Barak Ravid, journaliste chez Axios et ancien officier du renseignement militaire israélien de l’unité 8200, s’est retrouvé au centre d’allégations de manipulation de marché après que ses reportages sur des accords imminents entre les États-Unis et l’Iran ont été précédés à plusieurs reprises par d’importantes transactions pétrolières suspectes.
Le 6 mai, des opérateurs de marché inconnus ont pris des positions courtes sur le pétrole brut pour un montant de près de 920 millions de dollars, quelques minutes seulement avant qu’Axios ne publie un rapport indiquant que Washington et Téhéran étaient sur le point de conclure un protocole d’accord pour mettre fin à la guerre après deux mois, selon les données d’Unusual Whales, une plateforme de surveillance des transactions qui suit les activités inhabituelles sur le marché.
Selon un article d’Axios rédigé par Barak Ravid [un journaliste proche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du président américain Donald Trump], un mémorandum d’une seule page mettrait fin à la guerre.
Barak Ravid est un ancien membre de l’unité 8200 du renseignement militaire israélien. Ses reportages s’appuient systématiquement sur les déclarations de « responsables américains anonymes » et ont été décrits comme « représentant essentiellement le point de vue américain ».
L’inquiétude dépasse le simple cadre de l’exactitude journalistique pour s’étendre à une potentielle manipulation des marchés. Chaque article d’Axios a été précédé de transactions massives, effectuées à un moment suspect, pariant sur la baisse des prix du pétrole.
En l’espace de 19 jours, Axios a rapporté à cinq reprises qu’un accord avec l’Iran était « imminent » ou « proche » ; pourtant, aucun accord ne s’est concrétisé réellement.
Après ce rapport, les cours du pétrole brut Brent ont chuté de plus de 10 %, et ont passé de 108 à 97 dollars le baril, avant de se redresser légèrement à 102 dollars à la clôture du marché.
Suite à cette baisse de prix, les opérateurs de marché non identifiés auraient engrangé environ 125 millions de dollars de profits. Les positions courtes ont été prises environ 70 minutes avant la publication de l’article d’Axios, selon Unusual Whales, qui a partagé ces informations sur la plateforme de médias sociaux X.
Ce n’est pas la première fois que des paris importants précèdent des annonces majeures au sujet des négociations américano-iraniennes.
Des positions massives similaires avaient déjà été repérées avant la publication de précédents articles d’Axios sur les prétendus progrès des pourparlers, notamment une position vendeuse à découvert de 950 millions de dollars sur le pétrole le 8 avril.
Les prix du pétrole brut ont chuté de 15 % après la publication de ce rapport. Le même jour, la Maison-Blanche a diffusé un courriel interne à l’ensemble du personnel, mettant en garde les employés contre l’utilisation d’informations confidentielles pour effectuer des transactions.
Les cours du pétrole ont flambé depuis le début de la guerre déclenchée contre l’Iran par l’alliance américano-israélienne le 28 février, coïncidant avec le blocus par l’Iran du détroit d’Ormuz, qui assure habituellement le passage d’environ 20 % du commerce mondial du pétrole.
Les autorités iraniennes ont réfuté pourtant les informations publiées par Axios. « Le texte d’Axios relève davantage du souhait des Américains que de la réalité », a déclaré Ebrahim Rezaï, porte-parole de la commission des affaires étrangères et de la sécurité nationale du Parlement iranien, sur les réseaux sociaux.
« Les Américains n’obtiendront pas, par une guerre ratée, ce qu’ils n’ont pas réussi à obtenir lors des négociations précédentes », a-t-il ajouté.
Malgré les démentis de Téhéran, Donald Trump a cité mercredi le rapport d’Axios pour prétendre que les États-Unis et la République islamique d’Iran avaient eu de « bonnes discussions au cours des dernières 24 heures » et s’est dit confiant qu’un accord serait bientôt conclu.
Des opérateurs de marché disposant d’informations privilégiées ont également utilisé la plateforme de marché de prédiction Polymarket pour tirer profit des décisions de la politique étrangère américaine, selon un rapport de l’Anti-Corruption Data Collective (ACDC).
Le rapport a constaté que 52 % des paris « risqués » prédisant une action militaire sur Polymarket ont été couronnés de succès, contre 25 % pour les paris liés à la politique et 14 % pour l’ensemble des paris sur la plateforme.
Donald Trump Jr., le fils du président américain, est conseiller chez Polymarket depuis 2025. Sa société a investi des millions dans l’entreprise.
Les éléments recueillis suggèrent un schéma récurrent : Axios publie des articles annonçant un « accord imminent » citant des responsables américains anonymes, les responsables iraniens nient publiquement tout accord, les prix du pétrole chutent temporairement et des opérateurs de marché inconnus profitent de positions courtes, ce qui témoigne d’une coordination intentionnelle.
Les médias iraniens ont baptisé ce procédé « Opération Fauxios » [un jeu de mots avec le nom d’Axios] et ont suggéré des efforts coordonnés entre Axios et des opérateurs de marché non identifiés pour tirer profit de la volatilité du marché.
Les observateurs affirment que ces fausses allégations servent également à faire baisser les prix du pétrole, un objectif politique clé pour Trump qui subit des pressions intérieures en raison des coûts énergétiques élevés, lui offrant ainsi une couverture politique pendant une guerre impopulaire.
Parallèlement, Barak Ravid, grâce à son accès privilégié et à son parcours, et Axios constituent un vecteur extrêmement influent pour les fuites provenant des institutions américaines et israéliennes.
Ses reportages s’alignent souvent sur les intérêts stratégiques du gouvernement israélien, car ce sont l’administration Trump et ses alliés à Washington qui lui fournissent les informations.