TV
Infos   /   A La Une   /   Afrique   /   L’INFO EN CONTINU

Une tentative américaine de blacklistage du Front Polisario sur fond de la crise à Ceuta souligne les liens entre les États-Unis, Israël et le Maroc

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Un drapeau de la République arabe sahraouie démocratique, proclamée par le Front Polisario, flotte à un point de contrôle tenu par les forces de sécurité sahraouies à l’extérieur d’un camp de réfugiés, à environ 170 km au sud-est de la ville algérienne de Tindouf. ©AFP

Des législateurs américains ont dévoilé un projet de loi visant à placer le Front Polisario sur la liste des organisations terroristes, alors que les tensions persistantes autour de l’enclave espagnole de Ceuta révèlent une ingérence croissante des États-Unis et d’Israël en Afrique du Nord.

Les congressistes américains Josh Gottheimer (New Jersey) et Ronny Jackson (Texas) ont présenté une proposition de loi pour classer le Front Polisario comme organisation terroriste, exhortant le département d’État à envisager de désigner le mouvement indépendantiste du Sahara occidental comme une organisation terroriste étrangère.

Les législateurs ont prétendu que le Front Polisario recevait l’aide de l’Iran et constituait une menace pour la sécurité nationale des États-Unis, sans fournir la moindre preuve.

« Ce projet de loi bipartisan garantit qu’une fois cette coopération confirmée, nous pourrons faire peser toute la rigueur des sanctions antiterroristes américaines sur le Front Polisario », a ajouté Gottheimer.

Le Front Polisario a été fondé en 1973 pour lutter contre la domination coloniale espagnole au Sahara occidental. Après le retrait de l’Espagne du territoire en 1976, le mouvement a proclamé la République arabe sahraouie démocratique (RASD), dotée d’un gouvernement en exil basé en Algérie. Le Maroc a par la suite pris le contrôle d’une grande partie du territoire, qu’il considère comme faisant partie de son royaume.

Ce dernier projet de loi fait suite à des initiatives similaires présentées au Congrès plus tôt cette année, notamment une proposition de loi parrainée par le sénateur républicain Ted Cruz.

Cette mesure intervient alors que Washington continue de renforcer son partenariat stratégique avec Rabat. En 2020, le président Donald Trump a reconnu la revendication de souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en échange de la normalisation des relations du royaume avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham.

Le Maroc est considéré comme un allié majeur des États-Unis, hors OTAN. L’Institut Hudson a fait valoir que la désignation du Front Polisario comme organisation terroriste renforcerait davantage l’alliance américano-marocaine.

La coopération militaire entre le Maroc, les États-Unis et Israël s’est également renforcée. En juillet, le Maroc est devenu le premier pays arabe et africain à engager des forces au sein de la Force internationale de stabilisation (FIS), qui devrait opérer à Gaza en coordination avec l’armée israélienne dans le cadre du « Conseil de la paix » mis en place par l’administration Trump.

Plus tôt cette année, les forces israéliennes ont également participé publiquement à l’exercice militaire annuel African Lion du Maroc, organisé conjointement avec le commandement américain pour l’Afrique. C’était la première fois que le drapeau israélien était déployé lors de la cérémonie d’ouverture de l’événement.

Cette législation intervient quelques jours après l'arrivée massive de milliers de migrants marocains dans l'enclave espagnole de Ceuta, dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes entre Rabat et Madrid.

En juillet, un rapport budgétaire du Congrès américain décrivait Ceuta et Melilla comme des villes administrées par l’Espagne « situées en territoire marocain » qui « restent l’objet d’une revendication de longue date du Maroc », marquant la première fois qu’un tel langage apparaissait dans un document du Congrès américain.

Par ailleurs, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a demandé que l’Espagne soit punie pour les tentatives de bloquer les livraisons d’armes américaines destinées à Israël pendant la guerre génocidaire menée par le régime contre Gaza.

Une analyse de Responsible Statecraft a noté que le Maroc pourrait une fois de plus avoir recours à un « chantage migratoire » contre les pays européens. Cependant, elle a ajouté que « cette fois-ci, Israël et les États-Unis semblent être les principaux bénéficiaires ».

Le rapport note que des épisodes similaires se sont produits en 2021, lorsque l’Espagne a accusé Rabat d’avoir assoupli les contrôles frontaliers après que Madrid s’est opposé à la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Il a été ajouté que l’Espagne avait par la suite soutenu le plan d’autonomie du Maroc pour le territoire contesté, tandis que l’Union européenne a apporté à plusieurs reprises un soutien financier au Maroc en échange de son aide pour freiner l’immigration vers l’Europe.

Le rapport indique que ce dernier incident a alimenté les spéculations selon lesquelles Rabat chercherait à accroître la pression sur l’Espagne au sujet de Ceuta et Melilla, territoires que le Maroc revendique comme siens.

L’analyse soutient également qu’Israël et les États-Unis ont quelque chose à gagner politiquement de cette crise, car les relations avec l’Espagne se sont détériorées en raison des critiques de Madrid concernant la guerre menée par Israël à Gaza et de son refus de soutenir la guerre israélo-américaine contre l’Iran.

Selon le rapport, la coopération militaire et stratégique entre Washington, Rabat et Tel-Aviv s’est considérablement développée depuis que le Maroc a normalisé ses relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, renforçant un partenariat qui, selon l’analyse, s’étend désormais au-delà du Sahara occidental pour englober de plus vastes enjeux géopolitiques.

Partager Cet Article
SOURCE: FRENCH PRESS TV