Six pays européens proposent d’instaurer une taxe exceptionnelle sur les compagnies pétrolières dont les bénéfices ont augmenté depuis le début de la guerre en Asie de l'Ouest. Ils estiment que les géants du secteur ont profité du blocage du détroit d’Ormuz pour accroître leurs prix et leurs marges. La proposition devrait être discutée lors d’une réunion européenne en septembre 2026.
Les ministres des Finances de l’Allemagne, du Portugal, de l’Espagne, de l’Autriche, de l’Italie et de la Pologne ont appelé à une approche commune pour taxer l’augmentation des bénéfices des compagnies pétrolières liée à la forte hausse des prix de l’énergie.
« Nous sommes confrontés à l’un des plus importants chocs d’offre depuis des décennies, et le mécontentement grandit dans le monde entier face à l’augmentation du coût de la vie », ont déclaré les ministres dans une lettre adressée au ministre irlandais des Finances, dont le pays assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE.
Selon la lettre, les mesures prises jusqu’à présent par les gouvernements n’ont pas suffi à faire baisser durablement ou à stabiliser les prix de l’énergie pour les ménages et les entreprises.
« Nous avons donc besoin d’une approche commune qui garantisse que ceux qui profitent de la crise contribuent à leur juste part à la réduction du fardeau pesant sur la population », ont-ils indiqué.
Les ministres ont appelé à la mise en place d’« un cadre européen pour taxer les surprofits », en demandant que l’expérience d’un dispositif similaire instauré en 2022 soit prise en compte.
Ils ont estimé que les enseignements tirés de cette précédente mesure pourraient permettre de déterminer comment intégrer plus efficacement dans une telle taxe les bénéfices réalisés à l’étranger par les compagnies pétrolières multinationales.
Les six ministres ont également demandé la publication rapide d’une étude européenne sur les marges des raffineries, estimant que ses conclusions pourraient servir de base à des mesures visant à empêcher les raffineries de tirer indûment profit de la situation énergétique actuelle.
L’initiative aurait été lancée par le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil. Les six ministres souhaitent idéalement inscrire cette question à l’ordre du jour de la réunion des ministres européens de l’Économie et des Finances prévue à Dublin les 18 et 19 septembre.
Cette nouvelle initiative intervient alors que la hausse des prix des carburants accentue la pression sur les gouvernements européens pour qu’ils interviennent afin d’en limiter les effets sur les ménages et les entreprises.
Une taxe sur les surprofits avait été instaurée temporairement en 2022 comme mesure d’urgence face à l’envolée des prix de l’énergie consécutive à la guerre russo-ukrainienne en Ukraine. Les entreprises énergétiques avaient alors été imposées sur leurs bénéfices exceptionnels.
Plusieurs grandes compagnies pétrolières ont publié leurs résultats trimestriels en juillet.
Selon Oxfam, les bénéfices cumulés de BP, Chevron, Eni, ExxonMobil, Shell et TotalEnergies ont atteint près de 40 milliards d’euros (46,6 milliards de dollars) entre avril et juin.
Oxfam estime que les bénéfices cumulés de ces six entreprises pourraient atteindre 147 milliards d’euros (171,2 milliards de dollars) sur l’ensemble de l’année et appelle à une taxe permanente d’au moins 50 % sur les bénéfices dépassant un rendement de 10 % sur les investissements.
Le Portugal a présenté fin juillet un projet de taxe sur les surprofits. Le gouvernement portugais a indiqué que les recettes seraient destinées à soutenir les familles et les secteurs économiques touchés par la hausse des prix des carburants.