À la veille de la visite du ministre français de l’Intérieur à Alger, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé la volonté de son pays de faire reconnaître les crimes commis durant la période coloniale comme des crimes internationaux les plus graves. Il a souligné la nécessité d’une justice historique et d’une prise de conscience internationale.
S’exprimant par le biais d’un message lu en son nom par le Premier ministre Sifi Ghrieb lors d’une réunion de haut niveau consacrée à la criminalisation du colonialisme, tenue en marge du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, dimanche 15 février, le chef de l’État algérien a déclaré que son pays était prêt à transmettre aux instances juridiques africaines « l’ensemble des documents, preuves matérielles et témoignages historiques fiables » attestant de l’ampleur des crimes commis pendant la colonisation française.
« Ces éléments mettent en évidence l’ampleur des atrocités et des violations graves commises pour étouffer la résistance du peuple algérien », a affirmé Abdelmadjid Tebboune, évoquant notamment « une répression à grande échelle » et l’usage de « moyens et méthodes prohibés par le droit international ».
L’Algérie a ainsi réitéré son soutien aux initiatives de la Commission de l’Union africaine et de ses organes juridiques visant à inscrire explicitement la colonisation parmi les crimes internationaux les plus graves. Selon le président algérien, une telle démarche permettrait de renforcer les principes de responsabilité, de lutter contre l’impunité et de poser les bases d’une « justice historique équitable ».
« L’Algérie appelle également à consacrer une reconnaissance internationale explicite, sans équivoque, de la part des organisations onusiennes et des puissances coloniales, de la nature criminelle des pratiques ayant inclus l’esclavage, la déportation forcée, le nettoyage ethnique, la torture, le déplacement et la persécution systématique, des pratiques qui se sont singularisées par leur ampleur et leur brutalité dans l’histoire humaine moderne », appelle-t-il.
Parallèlement, l'Union africaine (UA) a adopté dimanche la Déclaration d'Alger sur les crimes coloniaux en Afrique qui consacre la journée du 30 novembre « Journée africaine d'hommage aux martyrs africains et victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l'apartheid », exprimant sa considération à M. Tebboune, pour cette initiative.
L'adoption de la Déclaration d'Alger a été décidée en vue d'appuyer l'effort continental visant à criminaliser la colonisation et à garantir des compensations au profit des victimes. Par cette initiative, l’UA souligne également l'importance de la préservation de la mémoire collective comme l'un des piliers de la reconnaissance des crimes commis, de la justice et comme moyen d'empêcher que l'histoire se répète.