TV

Atwan : « Sissi vient d’administrer deux claques à Trump : il est sorti de l’OTAN arabe et il va se doter de Su-35 »

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Le président américain Donald Trump s’exprime lors d’une réunion avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi dans le bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, le 9 avril 2019. ©AFP

Abdul Bari Atwan, principal éditorial du journal panarabe Raï al-Youm, consacre un article au retrait de l’Égypte de la coalition appelée l’OTAN arabe, un projet destiné à réunir des pays arabes contre l’Iran.

« Quelle est la signification de ce retrait de l’OTAN arabe ? Quelles sont les véritables motivations de l’Égypte ? L’Égypte se jette-t-elle dans les bras de la Russie en lui achetant des Soukhoï Su-35? Quel impact cela aura-t-il sur les relations du Caire avec ses alliés actuels ou anciens tels l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie, l’Algérie, l’Irak ? S’agit-il d’un message de rébellion à l’adresse des États-Unis ?

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a asséné deux grosses gifles aux Américains : primo, il a décidé de cette coalition censée assurer à ses membres paix et sécurité au Moyen-Orient, cette alliance appelée plus communément “OTAN arabe” pour réduire l’influence iranienne ; secundo, il a décidé d’acheter l’avion avancé Soukhoï Su-35 à la Russie, une alternative aux F-16 et F-35 américains.

Reuters a rapporté que le gouvernement égyptien avait informé l’administration américaine de cette décision et avait refusé d’envoyer une délégation à la réunion des États membres de l’“OTAN arabe” qui s’est tenue à Riyad dimanche dernier.

Selon Reuters, Sissi s’est retiré de l’OTAN arabe parce qu’il craignait que Trump ne soit pas réélu à la prochaine présidentielle américaine. Cette raison est peu convaincante ; ce qui paraît plus probable, c’est que Sissi ne veut pas exacerber les tensions avec Téhéran et déclencher une guerre confessionnelle à ses portes pour le bon plaisir des États-Unis et de l’Arabie saoudite.

La réunion tripartite Égypte-Irak-Jordanie, qui a eu lieu au Caire il y a trois semaines avec respectivement Sissi, Adel Abdel Mahdi et Abdallah II, s’inscrit dans le même sens, car “l’Irak est désormais la principale porte d’entrée sur l’Iran”.

Des sources arabes ont rapporté qu’il se peut que le roi jordanien sorte lui aussi de cette “OTAN arabe”.

Le rapprochement de la Jordanie avec la Turquie et l’Irak au plus haut niveau constitue une preuve qu’Amman tend à se détacher de la coalition avec les États arabes du golfe Persique et qu’il ne lorgne plus les aides financières de ces États, qu’il doit par ailleurs assez souvent quémander.

Le président égyptien a obtenu des soutiens financiers importants de la part des États du golfe Persique (environ 50 milliards de dollars) et a adopté des politiques plus indépendantes de son tuteur dans le golfe Persique [Riyad, NDLR] qui est plutôt le tuteur du tuteur de l’Amérique [Tel-Aviv] dans la région. D’autres sources ont quant à elles évoqué que Sissi ne voudrait que se répète chez lui le scénario de l’Algérie ou du Soudan. Et la plupart des analystes stratégiques occidentaux misent sur cette thèse. 

Le retour du Caire dans le giron russe s’explique par deux raisons principales : les armes russes sont très sophistiquées du point de vue technologique et cela n’a rien à avoir avec une quelconque raison politique. Les armes russes sont par ailleurs moins chères et on peut s’en procurer avec des facilités de paiement.

Trump, qui voit ses clients et ses alliés se ruer vers la Russie pour lui acheter des batteries de missiles S-400, recourt désormais systématiquement aux menaces : contre la Turquie, contre l’Égypte…. Mais que peut-il faire au final ? Il peut éventuellement suspendre les aides financières au Caire qui sont annuellement de l’ordre d’un milliard et demi de dollars au plus. Il se pourrait même que dans ce cas, les Russes dédommagent les Égyptiens autrement.

L’avion russe Soukhoï Su-35 que l’Égypte cherche à acheter, est l’un des avions les plus perfectionnés au monde embarquant des missiles air-air et air-sol, avec une vitesse de plus de 2 400 km/h, soit deux fois la vitesse du son, et pouvant voler 3 600 km sans ravitaillement. Alors pourquoi l’Égypte, qui est menacée au nord par Israël et au sud par l’Éthiopie, ne s’en procurerait-elle pas ? »

 

Partager Cet Article
SOURCE: FRENCH PRESS TV