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Émeutes en Iran : qui sont les « Agitateurs en Noir » ?

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Image des récentes émeutes en Iran, le 15 janvier 2026.

Robert Maillard, Paris

Différents rapports sur les récents troubles en Iran évoquent des témoignages sur la présence d’agitateurs en noir qui cherchent à attiser et étendre les émeutes. Ces événements, loin d’être un cas isolé, rappellent une stratégie de guerre coordonnée.

Dans un récent article du Wall Street Journal (WSJ), des témoignages révèlent la présence de groupes d’hommes en vêtements noirs, agiles et rapides, lors des manifestations en Iran. Selon un manifestant à Téhéran, ces individus « mettaient le feu à un conteneur à ordures puis se déplaçaient rapidement vers la cible suivante ». Un autre témoin de l’ouest de Téhéran a décrit des « dizaines d’hommes en tenue noire, ressemblant à des commandos », qui couraient dans les rues en appelant les gens à quitter leurs maisons pour rejoindre les protestations.

Ces témoignages suggèrent une organisation rigoureuse et une action coordonnée, bien au-delà de simples rassemblements spontanés en quoi sont décrites les protestations de ces derniers jours en Iran.

Ces événements ne sont pas isolés. Ils évoquent des cas similaires dans d’autres pays, où des groupes infiltrés en vêtements noirs ont joué un rôle clé dans des mouvements de contestation. Par exemple, en Ukraine, des acteurs non identifiés en tenues noires, souvent appelés « les hommes en noir », ont été impliqués dans les manifestations de 2014 de Maïdan à Kiev. Ces personnes, soupçonnées d’être des agents de la CIA, ont participé à des affrontements violents et ont été accusées de provoquer la violence pour justifier une intervention militaire. Autre exemple, la Syrie de 2011-2012 soit au tout début du conflit où des groupes armés, dont certains soupçonnés d’être soutenus par des puissances étrangères, ont été impliqués dans des attaques contre des civils et des institutions gouvernementales avec pour objectif de déstabiliser le gouvernement de Bachar al-Assad et justifier une intervention internationale. En Libye de 2011 aussi, des combattants en tenues noires ont été observés lors des manifestations contre le régime de Kadhafi. Ces individus, souvent décrits comme des mercenaires ou des agents étrangers, ont participé à des actions violentes dans le but d’affaiblir le régime et justifier une intervention militaire internationale. En 2019, le même scénario s’est produit au Venezuela avec en filigrane, des groupes armés en tenues sombres impliqués dans des manifestations contre le gouvernement de Nicolas Maduro. Ces individus ont été accusés d’être soutenus par des puissances étrangères, notamment les États-Unis.

Qui commandite ces Agitateurs en noir ?

L’analyse de ces événements révèle des similitudes troublantes avec les stratégies utilisées par des agences de renseignement américaines et israéliennes. Le Mossad, notamment, a historiquement utilisé des tactiques de « guerre psychologique » pour créer confusion et division. En Iran, les agitateurs en noir semblent être des agents ou des mercenaires recrutés par des entités étrangères, dont le but serait de provoquer une réaction excessive de la part des forces de l’ordre, afin de justifier une intervention militaire internationale.

Un exemple récent montre que des comptes pro-Pahlavi (fils du Shah déchu et allié de facto d’Israël contre l’Iran) jusqu’alors inconnus, ont été activement promus sur X pendant les émeutes, tandis que les comptes critiquant le récit du « changement de régime » étaient désactivés. Des bots, souvent créés récemment avec des avatars génériques, ont proliféré pour propager des messages en faveur de l’« official narrative ». Cette manipulation numérique, combinée aux actions criminelles sur le terrain, qui sont allées des saccages aux meurtres excessivement violents, suggère une stratégie de guerre parfaitement coordonnée.

En quoi ces infiltrations de masse pourraient-elles faire avancer les plans américains contre l’Iran ?

Selon certaines analyses, l’objectif des stratèges américains et sionistes n’est pas tant le « changement de régime » que la création d’un climat d’anarchie et de chaos. En effet, ils reconnaissent au demeurant la solidité et l’ancrage populaire de l’ordre politique établi en République islamique.

