Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a affirmé que Téhéran avait entamé des négociations indirectes avec les États-Unis en adoptant une approche axée sur les résultats, et a émis des réserves quant aux « déclarations contradictoires » de Washington.
L’Iran s’est engagé dans les pourparlers « sérieusement, bona fide et avec une approche axée sur les résultats », a déclaré M. Baghaï peu avant le départ de la délégation iranienne de Téhéran pour la Suisse dimanche soir.
« Il reste à voir à quel point l’autre partie est sérieuse dans sa volonté de faire progresser un véritable processus diplomatique », a-t-il estimé.
« Ce qui nous dérange, ce sont les positions changeantes et les déclarations contradictoires des négociateurs et d’autres responsables américains. Ils envoient des signaux et des messages totalement incohérents, dont aucun n’indique un quelconque sérieux ». L’Iran négocie « dans un climat de méfiance et de scepticisme généralisés » et ne peut se permettre d’ignorer « pas même un seul instant » ses expériences passées.
Les délégations iranienne et américaine, conduites par le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi et l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, ont repris les pourparlers nucléaires à Mascate le 6 février, plusieurs mois après l’agression israélienne de juin 2025.
Les négociations se déroulent de manière indirecte comme le cycle précédent et le ministre omanais des Affaires étrangères fait la navette entre les deux parties.
Le deuxième cycle des pourparlers indirects se tient à Genève. Witkoff et Araghchi s’étaient réunis à Mascate pour une première table ronde qualifiée de « constructive », mais « préliminaire » par les deux parties.
« Pour cette nouvelle série de négociations, nous serons présents avec une équipe complète — politique, juridique, économique et technique », a annoncé M. Baghaï. « Tous les experts et représentants qualifiés pour exprimer des points de vue et prendre des décisions sur les différents aspects d’un éventuel accord sont présents. »
Faisant référence aux récents ballets diplomatiques régionaux, notamment aux visites du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, à Mascate et à Doha, le porte-parole iranien a indiqué que les retours d’information issus de ces échanges avaient été analysés afin d’évaluer « le sérieux et la bonne foi de l’autre partie ».
Il a rejeté certaines fabulations médiatiques concernant des propositions américaines, notamment la suspension temporaire ou la limitation stricte de l’enrichissement de l’uranium : « Le terme qui convient le mieux à ces allégations est sans fondement », a-t-il estimé poursuivant qu’il est évident que les détails ne vont pas être divulgués aux médias. « Les détails sont abordés dans la salle des négociations. »
Il a réaffirmé que l’Iran, en tant que membre engagé du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP), jouit du droit, en vertu de l’article IV, à l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, y compris à l’enrichissement.
« Notre position a toujours été la même ; à savoir prendre part à des négociations qui se dérouleront dans le respect du droit de l’Iran à l’énergie nucléaire pacifique, y compris l’enrichissement », a-t-il fait savoir.
Interrogé sur le fait de savoir si l’enrichissement constituait une ligne rouge non négociable, il répondu qu’en tant que membre du TNP, renoncer à ce droit, rendrait le maintien de cette adhésion dénué de sens.
Le porte-parole de la diplomatie iranienne a ensuite fait remarquer que les récents développements militaires avaient modifié la diplomatie, faisant référence aux attaques de juin 2025 contre les installations nucléaires pacifiques de l’Iran.
« Nous étions en pleine négociation – la date du sixième cycle était même fixée – lorsque nous avons subi une attaque militaire », a-t-il déclaré. « Le coup porté à la diplomatie est irréparable. »
« Les négociateurs iraniens devront procéder avec une extrême prudence », a-t-il prévenu estimant que les messages inconsistants et contradictoires des responsables américains minaient la confiance.
M. Baghaï est revenu sur le rôle continu de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) affirmant que l’agence, en tant qu’organe technique chargé de superviser la mise en œuvre du TNP et des garanties, peut jouer un rôle positif.
En réponse aux on-dit selon lesquels l’Iran chercherait à gagner du temps, il a fermement récusé ces affirmations les jugeant de trompeuses et totalement fausses, propagées intentionnellement par certains médias et certains responsables. Il s’agit d’un « mensonge flagrant ».
« Notre population subit des sanctions injustes, et la logique exige leur levée au plus vite. Prolonger les négociations ne nous procure aucun avantage. »