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De l'école de Minab à la salle de mariage de Kouhestak : la machine de guerre américaine et ses crimes contre le peuple iranien

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Par Mohammad Lotfi*

On décrit souvent la guerre en termes d’objectifs militaires, de cibles stratégiques et d’armes de précision. Mais pour les civils, la guerre est vécue tout autrement.

En Iran, ce contraste est devenu cruellement criant au cours des six derniers mois, depuis que l’alliance de guerre américano-israélienne a lancé une agression militaire totale et illégale contre le peuple iranien.

Le 28 février, une école primaire de Minab, petite ville tranquille de la province d’Hormozgan, dans le sud de l’Iran, a été le théâtre de l’une des tragédies les plus dévastatrices de cette guerre de 40 jours.

Des mois plus tard, dans la nuit du 1er septembre, une fête de mariage à Kouhestak, dans le département de Sirik, à Hormozgan, a été foudroyée par les attaques américaines continues contre le sud de l’Iran.

L’une des frappes a touché un lieu d’apprentissage pour les enfants ; une autre un lieu de célébration de mariage pour les familles. Aucun des deux n’était censé être un champ de bataille, mais l’ennemi déchaîné ne connaît aucune règle et ne respecte ni le droit international ni les conventions.

Le massacre de Minab et le carnage de Kouhestak, séparés par plusieurs mois d’intervalle et survenus dans des circonstances très différentes, sont tous deux le résultat d’actes délibérés. Ils soulèvent une question commune et profondément troublante : que se passe-t-il lorsque l’agression militaire s’étend de façon répétée à des espaces occupés par des civils, et comment les responsables peuvent-ils être tenus pour responsables ?

Le 28 février, l’école Shajareh Tayyebeh de Minab a été frappée dès le premier jour de la guerre imposée au peuple iranien. Plus de 160 enfants, garçons et des filles, ont trouvé la mort. Les reportages internationaux ont documenté l’ampleur considérable des destructions.

L’image qui reste gravée dans les esprits est difficile à oublier : des enfants qui étaient partis à l’école sont devenus les victimes d’une guerre qui leur a été imposée, à eux et à leurs compatriotes.

Puis vint le cas de Kouhestak. Des familles étaient réunies pour une cérémonie de mariage lorsque le chaos s’est installé. Dans le dialecte local du sud, la cérémonie est appelée « Heysh ». C’était un rassemblement sans aucun rapport avec la guerre. Des femmes étaient venues pour la célébration, des proches s’étaient réunis, des enfants étaient présents, et un jeune couple s’apprêtait à commencer une nouvelle vie.

Il y avait des vêtements neufs, des photos, de la nourriture, des rires et l’excitation ordinaire qui entoure tout mariage, partout dans le monde.

Une frappe de missile américaine a projeté des éclats d’obus dans l’immeuble résidentiel où se déroulait le mariage, faisant au moins cinq morts et près de 70 blessés. Parmi les victimes figurait un enfant, dont la photo diffusée en ligne a bouleversé de nombreuses personnes. Les États-Unis ont prétendu que leurs frappes visaient des cibles militaires, refusant de reconnaître les pertes civiles engendrées par leur intervention.

En temps de guerre, on a tendance à réduire le nombre de victimes civiles à des chiffres qui peuvent être intégrés aux statistiques globales du conflit. Cinq personnes ont été tuées et près de soixante-dix blessées.

Ces statistiques peuvent masquer la réalité humaine qu’elles représentent. Cinq personnes, ce sont cinq familles dont la vie a basculé en quelques secondes, et d’autres en subiront les conséquences physiques et psychologiques toute leur vie, bien après que les gros titres se soient tus.

Des photographies prises sur les lieux montrent des sandales appartenant à des personnes venues assister à la fête. C’étaient des gens ordinaires, avec des familles et des rêves. Certains auraient été contraints de fuir pieds nus après l’attaque. Ce détail, aussi insignifiant qu’il puisse paraître, illustre la transformation soudaine d’une soirée ordinaire en un chaos inimaginable.

