Le journal américain The New York Times s’intéresse aux récentes tensions survenues autour de la donne saoudo-égyptienne.
Le principal différend entre l’Arabie saoudite et l’Égypte émane du dossier sur la Syrie, selon le NY Times. Et les différends sont plus que jamais sérieux.
Le NY Times fait allusion aux aides financières fournies par Riyad au Caire depuis la chute de l’ancien gouvernement égyptien. L’Arabie saoudite a injecté plus de 25 milliards de dollars dans l’économie égyptienne pendant les deux années de présidence d’Abdel Fattah al-Sissi.
« Les Saoudiens pensent avoir acheté l’appui et la fidélité des Égyptiens ; or, le vote du mois dernier de l’Égypte à la résolution proposée par Moscou au Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie a mis en danger les relations de M. Sissi avec son plus sensible soutien financier », écrit le journal américain.
Après le vote de ladite résolution, l’ambassadeur saoudien au Caire a pris le premier vol pour Riyad. Aussitôt, la compagnie pétrolière nationale d’Arabie saoudite, Aramco, a suspendu un accord prévoyant la livraison de 700.000 tonnes de pétrole « à prix moins élevé » au Caire.

La semaine dernière, le secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), le saoudien Iyad Madani, a démissionné. Son départ a été annoncé deux jours après une protestation officielle de l’Égypte à son sujet, pour des déclarations méprisantes à l'encontre du président Abdel Fattah Al-Sissi. Les médias ont pourtant annoncé qu’il avait démissionné pour des raisons de santé.

Le célèbre présentateur de télé égyptien Ahmed Moussa qui est un partisan fervent de Sissi, était l’une des personnes à réagir.
« Ils [les Saoudiens] veulent nous mettre à genoux. Ne vous faites jamais l’illusion de pouvoir nous forcer à reculer. L’Égypte prend ses décisions en toute indépendance. Nous ne devons rien à personne; au contraire, nous sommes un pays à qui beaucoup d’autres pays devraient se sentir redevables… »
Le NY Times fait pourtant allusion à la mauvaise situation économique de l’Égypte et à son grand besoin des aides économiques. L’article s’attarde notamment sur les problèmes dus à la baisse du prix du pétrole, sans oublier le rôle de Mohammed ben Salman, prince héritier et ministre saoudien de la Défense dans les décisions économiques, militaires et diplomatiques de son pays.
« L’Arabie de Mohammed ben Salman expérimente aujourd’hui une époque de nationalisme dur, très soucieuse d’exercer sa force en tant qu’une puissance sunnite régionale et cela, pour ne pas perdre la face dans la confrontation avec l’Iran chiite. »
Ces mesures auraient blessé le sentiment de fierté nationale des Égyptiens qui, pendant de longues années, s'enorgueillissaient d’un pays qui étaient le leader du monde arabe. La dépendance économique envers Riyad blesse l'orgueil des Égyptiens, rappelle le journal.
La brouille entre Riyad et Le Caire s’explique dans une large mesure par le conflit syrien. Riyad a longtemps suivi le projet de renversement de Bachar al-Assad, alors que le président Sissi soutenait officieusement son homologue syrien. En tout cas, les tensions entre l’Arabie saoudite et l’Égypte sont, selon les analystes, bien réelles et les évolutions en Syrie ne cesseront pas d’influer sur la donne égypto-saoudienne.