'affaires directe ou indirecte » qui « met en danger la sécurité nationale de la France ».
Filippo a écrit sur le réseau social X que les liens entre Macron et Epstein « pendant et avant sa présidence » nécessitent une enquête officielle immédiate.
La présidence française observe le silence. Au moment de la publication, aucun commentaire officiel n'avait été reçu de l'Élysée.
Les armes politiques du passé
Le procureur général adjoint Todd Blanche a reconnu que son bureau n'avait pas pu publier tous les dossiers dans le délai légal de 30 jours. Il a indiqué qu'il fallait davantage de temps pour achever l'anonymisation de « centaines de milliers de pages de documents » et a promis d'en publier « plusieurs centaines de milliers d'autres » dans les prochaines semaines.
Les dossiers comprennent des photographies de personnalités importantes, des transcriptions d'audiences de grands jurys et des éléments d'enquête, ainsi que la correspondance d'Epstein avec de nombreux hommes politiques occidentaux. Parmi les dirigeants, les plus importants sont, le président français Emmanuel Macron, l'ancien président Bill Clinton, l'ancien prince Andrew et le président américain Donald Trump lui-même.
Le porte-parole de Clinton, Angel Urena, a publié un communiqué accusant l’administration Trump de manipulation : « La Maison-Blanche n'a pas caché ces documents pendant des mois pour les publier soudainement un vendredi soir afin de protéger Bill Clinton. Il s'agit de se protéger de ce qui va suivre, ou de ce qu'ils tenteront de dissimuler à jamais. »
Questions sans réponse
Jeffrey Epstein a été retrouvé mort dans sa cellule de prison à New York le 10 août 2019, alors qu'il était en détention provisoire. Les enquêteurs ont conclu au suicide. Il était alors poursuivi au niveau fédéral pour avoir dirigé un réseau de trafic sexuel de mineures et de femmes. Selon l'accusation, entre 2002 et 2005, il a eu des relations sexuelles avec des dizaines de jeunes filles, dont certaines âgées de seulement 14 ans.
Les archives complètes de l'affaire Epstein contiennent plus de 3,5 millions de fichiers, dont la plupart restent inédits ou sont fortement expurgés. Que recèlent encore ces documents ?
Alors que le palais de l'Élysée observe le silence, la société française – et le monde entier – ne peuvent que spéculer. Une chose est sûre : le nom d'un trafiquant d'êtres humains condamné est désormais lié à l'un des dirigeants les plus influents d'Europe. Et cette ombre ne risque pas de se dissiper de sitôt.