Robert Maillard, Paris
Ce qui vient de se passer au Venezuela est plus qu’un simple événement ; c’est un véritable message adressé au monde entier.
Les États-Unis ont enlevé dans la nuit de vendredi à samedi, Nicolas Maduro, le président en exercice et démocratiquement élu du Venezuela, officiellement sous le prétexte avancé de « narco-terrorisme ».
Dans un message sur son réseau Truth Social, puis lors d’un point de presse, le président américain Donald Trump a reconnu les faits, s’en est vanté, la comparant à celle de l’enlèvement en 1989 de l’ancien président panaméen, Manuel Antonio Noriega avant de lancer que Washington allait temporairement gérer le Venezuela. Mais le vrai choc est arrivé juste après lorsque Trump a annoncé l’entrée de grandes compagnies pétrolières américaines pour exploiter les réserves du pays, estimées les plus grandes du monde. Autrement dit, les États-Unis ont enlevé le chef d’un état souverain pour tout simplement mettre la main sur son pétrole.
Aussitôt, de nombreux pays ont réagi : le Brésil, le Mexique et la Colombie ont dénoncé des violations de souveraineté tandis que l’Iran et la Russie dénonçaient une agression armée. La Chine, quant à elle, soucieuse pour l’équilibre énergétique a exigé la libération immédiate du président Maduro. L’ONU a parlé d’un précédent dangereux. L’Afrique du Sud a fermement condamné et averti qu’un usage unilatéral de la force menace l’ordre mondial. Le Burkina Faso a exprimé sa solidarité claire envers le Venezuela, dénonçant la violation de la charte de l’ONU.
Et pourtant, cette scandaleuse violation du droit international, n’a pas été condamnée par tous. En Europe, dite foyer de la démocratie, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni a préféré soutenir Trump tout comme Javier Milei, le président de l’Argentine, mais aussi l’entité sioniste qui saluent l’opération.
C’est alors que l’on réalise qu’un changement est en train de se produire puisque Donald Trump ose affirmer que ce qui vient de se produire en ce début d’année au Venezuela pourrait très bien se reproduire dans d’autres pays. Et c’est là le vrai enjeu. En d’autres termes, ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement le sort du dirigeant vénézuélien lui-même, mais aussi la subjugation pure et simple du droit international, dans le sens où un État peut renverser un autre État au nom du droit pénal tout en pillant ses ressources et en avertissant que d’autres pays suivront. Si ce précédent est normalisé, dès lors, plus aucun pays ne sera vraiment à l’abri.
Dès lundi, deux échéances majeures sont attendues qui risquent de basculer l’ordre mondial et de décider de l’avenir des relations internationales ; un procès possible de Maduro aux États-Unis ainsi qu’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le fait que Maduro puisse être présenté devant un tribunal américain signifie qu’une puissance étrangère s’arroge le droit de juger, d’imposer sa propre loi à un chef d’État, et au-delà, à toute une nation.
Ensuite, que le Conseil de sécurité de l’ONU se réunisse, cela soulève une question centrale qui se formule ainsi : les États-Unis ont-ils violé le droit international ? Viennent-ils de créer un précédent au risque de le voir adopté par le reste du monde ? Si oui, comment faut-il réagir ? Pour beaucoup de pays, le sujet n’est plus le destin réservé à Maduro, légitimement élu par le peuple vénézuélien, mais bien la méthode utilisée par les Américains, laquelle méthode méprise la charte de l’ONU selon laquelle la souveraineté des États est un principe fondamental et l’usage de la force, une notion strictement encadrable. Or, l’agression militaire américaine contre le Venezuela avec son cortège de 40 morts reconnus par la presse US, n’a bénéficié ni de mandat clair de l’ONU ni d’un contexte de guerre déclarée. Il s’agit d’une action unilatérale menée par la bande au pouvoir à la Maison-Blanche, dans la pure tradition des « Cow-boys » : on enlève le dirigeant d’un État souverain et on sécurise les ressources et on se moque du droit international.
Lors de son point de presse, Trump a comparé cette affaire, comme nous l’avons mentionné plus haut, à celle de Manuel Noriega, le dirigeant du Panama à la fin des années 1980, accusé en 1989, de trafic de drogue, puis kidnappé et jugé aux États-Unis. Mais cette comparaison est-elle valable ? Bien sûr que non.
À l’époque, le monde a été beaucoup moins multipolaire : pas de Chine-puissance globale, pas de rivalité stratégique comparable, peu de contestation internationale. Et c’est pourquoi l’opération fut alors, critiquée, sans pour autant bouleverser l’ordre mondial. Mais pour le monde multipolaire tel qu’il est aujourd’hui, la situation est totalement différente. L’opération de kidnapping du 3 janvier de la Force Delta au Venezuela crée un précédent dangereux qui, en cas d’acceptation, deviendra un outil géopolitique. Que risque-t-il de se produire par la suite ? La force se justifiera par l’intérêt et les ressources stratégiques entreront dans l’équation et surtout, d’autres puissances pourront s’en inspirer.
La question qui se pose dès lors est la suivante : est-ce que le monde accepte que la force prime désormais sur la loi ? Lundi, avec le procès possible et la réunion de l’ONU, cette question ne sera plus abstraite, elle sera posée officiellement au monde entier.
Robert Maillard est un écrivain et analyste militaire basé à Paris.
(Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de Press TV.)