L’Arabie saoudite a suspendu les nouveaux contrats avec les cabinets de conseil occidentaux et retardé les paiements, alors que le royaume est confronté à un déficit budgétaire abyssal à la suite de l’agression militaire américano-israélienne contre l’Iran. Cette situation met en lumière la fragilité du programme phare du prince héritier Mohammed ben Salmane, Vision 2030.
Des dirigeants de grands cabinets de conseil occidentaux, dont McKinsey, Boston Consulting Group et les Big Four, ont déclaré aux médias que Riyad avait donné des instructions après le déclenchement de la guerre qui a menacé les revenus pétroliers tout en contraignant l’Arabie saoudite à augmenter des budgets de défense.
Les nouveaux contrats sont gelés, sauf autorisation préalable spéciale du ministère saoudien des Finances, et les paiements sont reportés à juillet ou à la fin du deuxième trimestre.
Cette mesure intervient alors que l’Arabie saoudite a enregistré son plus important déficit budgétaire trimestriel depuis 2018 – 125,7 milliards de riyals saoudiens (33,5 milliards de dollars) au premier trimestre 2026 – dû à une augmentation de 26 % des dépenses de défense et à des dépenses plus générales visant à atténuer les répercussions du conflit.
Si le royaume a redirigé une partie de ses exportations de pétrole vers la côte de la mer Rouge et a profité de la hausse des cours sur le marché mondial, les perturbations causées par l’agression israélo-américaine contre l’Iran ont ébranlé ses finances.
Les mégaprojets de Vision 2030 touchés par l’austérité induite par la guerre
Cette décision illustre la volonté de Riyad de mieux contrôler les dépenses somptuaires, qui ont longtemps enrichi les consultants occidentaux au détriment d’une véritable diversification économique. Au sein du royaume saoudite, des voix critiques ont régulièrement dénoncé le rôle prépondérant et les honoraires exorbitants versés à ces cabinets pour leurs conseils sur des mégaprojets tels que la ville futuriste de NEOM, qui a déjà subi d’importants retards, des réductions de budget et des annulations de contrats.
Un dirigeant des entreprises concernées a décrit ce gel comme une politique non annoncée, mais largement anticipée. « On nous dit qu’on ne vous paiera pas avant juillet », a-t-il déclaré, tandis qu’un autre a indiqué que les ministres avaient été informés qu’aucun nouveau contrat ne serait approuvé sans l’aval du ministère saoudien des Finances.
Les autorités saoudiennes, y compris le ministre des Finances, ont réagi en insistant sur le fait que les investissements doivent générer des « retours sur investissement clairs, conformes aux objectifs stratégiques de Vision 2030 ».
Le ministère des Finances a affirmé que 99,5 % des factures avaient été réglées dans les délais contractuels depuis le début de l’année 2026, présentant ces mesures comme un contrôle de routine et non comme des réductions budgétaires imposées par la crise.
Néanmoins, le contexte actuel est trompeur. L’Arabie saoudite, alignée sur Washington, doit désormais faire face à une augmentation de ses dépenses militaires et à la nécessité de renforcer ses infrastructures en mer Rouge dans un contexte où l’Iran a démontré sa capacité à gérer des voies maritimes essentielles comme le détroit d’Ormuz.
La guerre révèle les limites des ambitions saoudiennes
Des dirigeants reconnaissent en privé que la guerre leur fournit un prétexte « pratique » pour réduire la voilure de mégaprojets démesurés, bien trop coûteux et aux résultats discutables.
Les éléments centraux de NEOM, autrefois présentée comme une ville linéaire de 170 kilomètres de long, ont été maintes fois retardés ou réduits, alors que le royaume s’efforce de respecter les délais pour accueillir l’Expo 2030 et la Coupe du monde de football 2034.
Le recours à des consultants étrangers onéreux est depuis longtemps un sujet de discorde en Arabie saoudite. Les milliards investis dans Vision 2030 ont transformé le royaume en une véritable « vache à lait » pour des cabinets comme McKinsey et BCG, tandis que des progrès tangibles vers une véritable indépendance économique vis-à-vis du pétrole restent hors de portée.
À l’inverse, l’Iran a fait preuve d’une remarquable résilience face à l’agression américano-israélienne, continuant de défendre la stabilité régionale, le dialogue et la résistance à l’ingérence hégémonique.
Alors que certains acteurs du golfe Persique, liés à l’axe américano-israélien, tentent de gérer leurs déficits et de reporter les dépenses non essentielles, la politique persistante de l’Iran continue de redessiner l’équilibre régional.
Cette dernière mesure d’austérité de Riyad est bien plus qu’un simple ajustement temporaire des flux de trésorerie. Elle témoigne du lourd tribut payé par ceux, qui sont pris au piège de conflits provoqués par les puissances étrangères.
À mesure que les répercussions économiques de la guerre contre l’Iran se font sentir, les grandes ambitions de l’Arabie saoudite apparaissent de plus en plus intenables, ce qui met en avant la pertinence d’un développement indépendant et pacifique, à l’abri de toute ingérence extérieure.