L'Allemagne souffre d'un problème d'inadéquation entre les travailleurs et les emplois disponibles. Les difficultés de recrutement devraient également s'accentuer, quelque 13 millions d’Allemands devant partir à la retraite au cours des dix prochaines années.
En clair, les opportunités existent, mais elles ne s’adressent pas à tout le monde. Les barrières linguistiques, la lenteur administrative (notamment pour la reconnaissance de diplômes ou les démarches de sécurité sociale), ainsi que les attentes culturelles précises des employeurs allemands, constituent des freins non négligeables. Un ingénieur français peut se voir refuser un poste, non pour son manque de compétences, mais pour un niveau d’allemand jugé insuffisant, ou un CV non adapté aux codes locaux.
Diplômée en biologie, Julia Unkelbauer, 38 ans, pensait avoir mis toutes les chances de son côté. Dans la région de Fulda (ouest), pourtant marquée par un faible chômage, ses candidatures se résument à une succession d'échecs.
« J’aimerais beaucoup continuer à travailler dans la recherche. Mais c’est difficile, car les postes sont très limités et les financements compliqués à obtenir », explique cette spécialiste de la palynologie (étude des pollens), sans emploi depuis l’automne 2024.
Son parcours illustre un paradoxe croissant en Allemagne : un nombre de demandeurs d'emploi élevé (environ trois millions, pour un taux de chômage de 6,3 % en juin), et en même temps des centaines de milliers de postes vacants dans de nombreux secteurs.
En juin, quelque 648 000 offres d’emploi étaient enregistrées auprès de l’Agence fédérale pour l’emploi, en hausse de près de 6 000 sur un mois. Le nombre total atteint toutefois 1,1 million de postes vacants lorsqu'on inclut les recrutements menés directement par les entreprises, selon l'institut pour le marché du Travail (IAB) de Nuremberg.
157 métiers en pénurie
Les économistes parlent d’un « mismatch », une inadéquation entre les travailleurs et les emplois disponibles, défavorable à une économie déjà en crise.
À l’échelle du pays, l’Agence pour l’emploi recensait en mai 157 métiers en pénurie, principalement des professions nécessitant une formation professionnelle, selon sa présidente Andrea Nahles.
Déficit démographique
À Fulda, Katharina Henkel, cheffe de l’agence locale pour l’emploi, constate quotidiennement cette inadéquation. « Nous avons de nombreuses personnes en recherche d’emploi et, en face, des employeurs qui cherchent de la main-d’œuvre. Mais les exigences et les qualifications ne correspondent pas toujours », souligne-t-elle.
Selon elle, « il faut jusqu’à 300 jours pour pourvoir certains postes, notamment dans les soins ou les transports ».
Le phénomène reflète aussi les mutations de la première économie européenne : la numérisation et l’intelligence artificielle vont progressivement faire évoluer les besoins en main-d’œuvre qualifiée des entreprises.
Ces difficultés de recrutement devraient s’accentuer avec le vieillissement de la population : environ 13 millions d’Allemands atteindront l’âge de la retraite au cours des dix prochaines années.