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"Les USA sont endettés pas seulement envers la Chine mais aussi envers l'Iran ..."

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Le retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire de Vienne et ses retombées désastreuses. ©Getty Images/Illustration

La revue américaine The Week a fait paraître dans son édition du 12 mars une note de Ryan Cooper qui aborde la politique du président Joe Biden à l’égard de l’Iran. Lors de sa campagne en 2020, Joe Biden a promis qu’il ferait tout son possible pour que les États-Unis rejoignent à nouveau l’accord sur le nucléaire iranien. Mais déjà 50 jours se sont écoulés depuis le début de sa présidence, les progrès sont au point mort et l’accord serait sur le point de s’effondrer.

« Maintenant qu’il est président, Biden devrait accorder immédiatement un large allègement des sanctions contre l’Iran, à la fois en signe de bonne foi et dans l’intérêt de l’aide humanitaire, dans le cadre des négociations pour rejoindre l’accord. Les États-Unis ont infligé des dommages terribles au gouvernement et au peuple iraniens, ce qui a gravement exacerbé le carnage dû à la pandémie du coronavirus dans ce pays. L’Amérique leur doit réparation », lit-on dans la revue.

« Le point de friction diplomatique ici est que Biden insiste pour que l’Iran respecte ses engagements en vertu de l’accord avant que les sanctions ne soient levées. Et l’Iran demande le contraire. Comme Biden l’a écrit dans un éditorial de CNN en septembre dernier, “si l’Iran se plie à ses obligations envers l’accord nucléaire, les États-Unis rejoindront l’accord comme point de départ pour des négociations de suivi”. En revanche, le président iranien Hassan Rohani a déclaré mercredi : “L’Amérique a été la première à rompre avec l’accord et elle devrait être la première à y revenir.”

Pour savoir laquelle de ces deux positions est correcte, il faut avoir une vision d’ensemble sur l’histoire diplomatique et le contexte stratégique. Sur le premier point, il est incontestable que les États-Unis ont tort. L’Iran a adhéré à l’accord sur le nucléaire avec toute sa bonne volonté et a rempli son engagement, même lorsque l’ex-président Donald Trump a brusquement trahi sa confiance en 2018 (apparemment en raison d’une haine vindicative envers toutes les actions de son prédécesseur Barack Obama et de l’encouragement des bellicistes dérangés). Trump a commandité l'assassinat du commandant iranien Qassem Soleimani sur le sol irakien. Cela a rendu furieux les dirigeants iraniens et irakiens et a enclenché un cycle de violence de bout en bout qui se poursuit encore aujourd’hui.

Pour en savoir plus : La campagne anti-sanction US s’intensifie

De plus, l’Iran a de nombreuses raisons historiques de se méfier de l’Amérique. En 1988, les forces américaines ont abattu un avion de ligne iranien et tué 290 personnes. Les États-Unis ont soutenu l’Irak en lui fournissant de l’argent, une formation et une couverture diplomatique lorsqu’ils ont envahi l’Iran en 1980, ce qui a conduit à huit ans de guerre (…). Et, bien sûr, la CIA a soutenu un coup d’État en 1953 contre le gouvernement iranien.

Enfin, sur le plan stratégique, la vérité est que l’Iran porte à peine attention aux intérêts américains, quelle que soit la façon dont vous les définissez. C’est un pays de taille moyenne à revenu moyen à l’autre bout de la planète. Il produit environ un quart de plus de pétrole que l’Amérique. Il n’a montré aucune propension à frapper les forces américaines, à l’exception de celles qui sont justes à sa porte (sans raison valable) et ciblent les hauts responsables iraniens (également sans raison valable). Imaginez ce que les Américains pourraient ressentir si l’Iran avait des avant-postes militaires tout au long des frontières avec le Canada et le Mexique, étranglait notre économie avec des sanctions et commanditait parfois le meurtre des membres du cabinet de Biden.

En somme, l’Iran a toutes les raisons du monde de ne pas vouloir négocier. L’Amérique a rompu sa promesse - comme Biden lui-même l’a écrit, Trump “a rejeté imprudemment une politique qui travaillait pour assurer la sécurité de l’Amérique” - et donc l’Amérique devrait faire preuve de bonne foi. C’est littéralement le moins que nous puissions faire. Et contrairement aux arguments des bellicistes impérialistes assoiffés de sang, cela aiderait en fait les États-Unis à réduire les risques d’un enlisement dans une autre guerre impossible à gagner à 7 000 kilomètres de leur territoire.

Alors il n’est pas difficile de comprendre pourquoi l’administration Biden hésite. La raison en est le bloc impérialiste qui est depuis des années résolu à faire la guerre à l’Iran, et les efforts de lobbying d’Israël et de l’Arabie saoudite. Ces forces sont très influentes au Congrès, c’est pourquoi les sénateurs ont parlé à Wendy Sherman, la sous-secrétaire d’État aux affaires politiques, nommée par Biden, de son rôle de négociatrice en chef pour l’accord nucléaire lors de sa récente audience [à la Chambre des représentants]. Biden lui-même est impliqué depuis longtemps dans cette dynamique.

La récente décision de Biden de laisser le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane échapper à la justice pour le meurtre de Jamal Khashoggi, illustre parfaitement cela. Le ton de son éditorial sur l’Iran est virulent et met l’accent sur “les défis que le régime iranien pose aux intérêts sécuritaires de l’Amérique”. Mais avec l’Arabie saoudite, nous avons un “allié” objectivement nuisible aux intérêts américains (…). Pourtant, parce qu’il a répandu des centaines de millions de dollars de pots-de-vin légaux à travers tout le pays et qu’une grande partie de l’élite américaine est ridiculement naïve et/ou corrompue, Ben Salmane s’est tiré d’affaire.

Tout cela met à l’épreuve l’intention déclarée de Biden de tracer une nouvelle voie en politique étrangère. Pour ce faire, il devra tôt ou tard résister à la machine de guerre impériale et aux pays étrangers qui traitent l’armée américaine comme un jouet à leur portée. S’il ne résiste pas, son bilan en matière de politique étrangère ne sera pas moins brillant que celui de Donald Trump. »

Le gouvernement américain s’est retiré unilatéralement de l’accord de Vienne, approuvé par le Conseil de sécurité de l’ONU en mai 2016. Néanmoins, l’Iran s’est pleinement conformé à ses obligations tout au long de l’année suivant le retrait des États-Unis, donnant aux pays européens qui avaient promis de compenser les répercussions de ce retrait une chance d’honorer leurs engagements. Un an plus tard, les États européens n’ont pas tenu leurs paroles et Téhéran a annoncé sa décision de se soustraire à ses obligations en plusieurs étapes, conformément aux dispositions de l’accord nucléaire.

Le cabinet de Biden a désormais annoncé son intention de ramener les États-Unis à l’accord nucléaire (PGAC), sans toutefois définir son mécanisme de retour. Dans une vague déclaration, les membres de l’équipe de Biden disent que le retour au PGAC servira de base pour « renforcer et prolonger » l’accord nucléaire.

L’Iran insiste sur le point suivant : étant donné la violation de l’accord par les États-Unis, Téhéran agira seulement après la levée des sanctions.

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SOURCE: FRENCH PRESS TV