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L'arsenal iranien, composé de plusieurs couches de munitions, est prêt à dissuader – et à anéantir – les navires de guerre américains dans le golfe Persique

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
L'arsenal iranien est prêt à dissuader et à anéantir les navires de guerre américains dans le golfe Persique.

Par Ivan Kesic

Alors que les tensions s’intensifient dans le golfe Persique, sur fond de renforcement militaire américain, la République islamique d’Iran a méthodiquement constitué un arsenal diversifié et sophistiqué destiné à contrer le symbole le plus puissant de la puissance navale américaine : le porte-avions.

Ces dernières semaines, les États-Unis ont dépêché deux de leurs navires de guerre les plus redoutables, l’USS Abraham Lincoln et l’USS Gerald R. Ford, dans les eaux entourant le golfe Persique.

Alors que le président américain Donald Trump a averti que la diplomatie devait aboutir à un accord, faute de quoi une action militaire s’ensuivrait, la rhétorique de Washington a suscité une réponse calculée et déterminée de la part de Téhéran.

Les forces armées iraniennes, dirigées par le Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI), ont mené d’importants exercices navals dans le détroit d’Ormuz, suivis de manœuvres conjointes avec la Russie.

Au cœur de cette équation se trouve une question stratégique qui préoccupe les planificateurs militaires depuis des décennies : une puissance navale relativement plus petite peut-elle dissuader, voire endommager, un porte-avions à propulsion nucléaire ?

Pour l’Iran, la réponse ne réside pas dans une arme miracle unique, mais dans une stratégie globale d’anti-accès, multidimensionnelle et en constante évolution.

Cette approche, fondée sur des décennies de développement national et de réflexion asymétrique, vise à transformer les eaux étroites du détroit d’Ormuz et la vaste étendue de la mer d’Arabie en un environnement à haut risque pour tout adversaire. Elle cherche à démontrer que l’ère de l’invulnérabilité perçue du porte-avions à proximité des côtes iraniennes est désormais révolue.

Avertissement du Leader : Des mots forgés dans l’acier

La confrontation stratégique entre l'Iran et les États-Unis s'est cristallisée dans les récentes déclarations du Leader de la Révolution islamique, l'Ayatollah Seyyed Ali Khamenei.

Répondant directement au déploiement des forces navales américaines et aux menaces émanant de Washington, il a présenté le conflit non pas comme un affrontement de navires contre navires, mais comme une lutte de volontés et de la détermination politique contre des moyens matériels.

L’Ayatollah Khamenei a reconnu le danger intrinsèque que représente un porte-avions américain, le qualifiant d’engin dangereux.

Cependant, il a immédiatement abordé le cœur de la doctrine défensive iranienne, affirmant que les armes capables de faire couler les porte-avions américains seraient « plus dangereuses » que les navires de guerre eux-mêmes.

Cette déclaration constituait une prise de position stratégique. Il a cité l'échec des États-Unis à soumettre la République islamique pendant 47 ans comme preuve que la seule supériorité militaire ne garantit pas la victoire.

S’adressant directement au président américain, il a affirmé que l’avenir découle du passé et que la nation iranienne, forte de ses valeurs culturelles et religieuses, ne prêtera jamais allégeance à la volonté des « puissances arrogantes ».

Ces propos constituent le socle philosophique de la posture militaire iranienne : le défi n’est pas envisagé comme un simple duel naval conventionnel, mais comme une confrontation enracinée dans une conviction idéologique, où l’arsenal militaire iranien apparaît comme le prolongement de la détermination nationale à résister à toute forme de domination.

Arsenal de l'asymétrie : Bien plus qu'une simple flèche

La capacité de l'Iran à menacer un porte-avions américain ne repose pas sur une solution miracle unique, mais sur un arsenal diversifié et complexe de systèmes d'armes, chacun conçu pour compliquer les calculs liés à la puissance défensive d’un groupe aéronaval.

L'épine dorsale de cette capacité de frappe navale demeure sa famille de missiles de croisière antinavires. Des systèmes avancés tels que le Noor et ses variantes améliorées, le Qader et le Ghadir, ont été développés au fil des années, augmentant leur portée de 120 kilomètres à près de 300 kilomètres.

Ces missiles sont conçus pour voler au ras de l’eau, évoluant à seulement quelques mètres au-dessus des vagues afin de retarder la détection radar et de réduire le temps de réaction des systèmes de défense rapprochée.

