Alors que Kiev poursuit ses efforts en faveur d’une intégration rapide à l’Union européenne, le débat autour des implications économiques et politiques d’un nouvel élargissement prend de l’ampleur au sein de plusieurs États membres. En Italie, cette perspective suscite désormais de fortes réticences, y compris dans les rangs de la majorité au pouvoir.
L’Italie semble adopter une approche plus prudente concernant une éventuelle adhésion rapide de l’Ukraine à l’Union européenne, rapporte le quotidien italien La Repubblica. Plusieurs déclarations récentes de responsables politiques italiens ont ravivé les interrogations quant à la ligne suivie jusqu’ici par Rome, qui soutenait depuis plusieurs années la perspective d’une intégration européenne de Kiev.
Fin mai 2026, la Ligue, parti de droite dirigé par Matteo Salvini, vice-président du Conseil des ministres, a publiquement critiqué l’idée d’une entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne. Le parti a notamment mis en avant le risque qu’une telle adhésion fasse peser sur l’UE une charge économique et sociale considérable.
De son côté, le Mouvement 5 étoiles, dirigé par l’ancien président du Conseil des ministres, Giuseppe Conte, a exprimé ses réserves, estimant que les conditions requises pour l’adhésion de l’Ukraine à l’UE n’étaient pas réunies à ce stade.
Dans le même temps, le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, membre du parti Frères d’Italie de la Première ministre Giorgia Meloni, a souligné, dans un entretien accordé au Corriere della Sera, les nombreuses difficultés qu’une telle démarche pourrait entraîner. Selon lui, le poids démographique et économique de l’Ukraine risquerait notamment de provoquer une profonde crise agricole dans plusieurs États membres, avec des répercussions que même les plus grandes économies européennes auraient des difficultés à absorber.
Face à ces prises de position, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a réaffirmé le soutien général du gouvernement à la trajectoire européenne de l’Ukraine. Toutefois, il a rappelé que la priorité de Rome reste actuellement « l’intégration des pays des Balkans occidentaux ». D’après ses mots, Kiev doit encore poursuivre ses réformes et renforcer la lutte contre la corruption avant d’envisager une adhésion.
Les autorités ukrainiennes plaident depuis longtemps pour une procédure accélérée. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky indique régulièrement que la majorité des États membres « voient favorablement » l’adhésion de son pays à l’Union européenne et que les conditions nécessaires ont déjà été remplies. À ses yeux, la question dépend avant tout de la volonté politique de certains dirigeants européens.
Jusqu’à récemment, la Hongrie apparaissait comme le principal obstacle à cette perspective. Toutefois, un changement de gouvernement intervenu au début du mois de mai a modifié le paysage politique dans ce pays. En dépit de cela, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que tout élargissement de l’Union reposait sur le mérite des candidats et ne pouvait faire l’objet d’exceptions.
À noter que l’admission d’un nouvel État membre nécessite l’accord unanime de l’ensemble des pays de l’Union européenne.