C’est pourquoi la tragédie de Kouhestak est indissociable de celle de Minab. Une école et un mariage figurent parmi les espaces civils les plus ordinaires qui soient. Ce sont des lieux où la société se perpétue, où les enfants apprennent, où les familles se réunissent, où les communautés perpétuent leurs traditions et où les gens tentent de préserver un semblant de normalité, même au cœur d’une guerre qui fait rage sur leurs terres.

Lorsque ces espaces sont touchés, les dégâts dépassent largement la simple destruction matérielle d’un bâtiment. Ils anéantissent l’idée même qu’il puisse exister des lieux où la vie civile puisse se poursuivre sans encombre. Un ennemi aussi cruel que les États-Unis ne connaît aucune limite.

Les États-Unis mènent depuis des décennies des guerres dévastatrices où les pertes civiles ont maintes fois soulevé des questions quant au ciblage, au renseignement, à la proportionnalité et à la responsabilité. L’Afghanistan en offre certains des exemples les plus clairs et les plus douloureux.

En juillet 2002, une frappe aérienne américaine à Uruzgan a touché une zone où se déroulait une fête de mariage. Au moins 48 civils ont été tués et 117 autres blessés. Six ans plus tard, en juillet 2008, une frappe aérienne américaine à Haska Meyna, dans la province de Nangarhar, a tué 47 civils. Parmi les victimes, 39 étaient des femmes et des enfants, et la mariée figurait parmi les morts. En mai 2004, une attaque américaine contre une réception de mariage à Mukaradeeb, près de la frontière syrienne, a fait plus de 40 morts. 

On peut faire quelque chose par accident une fois, mais pas de façon répétée. Il y a une logique à cette folie à laquelle les Américains se sont habitués et qu’ils utilisent toujours sans problème.

D’après les rapports, les débris récupérés après l’attaque sur Kouhestak ont ​​été identifiés comme des composants du missile SLAM-ER. Boeing, le fabricant de cette arme, la décrit comme le missile de précision le plus performant de l’arsenal américain. Si cette arme est si sophistiquée et précise, comment a-t-elle pu cibler une salle de mariage ? Quelles précautions ont été prises ? La présence de civils a-t-elle été détectée ?

Il s’agit de questions de responsabilité militaire et de droit international. La technologie de précision n’exonère pas l’homme de sa responsabilité. En réalité, plus les armes et les capacités de surveillance d’une armée sont sophistiquées, plus on est en droit d’attendre des commandants qu’ils soient capables de distinguer les cibles militaires des cibles civiles.

À Minab, des enfants allaient à l’école. À Kouhestak, des familles assistaient à un mariage. Ces deux villes ont été bombardées avec les armes militaires américaines les plus sophistiquées. Au fil des ans, le monde a entendu de nombreuses explications et justifications de la part de la machine de guerre américaine concernant ces massacres de civils.

Il ne faut pas laisser les meurtriers impunis pour ce crime abominable contre l’humanité.

S’il y a une leçon à tirer de la longue histoire des guerres américaines en Afghanistan, en Irak et maintenant en Iran, c’est que la vie des civils ne saurait être considérée comme une marge d’erreur acceptable. Les lois de la guerre existent précisément parce que la guerre est destructrice, que les renseignements sont imparfaits et que les armes puissantes peuvent causer des dommages irréversibles en quelques secondes.

La maison, autrefois remplie de gens célébrant le début d’une nouvelle vie pour un jeune couple, est devenue le théâtre d’un drame sanglant. C’est pourquoi l’histoire tragique de Kouhestak ne doit pas tomber dans l’oubli. Le meurtrier doit répondre de ses actes.

 

*Mohammad Lotfi est un écrivain et chercheur basé à Téhéran.

(Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de Press TV)

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SOURCE: FRENCH PRESS TV