Après plus de 60 ans de contamination persistante, l’Algérie a entamé la décontamination des sites d’essais nucléaires français au Sahara. Cette opération pionnière cible le site d’In Ecker, dans la wilaya de Tamanrasset, annoncée par le ministère de la Défense nationale (MDN) via son documentaire « Les Algériens au cœur des défis », repris par TSA. Réalisée exclusivement par des compétences algériennes, elle démontre la capacité du pays à relever seul ce défi environnemental et historique majeur.
Entre 1960 et 1966, la France a effectué 17 explosions nucléaires au Sahara algérien, parmi elles quatre atmosphériques à Reggane, dont « Gerboise Bleue » le 13 février 1960, première bombe nucléaire française, et 13 souterraines à In Ecker, rappelle le journal algérien El-Watan.
L’essai « Béryl » du 1er mai 1962 à Taourirt Tan Afella, qui équivalait à 150 000 tonnes de TNT, a été un fiasco. Fissures dans la chambre, fuites massives de gaz radioactifs, nuage toxique et coulées de lave ont anéanti l’écosystème local. Ces tests, menés sans égard pour les populations nomades et l’environnement, ont irradié des milliers de kilomètres carrés. In Ecker reste gravement pollué par le césium-137 (demi-vie 30 ans) et le plutonium-239 (24 000 ans), avec des vents transportant des particules radioactives vers le Nord, jusqu’en Europe.
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Les populations sahariennes souffrent jusqu’aujourd’hui de cancers, malformations congénitales et stérilité, un « héritage radioactif » dénoncé depuis des décennies. L’absence d’archives françaises, cartes d’enfouissement et données précises complique l’identification des zones chaudes, obligeant les experts algériens à recourir à des relevés de prospection modernes. Un camp de décontamination modèle a été déployé à Taourirt Tan Afella, préfigurant une réhabilitation globale des sites.
Les équipes collectent sols et déchets contaminés, stockés dans des conteneurs béton étanches respectant les normes IAEA de sécurité. Fruit de décennies de recherches interministérielles, ce projet souverain vise à restaurer l’écosystème et sécuriser les zones pour les générations futures, malgré les défis logistiques du désert.
Le président Abdelmadjid Tebboune a réitéré ses exigences en octobre 2024 : « Vous voulez qu’on soit amis, venez nettoyer les sites des essais nucléaires. » Fin décembre 2024, devant le Parlement, il a ajouté : « Vous êtes devenus une puissance nucléaire et vous nous avez laissé des maladies […] Venez nettoyer, nous n’avons que faire de votre argent. » Alger persiste dans sa demande d’archives complètes, qualifiant ces essais de « crime contre l’humanité » et écartant toute aide étrangère pour affirmer son autonomie. Cette initiative renforce la mémoire nationale et la quête de justice historique.