S’agissant des récents événements en Iran, les profanations contre des mosquées ne visent pas à gagner le soutien du peuple dont la foi est plurimillénaire, mais à provoquer une réaction chez les autorités religieuses, la police et les forces de l’ordre. Cette réaction, médiatisée, serait ensuite utilisée pour dépeindre les protestataires comme des victimes innocentes, ce qui devrait par la suite justifier une intervention étrangère.

La situation en Iran n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans des pays comme la Russie ou la Chine, des groupes similaires ont été observés lors des manifestations, souvent avec un soutien implicite ou explicite de puissances occidentales. Ces interventions visent à affaiblir les gouvernements hostiles, à les maintenir sur la défensive, et à préparer le terrain pour des actions militaires ou politiques ultérieures. Les agitateurs en noir, comme ceux décrits dans l’extrait du WSJ, ne sont pas des acteurs isolés. Ils sont à coup sûr liés à des réseaux internationaux de manipulation, dont la CIA et le Mossad sont les tireurs de ficelles clés. Leur rôle est de créer le chaos, de manipuler l’opinion publique, et de préparer le terrain pour une intervention étrangère sous sempiternel prétexte de défense des droits de l’homme.

L’analyse de ces événements soulève des questions cruciales sur la souveraineté nationale, la manipulation médiatique, et le rôle de l’Occident dans les problèmes internes. Dès lors, quelle devrait être la réponse de l’Iran à des ingérences aussi flagrantes ? Il est essentiel de rester vigilant face à ces tactiques, qui visent à déstabiliser les sociétés pour des objectifs géopolitiques inavoués. Mais être vigilant et alerte ne suffit pas. À en juger les récents propos du Leader de la Révolution islamique, l’Ayatollah Seyyed Ali Khamenei qui a qualifié ce samedi Donald Trump de « principal coupable » du meurtre d’Iraniens, l’Iran compte bien infliger aux Yankees une belle leçon. Et d’ailleurs, les récentes déclarations du président américain sont le signe d’une évidente marche arrière, selon beaucoup d’analystes.

Le 16 janvier 2026, à peine trois jours après que des millions d’Iraniens ont envahi les rues en soutien au gouvernement et pour dénoncer les menaces militaires de Washington contre leur pays, Donald Trump a publié un curieux message sur son média préféré, Truth Social. Après plusieurs messages incendiaires promettant une action militaire directe contre l’État iranien si ce dernier « réprimait les manifestants pacifiques », Trump venait littéralement de changer son fusil d’épaule en saluant et même remerciant le gouvernement iranien dans un message à la suite de l’arrêt, selon lui, des « exécutions prévues » : « Je respecte profondément le fait que toutes les exécutions planifiées qui étaient censées avoir lieu hier (plus de 800 cas) aient été annulées par les dirigeants iraniens. Merci. Donald J. Trump, président des États-Unis d’Amérique ».

L’intervention publique de Donald Trump exprimant ses remerciements à l’Iran pour la soi-disant suspension d’exécutions de manifestants infiltrés par des centaines de terroristes, crée en effet une dissonance avec la posture traditionnellement hostile des États-Unis envers Téhéran. Beaucoup d’experts ont relevé d’ailleurs l’absence de preuve d’un canal de communication officiel ou direct entre l’administration Trump et l’Iran qui rappelons-le, avait été militairement pris pour cible de l’aviation US au mois de juin ; ce qui renforce l’idée que ce message est bien plus qu’une simple opération de communication visant à « semer la confusion » chez l’adversaire, genre d’opérations en quoi Trump est passé maître. De quoi s’agit-il au juste ? 

Indépendamment de la véracité de la communication directe, le contexte géopolitique est essentiel pour comprendre le revirement du président américain. La puissance militaire iranienne fonctionne en effet comme une force de dissuasion régionale et cette capacité rend toute escalade militaire américaine extrêmement coûteuse et risquée. Surtout que l’Iran aurait mis en garde les États-Unis contre toute ingérence dans ses affaires intérieures affirmant ne pas « hésiter à prendre pour cible de ses redoutables missiles les bases américaines en Irak, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Turquie voire en Arabie saoudite ».