Ils constituent la couche côtière à haute densité du bouclier maritime iranien. S’appuyant sur cette base, l’Iran a repoussé les limites technologiques en développant des systèmes à plus longue portée.

Le missile de croisière Abu Mahdi, dont la portée annoncée dépasse 1 000 kilomètres, représente un saut qualitatif. Équipé d’une intelligence artificielle et d’un autodirecteur bimode, il peut être lancé depuis le territoire iranien et est conçu pour résister au brouillage lors de frappes contre des navires en mouvement.

De même, le Qader-380 étend encore cette portée. Les commandants iraniens le présentent comme une arme capable de poser des défis insurmontables aux navires ennemis bien au-delà des côtes iraniennes.

Au-delà de son arsenal de missiles de croisière, l’Iran a investi massivement dans le domaine plus complexe des missiles balistiques antinavires. Cette catégorie d’armes, dont le Khalij Fars est un exemple emblématique, modifie fondamentalement la dynamique des engagements.

Missile de croisière antinavire Ghadir.

Contrairement aux missiles de croisière volant à basse altitude, les missiles balistiques se déplacent à des vitesses supersoniques, voire hypersoniques. Ils suivent une trajectoire ascendante élevée dans l’atmosphère avant de redescendre selon des angles abrupts, presque verticaux, ce qui les rend particulièrement difficiles à intercepter par les systèmes de défense antiaérienne classiques.

Le Khalij Fars (« Golfe Persique »), d’une portée d’environ 300 kilomètres, est équipé d’un système de guidage terminal optique qui lui permet de se diriger vers une signature thermique importante, telle que la superstructure d’un porte-avions.

Vient ensuite la famille de missiles Hormuz, dont certaines variantes sont conçues comme des armes antiradar. Elles sont spécifiquement programmées pour cibler les puissantes émissions radar des navires de guerre équipés du système de combat Aegis, neutralisant ainsi le principal capteur adverse avant une éventuelle frappe de plus grande envergure.

Le Zolfaghar Basir étend cette zone de menace à 700 kilomètres, repoussant la zone d'engagement potentielle bien au-delà du golfe d'Oman et dans le nord de la mer d'Arabie, des zones autrefois considérées comme relativement sûres pour la projection de puissance américaine dans la région.

Au sommet de cette pyramide technologique se trouvent les missiles hypersoniques iraniens, les Fattah-1 et Fattah-2. Bien que l'étendue de leur déploiement opérationnel demeure entourée d'une certaine ambiguïté stratégique, leurs capacités déclarées — des vitesses atteignant Mach 15 et une manœuvrabilité extrême — sont conçues pour surpasser même les systèmes de défense antimissile les plus avancés.

L’existence même de telles armes oblige les planificateurs de la marine américaine à intégrer dans leurs scénarios une menace capable de modifier sa trajectoire de manière imprévisible, à des vitesses ne laissant pratiquement aucune marge d’erreur ni de réaction.

Missiles balistiques antinavires Khalij Fars (golfe Persique)

Sous la surface et au-delà du radar

Le potentiel balistique ne constitue toutefois qu’un aspect de la stratégie multidimensionnelle élaborée par l’Iran. Sous les eaux du golfe Persique et du détroit d’Ormuz, une autre menace se dessine.

L'Iran dispose d'une force sous-marine mixte, comprenant des sous-marins de classe Kilo de construction russe ainsi qu'une gamme de petits sous-marins de poche fabriqués localement, tels que les classes Ghadir et Nahang.

Ces navires sont optimisés pour les eaux peu profondes et acoustiquement complexes de la région. Leur mission principale en cas de guerre ne serait pas de mener des opérations navales en haute mer, mais de tendre des embuscades et, surtout, de poser des mines sous-marines.

L'Iran posséderait l'un des plus importants stocks de mines de la région, se chiffrant en milliers, comprenant des mines à influence sophistiquées pouvant être déclenchées par le champ magnétique ou la signature acoustique d'un navire.

Le simple soupçon de la présence d'un champ de mines au point de passage stratégique du détroit d'Ormuz aurait un effet catastrophique sur le trafic énergétique mondial et obligerait la marine américaine à s'engager dans une campagne de déminage lente, dangereuse et gourmande en ressources, le tout mené sous la menace des missiles côtiers iraniens.

À cela s'ajoute la torpille Hoot, une arme supercavitante d'une vitesse extraordinaire de 360 km/h qui, une fois lancée, est presque impossible à distancer ou à esquiver pour une cible.

