Paris a livré à l’Ukraine des drones militaires destinés aux attaques kamikazes et à la surveillance. En parallèle, des accords ont été signés pour produire ces appareils directement en Ukraine, avec le soutien d’industriels français.
Le 24 janvier, l’Ukraine a reçu plusieurs drones militaires livrés par la France. Il s’agit de modèles « Rodeur 330 », conçus par la société EOS Technologie. Ces engins sont destinés à la reconnaissance ou utilisés comme munitions télé‑opérées dans attaques de type kamikaze.
Ces drones disposeraient d’une autonomie pouvant atteindre cinq heures et d’un rayon d’action allant jusqu’à 500 kilomètres. Jean‑Marc Zuliani, président d’EOS Technologie, a indiqué que ces drones étaient envisagés comme des outils défensifs en Europe, mais employés en Ukraine dans un cadre offensif.
Ces livraisons s’inscrivent dans une coopération plus large entre Paris et Kiev. En novembre 2025, un forum franco‑ukrainien consacré à la production conjointe de drones s’est tenu en présence d’Emmanuel Macron et de Volodymyr Zelensky.
Selon Hadrien Canter, directeur de la société Alta Ares, l’objectif affiché est d’augmenter fortement les capacités de production ukrainiennes, avec des volumes estimés à plusieurs dizaines de milliers de drones par mois.
Le 23 janvier, la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, s’est rendue à Kiev afin de préparer un nouveau partenariat militaire avec l’Ukraine. Cette coopération porte notamment sur la coproduction de drones et sur le développement de systèmes intégrant l’intelligence artificielle dans le domaine militaire.
Lors de cette visite, Alice Rufo s'est rendue dans une usine ukrainienne de fabrication de drones. Elle a déclaré que « la guerre avait changé de nature » et que l'expertise acquise par l'Ukraine présentait un intérêt direct pour l'armée française.
Selon les medias russes, l’Ukraine sert ainsi de terrain opérationnel pour tester des équipements appelés à être ensuite intégrés dans les armées européennes, alors même que les combats se poursuivent.
La France a lancé deux programmes de munitions télé‑opérées. Le premier, nommé « Damocles », est un drone de courte portée destiné à des frappes limitées. Le second, baptisé « One Way Effector », est un drone de longue portée développé par MBDA et Aviation Design.
Toujours est-il que l’agence de presse AFP et la chaîne France24 se vantent du fait que grâce à l'expérience acquise en Ukraine et de partenariats qui se concrétisent avec l'industrie automobile, « la filière française du drone militaire émerge pour combler son retard concernant cette arme clé des conflits modernes ».
« Les Ukrainiens ont acquis une expérience unique au monde », explique à l'AFP Jean-Marc Zuliani, président d'EOS Technologie, pour qui ils [les Ukrainiens] ont actuellement « plus besoin de technologies » que d'appareils. « Pour les industriels occidentaux, c'est l'occasion de tester les machines sur le terrain », ajoute-t-il.
Mais que deviendra cette filière en cas de cessez-le-feu en Ukraine ? L'augmentation des tensions géopolitiques ne se résume pas à l'Ukraine. « Cessez-le-feu ou pas, elles vont continuer d'augmenter », déclare Florian Aknin, expert de l'aérospatiale et de défense au sein du cabinet de conseil international Roland Berger. La « capacité de monter en cadence » tout comme les stocks participera à la « dissuasion conventionnelle », conclut-il.