Le récent décès d’un détenu salvadorien dans un centre de détention de la police américaine de l’immigration s’ajoute à un bilan déjà alarmant. Au moins 56 personnes seraient mortes après leur arrestation par l’ICE depuis janvier 2025, soit presque autant que durant les sept années précédentes.
La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle illustre un phénomène qui a pris une ampleur nationale depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025. Il avait fait de la lutte intensive contre l’immigration l’un des principaux chevaux de bataille de sa campagne.
Et pour cause : en moins de deux ans, au moins 56 personnes interpellées par l’ICE sont décédées, soit presque autant que durant l’ensemble des sept années précédentes. Parmi ces 56 décès, 49 sont survenus dans des centres de détention pour migrants.
Entre 2018 et 2024, environ huit personnes arrêtées par la police américaine de l’immigration mouraient en détention chaque année. Entre le 20 janvier et le 3 août 2026, cette macabre moyenne est grimpée à 28 décès par an.
Les États-Unis n’avaient pas connu de chiffres comparables depuis 2020. La crise du Covid-19 avait alors durement touché les populations migrantes détenues dans les centres de l’ICE. La gestion de la pandémie par la première administration Trump avait été très largement critiquée et les services chargés de la répression de l’immigration illégale avaient eux aussi essuyé de nombreuses critiques. Au total, 18 migrants détenus avaient perdu la vie en 2020, dernière année du premier mandat de Donald Trump.
Depuis son retour à Washington en 2025, le bilan est sans appel. Au terme de sa première année, 33 personnes interpellées, arrêtées ou détenues par l’ICE avaient perdu la vie. En 2026, le sinistre décompte s’élève déjà à 23 morts alors que le mois d’août ne fait que commencer.
L’augmentation des arrestations de migrants au cours des deux dernières années peut certes entraîner mécaniquement une hausse du nombre de décès parmi les personnes détenues. Mais les statistiques témoignent également d’une augmentation drastique du taux de mortalité dans les centres de détention.
« Alors que la population en détention a augmenté de près de 80 %, le nombre de décès, lui, a plus que triplé. Le taux de mortalité a augmenté de 140 % », rapporte Brian Root, responsable à Human Rights Watch (HRW). Les conditions de détention particulièrement difficiles et le manque d’accès aux soins seraient notamment en cause.
Documentées et vivement critiquées depuis plusieurs années, les conditions de vie dans les centres de détention pour migrants se seraient encore dégradées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. En cause, des services pénitentiaires déjà en difficulté et incapables de faire face à l’explosion du nombre de personnes détenues.
« Des toilettes ouvertes, des douches ouvertes, je ne mangeais pas assez, on me donnait du lait périmé parfois. J’ai perdu sept kilos en un mois », racontait au micro de France Culture Julien Pereira, un Français de 26 ans détenu par l’ICE en mars 2025.
Au-delà des conditions matérielles, des militants affirment que le « manque d’accès aux soins dans les centres de détention de l’ICE est de notoriété publique depuis longtemps ».
Plus alarmant encore, au moins 10 personnes détenues par l’ICE se sont suicidées dans des centres de détention pour migrants depuis janvier 2025. Presque toutes ont été retrouvées pendues. Les suicides parmi les personnes détenues dans les centres de la police américaine de l’immigration ne sont pas nouveaux, mais jamais leur fréquence documentée n’avait atteint un tel niveau.
Ces suicides représentent 20 % de l’ensemble des décès survenus en détention depuis le durcissement considérable de la politique migratoire de Donald Trump.
Aux États-Unis, l’ICE s’en remet à de nombreuses sociétés privées pour assurer la détention des migrants interpellés. Largement financées par des fonds fédéraux depuis des années grâce à de lucratifs contrats, ces entreprises ont grandement bénéficié du retour de Donald Trump au pouvoir. En à peine deux ans, les deux plus grands opérateurs du secteur, GEO Group et CoreCivic, ont ainsi engrangé plusieurs centaines de millions de dollars en échange de leurs services.
Sur les 49 décès survenus dans des centres de détention de l’ICE, 23 personnes ont perdu la vie dans des complexes administrés par GEO Group ou CoreCivic, soit 46 % du total.
Cette politique de durcissement ne se limite toutefois pas aux centres de détention. Face à un Donald Trump qui exige des quotas d’arrestation d’étrangers pour démontrer l’efficacité de sa politique migratoire, l’ICE a également renforcé sa présence dans les aéroports du pays. Une stratégie qui a déjà donné lieu à de nombreux incidents et place les compagnies aériennes dans une situation particulièrement délicate.
Rien que le mois dernier, les agents de l’immigration y ont arrêté jusqu’à 30 personnes par jour, parmi lesquelles des individus dont le visa avait expiré ou qui étaient en attente de documents, comme une carte verte ou un statut de réfugié. Autrement dit, des personnes qui, en théorie, n’auraient pas dû être inquiétées par l’ICE. Mais face à Trump, qui réclame jusqu’à 2 000 arrestations par jour, les agents fédéraux élargissent leurs cibles.
Résultat : les compagnies aériennes se retrouvent elles aussi prises entre les exigences de l’administration et leurs propres obligations légales. Certaines ont déjà dû refuser l’accès à leurs avions à des agents qui souhaitaient interpeller un passager à bord sans mandat signé par un juge. Si elles ont assuré vouloir respecter la loi, elles ont également indiqué n’avoir signé aucun programme de collaboration avec l’ICE et affirmé que leur priorité demeurait la sécurité de leurs passagers.