Dans les airs, le programme de drones iranien représente un atout majeur en matière de renseignement et de frappes. Des développements récents ont mis en lumière la capacité de Téhéran à assurer une surveillance étroite des forces navales américaines dans la région.

Le survol d’un drone non identifié, désigné SEP2501, le long des côtes de la mer d’Oman, à proximité du groupe aéronaval de l’USS Abraham Lincoln, a constitué une démonstration concrète de cette réalité, effrayant l’ennemi.

Torpille ultra-rapide Hoot (360 km/h)

Des drones tels que le Shahed-139 ou le Homa, capables de décollage et d’atterrissage verticaux, peuvent être déployés depuis des plateformes non conventionnelles, y compris des navires civils. Ils recueillent des renseignements électroniques, des signatures radar et des données de communication.

Ces informations sont essentielles à la réussite de toute attaque de missiles, car elles permettent d'établir en temps réel la situation nécessaire pour cibler un porte-missiles en mouvement.

Dans un scénario d’attaque par saturation, des essaims de drones d’attaque unidirectionnels, peu coûteux et aisément remplaçables, pourraient être engagés dès la première vague. Leur objectif ne serait pas nécessairement de frapper le porte-avions lui-même, mais de saturer les défenses du groupe aéronaval et d’épuiser ses stocks de missiles intercepteurs, beaucoup plus onéreux. Une telle séquence viserait à créer une fenêtre d’opportunité pour des missiles de croisière ou balistiques plus sophistiqués lancés dans un second temps.

Les vedettes rapides de la marine du CGRI ajouteraient une dimension supplémentaire à cette pression. Capables d’attaques en essaim depuis le littoral iranien, elles forceraient les bâtiments américains de plus grande taille à adopter des postures défensives permanentes, fragmentant leur attention tactique et complexifiant davantage le champ de bataille maritime.

Géographie de la défense

L’importance stratégique de l’armement iranien est amplifiée par la géographie singulière de la région. Le golfe Persique constitue une étendue d’eau étroite et peu profonde, tandis que le détroit d’Ormuz — par lequel transite une part importante du pétrole mondial — ne dépasse guère une trentaine de kilomètres de large à son point le plus resserré.

Dans un tel environnement, la marge de manœuvre d’un grand groupe aéronaval est extrêmement limitée, et sa proximité des côtes iraniennes le place directement à la portée de la quasi-totalité des systèmes de l’arsenal iranien.

Cette configuration géographique constitue un atout central de la stratégie iranienne de déni d’accès. Elle implique qu’un porte-avions ne peut opérer impunément dans le golfe Persique : il doit évoluer à l’intérieur d’une zone d’engagement de missiles que l’Iran a mis des décennies à bâtir.

Des vedettes rapides iraniennes lancent des missiles.

Dans un conflit potentiel entre Washington et Téhéran, l’objectif iranien ne serait pas nécessairement de couler un porte-avions américain dans les premières heures des hostilités. Une telle prouesse, aussi spectaculaire soit-elle, n’est pas le cœur de la stratégie.

En instaurant une menace crédible, multidimensionnelle et permanente, l’Iran cherche à élever le coût d’une intervention à un niveau susceptible de tester la volonté politique américaine.

Ce dispositif relève d’une logique bien identifiée par les stratèges : la dissuasion par le déni. Il ne s’agit pas de promettre une punition dévastatrice en représailles, mais de convaincre l’adversaire que son action serait inefficace, coûteuse ou incertaine.

La question stratégique n’est donc plus de savoir si l’Iran dispose d’une arme unique capable de détruire un porte-avions américain.

Elle est plus subtile : l’Iran peut-il rendre son emploi suffisamment risqué et politiquement coûteux pour influencer la décision d’engagement ?

Des avertissements sans équivoque du Leader de la Révolution islamique à la patrouille silencieuse d'un drone de surveillance au-dessus d'un groupe aéronaval, le message de Téhéran est clair :

Les eaux du golfe Persique ne sont plus un sanctuaire pour les flottes étrangères hostiles, et toute nation envisageant une agression doit se préparer à affronter un adversaire qui a transformé la guerre asymétrique en une défense nationale sophistiquée et crédible.

Dans le golfe Persique, l’épée qui menace le porte-avions n’est peut-être pas visible depuis le pont. Mais son ombre, elle, pèse déjà sur les calculs des états-majors.

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SOURCE: FRENCH PRESS TV