Comme pour la guerre des Douze jours, lancée en juin 2025, l’évolution fulgurante de la capacité militaire de l’Iran, particulièrement dans le domaine balistique, semble avoir servi, là encore, de force de dissuasion efficace contre une potentielle intervention militaire directe des États-Unis sous l’administration Trump. Rappelons que l’Iran dispose d’un des arsenaux de missiles et de drones de croisière les plus significatifs au monde, capable d’atteindre des cibles régionales sans que les meilleurs systèmes de DCA occidentales soient à même de la moindre interception. De cette capacité de nuisance, Trump a pu d’ailleurs se faire une idée quand en juin 2025, des centaines de missiles balistiques et de croisière se sont écrasés sur Tel-Aviv, Haïfa et Gush Dan avant de pivoter en direction d’Al-Udeid, base américaine au Qatar, réputée être la plus grande et la mieux équipée en Asie de l’Ouest. Le stock de missiles iraniens couvre une gamme très variée et les avancées technologiques récentes ciblent l’amélioration de la précision et la capacité des missiles iraniens à saturer les défenses adverses.

Mais les menaces ouvertes de frappes américaines semblent avoir été également tempérées par la reconnaissance des coûts potentiels d’un conflit direct avec l’Iran. La capacité de l’Iran à projeter sa puissance via ses alliés au sein de l’Axe de la Résistance reste un facteur aggravant pour Washington qui, selon des informations, a retiré ces derniers jours des centaines de ses soldats de la base d’Aïn al-Assad en Irak où l’armée US avait déjà essuyé les frappes balistiques iraniennes, en janvier 2020, ainsi que des attaques aux drones de la Résistance irakienne.

L’Iran est une puissance dissuasive dont la capacité de feu asymétrique s’impose non seulement à l’échelle des pays de la région où les États-Unis ont stationné des milliers de soldats, mais encore au niveau des canaux maritimes ultra-stratégiques que compte l’Asie de l’Ouest, à savoir, le détroit d’Hormuz, la mer d’Oman, le nord de l’Océan indien, par où passe l’une des principales artères énergétiques du monde.

La volte-face de Trump ne saurait donc s’expliquer sans tenir compte la dissuasion iranienne dont la dimension régionale est rapidement extensible à l’échelle planétaire. La puissance militaire iranienne, centrée sur les capacités de frappe indirecte et la résilience, semble de cette manière avoir réussi à établir un seuil de tolérance aux agressions pour les puissances adverses. Cette dissuasion efficace a conduit à une reconsidération des options militaires par les États-Unis. C’est là, à coup sûr, une démonstration réussie de la stratégie iranienne visant à garantir sa position stratégique par la menace de représailles substantielles et douloureuses.

Mais le recul de Trump est-il une abdication de la politique globale des États-Unis envers l’Iran ? Rien n’est moins sûr. Le radical changement de la rhétorique américaine, passant de la menace de guerre aux remerciements, marque plutôt la reconnaissance publique de l’émergence d’une « nouvelle puissance moyenne-orientale », Iran, qui ne cesse de s’imposer en toute acuité à une superpuissance américaine en agonie.

C’est en ce sens que le 47ème président des États-Unis a tout intérêt à prendre au sérieux cette mise en garde lancée par le Leader de la Révolution islamique, l’Ayatollah Khamenei. Aux milliers de gens venus le rencontrer à l’occasion de l’anniversaire de l’avènement de la prophétie du Prophète Mohammad (Que la salut de Dieu soit sur lui et sur ses descendants), le Leader a précisé : «  La récente sédition était une “sédition américaine”, et l’objectif des États-Unis est d’engloutir l’Iran. (…) Nous considérons le président américain comme coupable, à la fois pour les pertes humaines, les dommages matériels et les calomnies proférées contre la nation iranienne. » Le discours a le mérite d’être clair : s’il y a un seul pays au monde à qui Trump devrait rendre compte de ses actes, c’est bien l’Iran.  

Robert Maillard est un écrivain et analyste militaire basé à Paris.

(Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de Press TV.)

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SOURCE: FRENCH PRESS TV