Qu'un site lié au renseignement de l'armée sioniste s'intéresse si méticuleusement à la seconde guerre occidentale contre la Libye, qu'il se mette même à vanter à mots à peine couverts la victoire d'Erdogan face à la Russie, et puis, et surtout qu'il suggère une "possible" alliance entre la Turquie et l'Algérie, il y a là de quoi pour les Algériens de sérieusement s'inquiéter.
L'article affirme que suite aux victoires récentes d'Ankara et de GNA et surtout de la reprise de la base stratégique d'Al Watiya, la Turquie s'implanterait définitivement en Afrique du Nord et que partant, l'armée algérienne qui vient d'avoir le feu vert constitutionnel d'étendre ses actions hors des frontières, a tout intérêt à se mettre dans le camp turc, contre la Russie et évidemment l'Égypte, en pleine effervescence guerrière, pour empêcher que l'Est libyen tombe entre les mains des USA et de l'OTAN par Turquie interposée.
Il va sans dire qu'il s'agit là d'un ultimatum : car au stade où sont les choses, l'Algérie ne saurait rester neutre. Certes le président Tebboun a lancé une sévère mise en garde aux parties qui ont bloqué la voie politique. Mais le "piège libyen" est désormais trop béant pour qu'Alger puisse préserver sa "neutralité". Mais dans quelle aventure l'axe USA/Israël cherche à entraîner l'Algérie?
Voici comment l'article du site israélien commence : " La Turquie est en passe de persuader l’Algérie de signer un pacte de défense avec le gouvernement d’accord national (GNA) à Tripoli, après avoir capturé la base aérienne stratégique d'al-Watiya des mains des forces du général Khalifa Haftar (LNA). Dimanche 24 mai, les 1 200 à 1 500 mercenaires russes combattant pour le général Haftar ont été transportés par avion à Jufra, dans le sud de la Libye, pour se regrouper et planifier leurs prochaines étapes, après que le GNA et les troupes soutenues par la Turquie ont détruit les défenses aériennes de LNA à Watiya, y compris la batterie russe Pantsir-1". La flèche est trop directe : Israël ne peut s'empêcher de se féliciter de cette connivence en coulisse avec la Turquie des Frères musulmans qui via la trêve à Idlib, a étendu le front anti-russe et anti- syrien à la Libye et qui toute raison garder ne peut laisser indifférente Moscou.
Voici comment DEBKA se porte ensuite en porte-voix d'Erdogan pour humilier la Russie avant de révéler ce qui est ni plus ni moins la feuille de route US/Israël dictée à Erdogan : " Le président turc a répliqué en menaçant de faire venir des avions de combat pour bombarder les troupes de Khalifa Haftar. Non seulement le contrôle par le GNA d’al-Watiya met un terme à l’utilisation par Haftar de cette base pour mener des raids aériens sur les forces du GNA à Tripoli, mais encore, il fournit également à la Turquie une base stratégique pour le renforcement de sa présence militaire en Libye et sur son littoral méditerranéen. Désormais les partisans de Haftar, à savoir la Russie, l’Égypte, et les Émirats arabes unis pourraient avoir des doutes sur la façon d’aider le général libyen pour qu'il quitte son bastion oriental et s’empare de la capitale".
Mais le texte n'en reste pas là, définissant un cadre et affirmant qu'en dehors de ce cadre l'Algérie ne saurait agir : "L’Algérie a toujours résisté aux aventures étrangères et s’est tenue à l’écart des troubles en Libye, même lorsque Mouammar Kadhafi a été renversé. Le président turc semble voir une occasion à travers l’ouverture apparente du nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune qui abandonne la doctrine traditionnelle de non-intervention de l'ANP, de rigueur sous Bouteflika. L’article 95 du nouveau projet de loi de réforme constitutionnelle que Tebboune a institué au début du mois permet à l’armée algérienne d’intervenir pour la première fois hors de ses frontières.
La stabilité de cet immense pays largement désertique et riche en pétrole est très menacée par ses voisins sahéliens instables, d’une part, et de la Libye, d’autre part. Si Erdogan réussit à faire associer l’Algérie au GNA, il sera en mesure de modifier l’équilibre des pouvoirs dans une vaste région volatile. Les gains militaires d’Ankara en Libye le mettent déjà en position d’avoir un impact sur la sécurité de ses voisins nord-africains - notamment l’Égypte - ainsi que sur la navigation méditerranéenne entre ce continent et le sud de l’Europe et les projets pétroliers offshore entre les deux". C'est presque une menace : si Alger ne rallie pas Erdogan contre la Russie et l'Égypte, c'est son intégrité territoriale et maritime qui se trouverait en danger. Et bien la guerre hybride lancée en février 2019 contre l'Algérie vient de se concrétiser sur le plan militaire : en Libye tout comme en Syrie, il s'agit de pousser par Ankara et Abou Dhabi interposés, tous deux acolytes de Washington, à engager l'armée algérienne contre la Russie, mais aussi contre l'armée égyptienne. Cela s'appelle faire deux coups d'une seule pierre....